Motocyclette, La
Titre original: The Girl on a Motorcycle
Genre: Bikesploitation , Drame , Road-movie , Psychédélisme
Année: 1968
Pays d'origine: Angleterre / France
Réalisateur: Jack Cardiff
Casting:
Marianne Faithfull, Alain Delon, Roger Mutton, Marius Goring, Catherine Jourdan, Jacques Marin...
Aka: Nuda sotto la pelle / Naked Under Leather
 

Rebecca est mariée depuis deux mois à Raymond, un professeur de géographie dont la gentillesse n'a d'égale que la fadeur, et déjà elle s'ennuie. Pourtant, Raymond est gentil, Raymond ne contredit jamais Rebecca... Oui, mais Raymond, d'un autre côté, n'en est pas moins niais. Et au lit, ça n'a pas l'air d'être un foudre de guerre.
Sexuellement frustrée, Rebecca a rencontré, dans la librairie que tient son père, un certain Daniel, lui aussi enseignant, mais en philosophie. C'était quelques semaines avant de se marier avec Raymond. Rebecca tombe amoureuse de lui. Juste avant son mariage, Rebecca se voit offrir par Daniel une superbe Harley-Davidson. Un cadeau somptueux qui n'est pas innocent, le but étant de permettre à Rebecca de retrouver son amant qui vit à Heidelberg, alors qu'elle même réside à Haguenau, en Alsace.
Un matin, Rebecca se lève, regarde Raymond endormi, et se lève. Nue, elle enfile sa combinaison de cuir, enfourche sa cylindrée, et part couvrir les quelques cent-vingt kilomètres qui la sépare de Daniel...

 

 

La Motocyclette est l'adaptation du roman éponyme d'André Pieyre de Mandiargues, publié en 1963. Né en 1909 et décédé en 1991, il était un écrivain surréaliste collectionneur d'objets érotiques et pornographiques. Parmi ses ouvrages, citons "La Marge", prix Goncourt en 1967, et adapté au cinéma en 1976 par Walerian Borowczyk.
Le film se passe quasiment en temps réel, celui du court voyage de Rebecca pour aller rejoindre son amant en Harley-Davidson. L'oeuvre est donc entrecoupée de nombreux flashbacks permettant au spectateur de se faire une idée sur les caractères complètement opposés des deux hommes de Rebecca ; l'un, Raymond, ayant une vision de l'amour quasiment platonique, alors que Daniel éprouve pour Rebecca un amour purement physique. Un paradoxe quand on sait que ce dernier est professeur de philosophie, mais se montre particulièrement terre à terre dans sa situation amoureuse, et matérialiste pour arriver à ses fins (la Harley-Davidson, cadeau empoisonné).
Les autres flashbacks ont aussi pour but de mieux faire connaissance avec le personnage central, et d'entrer dans son intimité par le biais de séquences oniriques reflétant les fantasmes de la "fille à la motocyclette". Sa combinaison de cuir est une seconde peau, révélatrice de son autre nature, son autre "moi", le désir d'une femme qui veut être aimée charnellement. Rebecca veut qu'on la possède, plus qu'être respectée. Le sexe guide ses sentiments et la moto qu'elle tient entre ses jambes est en quelque sorte l'extension de la virilité de son amant.

 

 

C'est le Britannique Jack Cardiff (1914-2009) qui a réalisé La Motocyclette. Même si le cinéaste est responsable de films comme "Les Drakkars", "Le Liquidateur", Le dernier train du Katanga et "The Mutations" (très bon film d'horreur avec Donald Pleasence), Jack Cardiff a bâti avant tout sa réputation dans le 7ème Art en tant que directeur de la photographie.
Et c'est avec cette fonction qu'il s'est retrouvé sur les plateaux d'oeuvres marquantes comme "Le narcisse noir", "Les chaussons rouges", "Les amants du Capricorne", "Pandora", "La comtesse aux pieds nus" ou encore "Les Vikings".


Pour en revenir avec La Motocyclette, Jack Cardiff peut s'estimer heureux de récupérer Alain Delon qui, à l'époque, est déjà une star, avec une filmographie de première classe : "Plein soleil", "Rocco et ses frères", "Mélodie en sous-sol", "Le Guépard", "Les Aventuriers", "Le Samouraï"...

 

 

On peut dire que La Motocyclette est probablement le premier film dans lequel Delon casse un peu son image de "beau ténébreux". Certes, il demeure un séducteur irrésistible, manipulant la fragile Rebecca sans le moindre remords ; mais au détour de certaines scènes il redevient soudainement "ordinaire", lorsqu'il fume la pipe en tongs, par exemple, où lorsqu'il fait de la moto affublé d'un ridicule bonnet à pompon.
Par la suite, Alain Delon n'hésitera pas à prendre des risques, désireux d'offrir au spectateur une autre facette de lui-même, celle d'un anti-héros, comme dans "Doucement les basses" en 1971. Mais ces occasions seront rares, et aujourd'hui on se souvient plus de la personnalité agaçante de l'acteur et de ses polars merdiques des années 80 ("Pour la peau d'un flic", "Le Battant", "Parole de flic", "Ne réveillez pas un flic qui dort") que de ses fulgurances des années 60 et 70.

Co-production franco-britannique, il n'est pas étonnant que la partenaire féminine de Delon dans "La Motocyclette" soit une Anglaise. Mais, plus surprenant, le choix se porte sur une chanteuse : Marianne Faithfull. Bien qu'on ait pu la voir sur le grand écran en de rares occasions ("Made in U.S.A." De Jean-Luc Godard), Marianne Faithfull se fait plus remarquer hors-scène pour sa vie dissolue. Fille d'une baronne autrichienne et d'un officier de l'armée britannique, la jeune femme devient au début des sixties l'égérie des Rolling Stones et la fiancée de Mick Jagger. Marianne Faithfull tombera dans la dépendance aux drogues dures très jeune, ce qui nuira grandement à sa carrière d'artiste.
Elle endosse pourtant son rôle de femme émancipée autant qu'évaporée dans le film avec conviction. Pas évident de paraître crédible sur une moto avec un sourire béat permanent qui laisserait penser qu'au réveil, la belle Marianne aurait oublié d'ôter un sex-toy glissé dans une partie de son anatomie, avant d'enfourcher la grosse cylindrée. De là à penser que Rebecca jouit sur sa monture de métal, il n'y a qu'un pas que nous n'hésiterons pas à franchir.

 

 

La Motocyclette n'est pas un chef d'oeuvre, on en conviendra facilement. C'est un film qui se regarde avec la nostalgie de son époque, chargé de symboles comme celui de la libération sexuelle. On retiendra les séquences oniriques réussies, à coups d'effets de solarisation, de distorsion d'images et de filtres de couleurs, conférant au film une aura psychédélique que la bande musicale, sur fond de guitares saturées, ne fait qu'accentuer.
Les érotomanes avertis seront probablement déçus, par contre, le film s'avérant très soft au final, bien que l'on puisse admirer furtivement la plastique de Marianne Faifhfull. Quant aux spectatrices, peut-être tomberont-elles en pâmoison devant la classe incarnée d'Alain Delon, imbattable lorsqu'il s'agit de fumer la pipe. Faut-il y voir encore un symbole sexuel sous-jacent, je n'irais pas jusqu'à l'affirmer, quoique...

 

Flint


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