Messieurs, j'ai tué Einstein
Titre original: Zabil jsem Einsteina, pánové !
Genre: Science fiction , Comédie
Année: 1969
Pays d'origine: Tchécoslovaquie
Réalisateur: Oldrich Lipský
Casting:
Jiří Sovák, Jana Brejchová, Lubomír Lipský, Iva Janžurová, Petr Čepek, Jan Libíček, Josef Hlinomaz, Miloš Kopecký...
Aka: I Killed Einstein, Gentlemen
 

Dans le futur, en 1999 pour être précis (soit dans un passé rétro-futuriste au moment où j'écris ces lignes), du fait des retombées radioactives des nouvelles bombes G, les femmes ont développé une pilosité faciale et connaissent des problèmes de fertilité. Plus grave encore, une grande partie des femmes ont décidé de faire la grève du rasage tant que les essais de bombe G n'auront pas cessé. Hélas, les fanatiques "nucléaristes", réfugiés dans leur inexpugnable forteresse Antarctique, continuent à larguer leurs bombes G (pour des motifs inexpliqués) dans leur désert de glace à la barbe du reste de l'humanité dont la libido est en berne. Pour mettre un terme à leurs agissements, le professeur David Moore, qui vient de concevoir la machine à remonter le temps, a trouvé une solution draconienne : supprimer la physique relativiste en allant trucider Albert Einstein avant qu'il ne publie sa fameuse théorie. Pour cela, il va se rendre à Prague en 1911, le jour où Einstein a failli mourir accidentellement écrasé par un lustre lors d'une réception. L'accompagne dans sa mission son collègue et prix Nobel Frank Pech, dont le grand-père était à l'époque concierge de la faculté des sciences de Prague, et le docteur Gwenn Williams, historienne des sciences et biographe d'Einstein.

 

 

Oui c'est n'importe quoi... Et encore j'ai omis de préciser que l'historienne était obnubilée par Einstein et follement amoureuse de lui avant même de le rencontrer et que Frank Pech s'est porté volontaire pour cette mission dans le but principal de rencontrer son père alors enfant, père qui s'avérera être un affreux garnement, qui profitera de la faiblesse et de la protection de son fils à son égard. Ajoutons à cela que le chef de l'expédition est tout sauf un homme d'action et nous avons une mission partie sur de mauvaises bases. Mais qu'à cela ne tienne, le professeur Moore n'est pas homme à rester sur un échec, et l'avantage avec les voyages dans le temps c'est que l'on peut les recommencer ; mais leurs inconvénients c'est que l'on n'est jamais sûr des conséquences...

Bon, n'en jetons plus, vous l'aurez compris nous sommes dans de la comédie SF complètement déjantée, comme on en faisait en Tchécoslovaquie dans les années 60 et 70, et nulle part ailleurs, et dont on a perdu la recette depuis. Les connaisseurs de ce cinéma-là ne seront pas surpris d'apprendre qu'il y a au scénario Milos Macourek. Mais ici il faut bien le dire, l'ensemble manque un peu de rigueur, et je ne parle même pas des paradoxes temporels qui sont complètement évacués (une constante dans les films où il est question de voyage dans le temps) mais de la cohérence de la plupart des éléments du scénario. Le plus surprenant c'est que ce synopsis, qui semble avoir été écrit lors d'une soirée très arrosée entre Lipsky et Macourek et qui comporte des éléments récurrents de leur oeuvre (Einstein et l'opéra pour le premier, les femmes à barbe et les hommes à poitrine pour le second), est en fait l'adaptation d'un livre de Josef Nesvadba, écrivain de SF tchèque à l'origine d'une autre histoire de voyage dans le temps Tomorrow I'll Wake Up and Scald Myself with Tea adaptée elle aussi par Marcourek mais hélas non réalisée par Lipsky, ainsi que d'un film sur des voitures vampires qui n'est malheureusement pas une comédie.

 

 

Bon, si on accepte l'ensemble des postulats délirants et toutes les incohérences du scénario (on est loin de ce que Macourek a fait de mieux), on pourra apprécier l'énergie et le rythme de la réalisation (en d'autres termes, le brio) d'Oldrich Lipský, qui permet d'enchaîner les gags sans temps morts et de rendre hilarants les éléments burlesques les plus basiques et les plus éculés (le striptease, la colle sur le fauteuil). Le film présente donc les qualités et les défauts inverses de l'autre comédie tchèque sur les voyages temporels Tomorrow I'll Wake Up and Scald Myself with Tea (qui brillait par son scénario mais été desservi par une réalisation trop molle) mais il faut bien reconnaître que l'on est loin de Happy End et surtout des collaborations de Lipsky avec Brdečka. Dans l'ensemble, et si on évite les comparatifs avec les autres films de son réalisateur ou de son scénariste principal, il faut avouer que c'est quand même une excellente comédie qui bénéficie en outre d'une interprétation de grande classe.

 

 

L'interprétation justement, je terminerai cette modeste critique dessus. En tête le grand Jiří Sovák, une force comique comme on en voit peu dans le genre lunaire / clown blanc. Il a en plus le mérite d'extrêmement bien renvoyer la balle à ses partenaires, ce qui fait de lui l'acteur idéal pour un duo comique, dans ce film, d'abord avec Lubomír Lipský puis avec Iva Janžurová, l'héroïne de Monsieur, vous êtes veuve. Iva JanžUrová est sans doute l'actrice la plus drôle qu'il m'ait été donné de voir, et je pèse mes mots. Une bille de clown juchée sur un corps de rêve, capable de performances d'actrice assez exceptionnelles (double rôle, triple rôle, souvent complètement délirant) en plus d'une vis comica hors norme (elle ferait rire en lisant le bottin). C'est la reine de la comédie tchèque, même si dans un genre plutôt machiste elle doit souvent se contenter de seconds rôles, ce qui est le cas ici puisque la vedette féminine est Jana Brejchová (Baron Prášil) dans un rôle plus "romantique". Bref, quatre excellents acteurs qui font pencher la balance du film du bon côté, celui des comédies réussies.

 

 

Sigtuna

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