Inassouvies, Les
Titre original: Eugenie
Genre: Erotique , Drame
Année: 1969
Pays d'origine: Espagne / Allemagne / Grande-Bretagne
Réalisateur: Jesus Franco
Casting:
Marie Liljedahl, Maria Rohm, Jack Taylor, Christopher Lee, Paul Muller, Maria Luisa Ponte, Herbert Fux...
Aka: De Sade 70/Eugenie... the Story of her Journey into Perversion / Philosophy in the Boudoir / Die Jungfrau und die Peitsche
 

La jeune Eugenie s'ennuie chez elle, brimée par une mère une peu trop sectaire à son goût. Lors d'une escapade de son père à Madère où il part retrouver sa maîtresse, Marianne, cette dernière lui demande de faire venir sa fille pour le week-end. Il accepte.
Eugenie, heureuse d'échapper à son quotidien, se rend donc sur une île uniquement occupée par Marianne, son demi-frère Mirvel, ainsi que le personnel comprenant Augustin et Thérèse, la gouvernante sourde-muette.
Marianne a promis à Eugenie de s'occuper de son éducation "sentimentale", non pas à la manière de Flaubert, mais plutôt selon le Marquis de Sade. Car Marianne et Mirvel sont adeptes d'une confrérie vouant un culte au "divin marquis" et suivant ses préceptes, sous l'égide de l'inquiétant Dolmance. Eugenie ignore dans quel piège elle est tombée...

 

 

Jesus Franco n'a jamais caché son intérêt et son admiration pour Donatien Alphonse François de Sade (1740-1814), qui passa un peu plus d'un tiers de son existence en prison à cause de ses convictions qui mêlaient érotisme, déviance, perversité, cruauté et athéisme à travers ses écrits.
Réalisé peu après "Justine de Sade" (avec Romina Power) et juste avant Eugénie de Sade (avec Soledad Miranda), Les Inassouvies (dont le titre était à l'origine "De Sade 70") se veut une libre adaptation de "La Philosophie dans le boudoir". Publié en 1795, cet ouvrage racontait l'éducation sexuelle d'une fille de quinze ans par une libertine répondant au nom de Mme de Saint-Ange, avec la collaboration de son frère Mirvel, l'ami de ce dernier, Dolmancé, et Augustin le jardinier. On retrouve tous ces personnages dans le film de Franco, qui n'en conserve toutefois que quelques idées pour en livrer une version personnelle et moderne.

 

 

Les apartés à l'oeuvre du Marquis se retrouvent essentiellement dans les passages filmés avec un filtre rouge (trois au total), contenant l'essence de la philosophie de l'écrivain. On y voit la désacralisation de l'Eglise, une femme nue étant sacrifiée sur un autel et son sang bu dans un calice. Le spectateur y est aussi témoin de la relation incestueuse entre Marianne et Mirvel, ainsi que des perversités du couple n'ayant pas de limites, jusqu'à l'aboutissement de la quête : la corruption d'un cœur pur et innocent.
Le réalisateur atténue toutefois son propos par un twist final, dans lequel on se retrouve à la scène d'ouverture, laissant entendre que la pensée ne se traduit pas obligatoirement par des actes et reste le plus souvent dans le domaine du phantasme.

 

 

Les Inassouvies, malgré le thème abordé, reste toutefois un long métrage dans lequel le catalogue de perversités est plus suggéré que montré (en témoignent les écrits de Sade narrés par Christopher Lee) et où l'érotisme demeure relativement soft (on est six ans avant l'explosion du hard). Cela étant, le charme incontestable des deux actrices principales contribue à garantir un érotisme de qualité. D'un côté nous avons l'expérimentée Maria Rohm, Madame Harry Alan Towers, qui montre là encore qu'elle n'est pas seulement une "femme de..." mais une actrice de talent ; de l'autre nous avons une quasi-débutante dans le rôle d'Eugenie, Marie Liljedahl.


Révélée l'année précédente par son rôle de "Inga" grâce à Joseph W. Sarno, l'actrice suédoise a tout pour devenir un sex-symbol dans les mêmes proportions que sa compatriote Christina Lindberg. Mais il n'en sera rien, et la carrière de Marie Liljedahl s'arrête net en 1971. Blue Underground la sort provisoirement de l'oubli pour la sortie du dvd "Eugenie... the Story of her Journey into Perversion", où elle évoque ses souvenirs de tournage.
Les autres protagonistes du film sont des figures récurrentes (pour la plupart) du cinéma de Jess Franco, qu'il s'agisse de Jack Taylor, le plus espagnol des acteurs américains, Paul Muller (qui n'a ici qu'un rôle assez bref) ou encore Christopher Lee, qui joua également dans Le Trône de feu et Les Nuits de Dracula (sans oublier deux opus de Fu Manchu tournés par Franco).

 

 

Plus de quarante ans après sa sortie, Les Inassouvies apparaît comme un film particulièrement soigné et maîtrisé par son auteur, qui a su faire appel à des professionnels avec qui il collaborera régulièrement, à savoir Manuel Merino pour la photographie et Bruno Nicolai pour la musique. Le film est aussi très bien interprété, avec une direction d'acteurs tout à fait convaincante. Tournée en moins de quatre semaines dans la région de Murcie pour les extérieurs et dans les studios de Barcelone, cette œuvre faisait partie des soixante-neuf (!) films projetés durant l'été 2008 par la Cinémathèque Française lors d'une rétrospective dédiée au cinéaste espagnol. Des neuf collaborations entre Jesus Franco et Harry Alan Towers, Les Inassouvies est à classer au sein des meilleures, avec évidemment Venus in Furs, ainsi que "Justine de Sade" et Le Trône de feu.

Flint


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