Come rubammo la bomba atomica
Genre: Comédie , Espionnage , Parodie
Année: 1967
Pays d'origine: Italie / Egypte
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Franco Franchi, Ciccio Ingrassia, Julie Menard, Eugenia Litrel, Bonvi, Youssef Wahby, Adel Adham...
Aka: How We Stole the Atomic Bomb
 

L'histoire commence quelque part en Méditerranée avec un petit bateau de pêche ; à son bord, Franco et son grand-père (joué par Franco). Franco est alors témoin d'un accident d'avion américain dans la mer, à proximité. Il s'avère que l'avion transportait une bombe atomique et bientôt, divers agents secrets tournent autour de Franco, cherchant les coordonnées de l'avion.
A l'agence du SPECTRALIS, sont convoqués les meilleurs agents secrets. Parmi eux : l'agent 87 (Ciccio). Celui-ci devra passer par Franco pour retrouver lui aussi l'avion puis la bombe. Sur sa route, il rencontre Cynzia (Julie Menard) - une Ciccio Girl donc - qui se révèlera être un agent double à la solde de l'immonde docteur SI (ou YES selon affinité avec le NO, et en tout cas campé par un vétéran du cinéma égyptien, Youssef Wahby), dont le seul but est de diriger l'humanité. Pensant un temps Franco au service du même YES, il s'associe ensuite avec lui pour retrouver la bombe. Pendant ce temps, certains agents secrets notoires se lattent la gueule entre eux tout en croisant nos amis...

 

 

A lire le titre, et dès le début du film, on remarque quelques similitudes avec Opération Tonnerre. Logique, puisque How We Stole the Atomic Bomb est une semi-parodie de la série des 007, et particulièrement cet (oct)opus ci. On dénote à nouveau, de la part de Fulci, la même aptitude au burlesque - toujours prête elle-même à dégénérer en slapstick - qu'un Blake Edwards. Finalement, dans sa volonté parodique et de par son traitement burlesque, Come rubammo la bomba atomica se rapproche assez d'une Panthère rose. Il est à parier que Fulci ne puisa pas directement chez l'auteur de The Party, mais qu'ils partageaient finalement tous deux le même sens de l'énorme et de la dérision. Les nombreuses gesticulations kung-fuesques dignes d'un Kato à venir semblent en attester. A ce niveau, le film se montre extrêmement généreux et la paranoïa propre à la guerre froide se manifeste le plus souvent par des coups du tranchant de la main pouvant surgir de derrière, à n'importe quel moment et par n'importe qui. Les coups les plus inappropriés, pouvant se révéler les mieux ajustés et vice-versa, tout cela dans une valse ironie suffisamment désabusée pour passer rapidement aux choses sérieuses : faire rire.
Come rubammo la bomba atomica y parvient assez souvent, malgré le défaut récurrent des collaborations entre Franco, Ciccio et Lucio, à savoir un trop plein de bavardages que seul un sicilien bien disposé (s'il en existe) saura goûter. Délesté de ces "passages obligés", How We Stole the Atomic Bomb fait se succéder une série de scènes très drôles...

 

 

Quand le comique n'est pas dans le décor même (tout des O.S.S. 117 récents est déjà présent ici), ou bien au second plan grâce à des tyrans de foire (Doctor Si / Docteur Yes) et des agents d'opérette pourtant bien connus de nos services (James Bomb, Modesty Bluff et Derek Flit sont de la partie!), il se fait de situation.
Un gadget sert de distributeur de coups de pied au cul mécaniques ; un agent qui se prend pour un as en arts martiaux surgit au cri de la hyène pour s'annoncer (bien le bonjour au James Coburn de psychovision !) ; des femmes plus fortes physiquement que des espions aguerris (quoi qu'on en dise, Fulci est un féministe et ménage sa Modesty Bluff) ; une fausse bombe atomique fabriquée par notre duo débile satisfait de lui ; une scène irrésistible de gens qui se font assommer se relèvent pour assommer leurs agresseurs qui, eux-mêmes, se relèvent à tour de rôle, etc... digne du meilleur des "Barbouzes" de Lautner ; un James Bomb complètement largué du début jusqu'à la fin ne se trouve jamais où il devrait être et fait systématiquement les mauvaises déductions ; une espèce de créature du Docteur Franken-YES rappelle la momie du cimetière étrusque de Gli imbroglioni ; Franco et Ciccio avancent "discrètement" dans des sarcophages à l'effigie de dieux égyptiens... Fulci ne lésine pas au niveau folie et comique surréaliste, et l'"Opération" fonctionne du "Tonnerre" !

 

 

Qu'on se le dise, on peut mettre ce duo mal aimé dans la Lune (002, opération Lune), dans un pénitencier (Les deux évadés de Sing Sing), dans une banque en plein cambriolage (Come svaligiammo la banca d'Italia), ou bien en Egypte comme c'est le cas ici, ils provoquent le rire pour peu que les situations soient à la dimension de leur énorme ignorance. Finalement, nos deux siciliens, quoi qu'ils fassent - à l'instar d'un milieu rural replié sur lui-même qu'on retrouvera dans une œuvre plus tardive et plus âpre (La longue nuit de l'exorcisme) - demeurent des ploucs enracinés confrontés par hasard au monde extérieur, tout ceci se prêtant immanquablement au décalage. La recette peut sembler facile, certes, il faut toutefois un cuisinier de talent pour la faire lever avec un tel sens du rythme et, tapi dans l'ombre, une sorte de cynisme laissant penser que le réalisateur romain n'est dupe d'aucun plan qu'il tourne.
Malgré quelques scènes anormalement étirées (pour cause de bavardage-show des duettistes), Come rubammo la bomba atomica est une parodie alerte et décontractée, riche en péripéties cocasses et en situations délirantes, puis gorgée de chatoyants décors exotiques ou funestes. Porté par une superbe partition de Coriolano Gori, il finissait d'assoir en 1967, juste après Le temps du massacre, la solidité du talent de Lucio Fulci, ainsi qu'une certaine singularité de regard. Sans compter une aptitude peu commune à se fondre avec acuité dans des genres variés. Celui-ci fait l'une de ses premières apparitions à l'écran dans une courte scène à la terrasse d'un café (*). Perversion Story n'allant plus tarder, était-ce là le signe que le réalisateur romain avait déjà Hitchcock en tête ? Avant cela, il retrouvera à nouveau la jolie Julie Menard dans Il lungo, il corto, il gatto, tandis que ce sera le premier et dernier rôle pour la "Modeste" Eugenia Litrel.

 

 

Mallox

 

(*)

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