Araignée blanche défie Scotland Yard, L'
Titre original: Die weiße Spinne
Genre: Krimi
Année: 1963
Pays d'origine: Allemagne (RFA)
Réalisateur: Harald Reinl
Casting:
Joachim Fuchsberger, Karin Dor, Dieter Eppler, Horst Frank, Werner Peters, Mady Rahl, Friedrich Schoenfelder, Chris Howland...
 

Londres, un quartier de Soho, tard le soir. Alors qu'il sort du Club 55 pour regagner son véhicule, un noctambule en apparence lessivé (dans tous les sens du terme) est suivi du regard par un inquiétant borgne. Peu après, la voiture dudit noctambule est retrouvée en flammes après avoir percuté un mur ; et de son conducteur il ne reste que des cendres. La veuve (putative), Muriel Irvine, prévenue par téléphone, ne peut reconnaître le corps que grâce au porte-bonheur de son mari : une araignée blanche.
Peu avant de mourir, Irvine, le défunt (putatif lui aussi), avait contracté une importante assurance-vie au bénéfice de son épouse ; mais la compagnie d'assurance, flairant une éventuelle entourloupe, refuse de payer. L'inspecteur Dawson, en charge de l'affaire pour Scotland Yard, trouve lui aussi cet accident louche et fait le rapprochement avec d'autres morts similaires où, près des cadavres, on a retrouvé des araignées blanches. Malgré les objections de sa hiérarchie qui lui somme de classer l'enquête, il décide de fureter autour du Club 55. Le lendemain, il est retrouvé étranglé...

 

 

Deuxième adaptation de Louis Weinert Wilton, après Espions sur la Tamise, et unique film totalement allemand de cette courte série (quatre films), L'araignée blanche défie Scotland Yard a la couleur des Edgar-Wallace-Filme, a le goût des Edgar-Wallace-Filme... mais n'est pas un Edgar-Wallace-Filme. On ne peut par contre pas lui retirer son appartenance au Krimi, dont il représente l'une des plus pures incarnations du genre, qui plus est de très bonne facture puisque cette "araignée blanche" est sans aucun doute le meilleur des Weinert-Wilton-Filme.
Je ne reviendrai pas en détail sur la genèse de cette éphémère franchise. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je ne peux que leur conseiller la lecture de la critique d'Espions sur la Tamise sur cet excellent site qu'est psychovision.
Disons, pour résumer, que Weinert-Wilton était dans les années 30 un épigone germano-tchèque d'Edgar Wallace (quoique le terme épigone soit un peu réducteur puisque ses romans sont considérés comme meilleurs, enfin... disons plutôt moins mauvais, que ceux de Wallace).
En 1962 Gerhard Fritz Hummel, le père spirituel du Krimi, relégué au second rang de la production des Edgar-Wallace-Filme par l'arrivée d'Horst Wendlandt à la tête de la Rialto, crée les Weinert-Wilton-Filme qui, s'ils ne sont pas des productions Rialto, ne sont pas non plus des produits concurrents (ils sont distribués et coproduits par la Constantin-Film qui appartient comme la Rialto à Preben Philipsen) mais plutôt des Krimis sous traités par d'autres producteurs.

 

 

Quoi qu'il en soit, L'araignée blanche défie Scotland Yard renoue en quelque sorte avec les débuts du Krimi, en réunissant le quatuor magique de l'époque : Harald Reinl à la réalisation, Egon Eis au scénario (ici sous le pseudonyme d'Albert Tanner) et Joachim Fuchsberger avec Karin Dor pour incarner le couple vedette. Pour être honnête, les quatre ensemble n'ont jamais été réunis à part dans ce film-ci mais, à part Fuchsberger qui sera le principal héros récurrent du Krimi jusqu'à son agonie "Horst Tapertienne", les trois autres sont liés au début du genre (soit la période 1959 - 1961) même s'ils s'y illustreront épisodiquement jusqu'en 1965.
Mais foin de ces précisions qui n'intéresseront que les puristes (et encore), disons tout simplement que, s'il diffère beaucoup des films contemporains d'Alfred Vohrer, L'araignée blanche défie Scotland Yard fait fortement penser à Scotland Yard contre le masque et La grenouille attaque Scotland Yard, par ailleurs d'excellentes références (les meilleurs Krimis de Reinl). Si le présent film n'égale pas tout à fait ces deux derniers, c'est uniquement à cause d'un parti pris de mise en scène qui demande aux spectateurs d'accepter que tous les avatars d'un Dieter Eppler, pourtant facilement reconnaissable sous son maquillage, ne soient reconnus par quiconque dans le film.

 

 

Pour le reste, et bien que le whodunit soit rapidement éventé, ce Krimi est bien un très bon cru, réalisé par un Harald Reinl en pleine forme et bénéficiant d'une B.O. très réussie de Peter Thomas.
Niveau interprétation, Fuchsberger et Dor ("le couple du Krimi") sont excellents, comme d'habitude ; une excellence rehaussée par l'alchimie particulière que dégage ce duo particulièrement bien assorti. Mais c'est bien Dieter Eppler qui porte le film sur ses solides épaules en incarnant le chef de l'araignée blanche, un transformiste criminel aux multiples masques. Si, comme dit précédemment, on le reconnaît aisément sous son maquillage, sa performance n'en est pas moins remarquable et le procédé est de toute façon beaucoup moins factice que celui de prendre des acteurs différents comme dans Neues vom Hexer (Le défi du Maltais contourne intelligemment cette difficulté), Harald Reinl n'ayant ici recours à cet artifice que pour l'alias féminin de l'araignée blanche.

 

Krimi non-Rialto oblige (quoique pas toujours), le duo emblématique Klaus Kinski/Eddy Arent est ici remplacé par respectivement Horst Frank et Chris Howland. Si Frank (qui peut tout jouer) assure à l'aise l'intérim dans le rôle de la petite frappe abjecte (ici un tueur pédophile), Chris Howland en quota comique ferait passer Franck Dubosc pour drôle et Jamel Debbouze pour un acteur correct (bon, là j'exagère peut-être un peu). En d'autres termes, Howland ne sait absolument pas jouer et a autant d'humour qu'une pastèque.

 

 

Pour rester sur une note mitigée, un mot sur la VF : Fuchsberger qui joue un double rôle (soit à la louche une douzaine de rôles de moins qu'Eppler) est en VO doublé par un autre acteur quand il interprète son alias mystérieux afin de ne pas être reconnu, mais dans la VF c'est le même doubleur à la voix de canard caractéristique qui fait les deux ; par contre, Karin Dor est doublée par la voix caressante d'une toute jeune Mireille Darc.

 

Sigtuna

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