Terreur aveugle (1971)
Titre original: Blind Terror
Genre: Thriller
Année: 1971
Pays d'origine: Grande Bretagne
Réalisateur: Richard Fleischer
Casting:
Mia Farrow, Dorothy Alison, Robin Bailey, Diane Grayson, Brian Rawlinson, Norman Eshley, Paul Nicholas, Christopher Matthews, Lila Kaye...
Aka: See no Evil
 

Dans la campagne anglaise des années 70, il se passe parfois de drôles de choses. Deux bottes menaçantes (c'est ainsi cadré), arborant chacune une grosse étoile blanche se promènent au sortir d'une séance de cinéma. Sa double programmation est annonciatrice du danger de ce spectateur sinon culotté, bien botté, puisque les films diffusés sont "The convent Murders" et "Rapist Cult"... Le type s'arrête un temps devant une vitrine, regarde un écran de télé et part.

Voici que nous faisons la connaissance de Sarah (Mia Farrow), une jeune anglaise, atteinte de cécité et qui retrouve sa famille au sein de leur propriété plutôt bourgeoise. Fragilisée de par la chute de cheval qui l'a rendue aveugle, elle s'en revient donc retrouver ses parents afin de se faire aider. Aider à surmonter son handicap autant qu'à remonter moralement la pente. Les jours passent, paisibles semble t-il, ainsi elle se remet même à faire des ballades à cheval avec son fiancé. A son retour la demeure est bien silencieuse. Trop. La voici qui prend conscience qu'il n'y a plus là que cadavres. Sa famille a été sauvagement assassinée et le tueur semble avoir oublié quelque chose en partant... ce sont en tout cas les mêmes bottes que nous retrouvons de nuit épiant la maison.

 

 

Terreur aveugle est un film étonnant de par les noms qu'il affiche au générique et de par la forme qu'il arbore, celle d'une épure de Thriller. On retrouve derrière la caméra l'excellent et très expérimenté Richard Fleischer, trop souvent catalogué avec un certain mépris d'homme à tout faire solide mais sans génie. C'est un peu vite oublier les pépites qui jalonnent sa carrière en même temps que le fort caractère qui s'en dégage malgré une évidente modestie dans sa manière de s'effacer devant son scénario. Pourtant, en plus d'un savoir-faire, le type a une patte indéniable. Négliger son parcours, c'est nier des westerns somptueux comme "Bandido" dans lequel Robert Mitchum campait un mercenaire acquis à la cause des rebelles mexicains, film précurseur (avec "Vera Cruz" d'Aldrich) et dont les thèmes occuperont une bonne place au sein du western italien une décennie plus tard. C'est aussi oublier trop vite ses classiques comme ses fougueux "Vikings", son "Barrabas" et ses combats d'arènes homériques entre Anthony Quinn et Jack Palance, son très beau "Soleil vert" et puis encore son formidable "Etrangleur de Boston" et ses split screens dont ne semble ne s'être jamais remis un Brian de palma pour ne citer que lui. Bref, Richard Fleischer est un réalisateur de grand talent encore trop méprisé par les ayatollahs du bon goût. Tant pis pour eux.

 

 

Ici éclate d'entrée toute une maîtrise, un savoir-faire, une science du cadre et du timing. De suite on oubliera d'évoquer l'humour dont fait preuve Fleischer avec son tueur qui s'arrête devant une télévision à la devanture d'un commerce, pour se mater un bout du "Jardin des tortures" de Freddie Francis. Ce plan large d'une rue nocturne cadrant en gros plan les bottes du meurtrier, aidé par les premières notes de l'excellente et tonique partition d'Elmer Bernstein, ne trompent pas. On aura affaire à un exercice de style, ni plus ni moins. Mais un beau. C'est malgré tout aussi un peu la limite de Blind Terror, celle de ne jouer que sur une seule et unique partition. S'il convenait d'en désigner le coupable, nul doute que ce serait vers son scénariste que l'on pointerait du doigt. Il s'agit du pourtant rompu à l'exercice Brian Clemens, qui livre une histoire on ne peut plus mince, loin des astuces et extravagances de ses "Chapeau melon et botte de cuir". Un tueur dont ont ne voit que les mains et surtout les pieds, un mobile trouble, et un huis clos entre une aveugle et un tueur qu'on a déjà vu dans "Seule dans la nuit" de Terence Young, ça fait pas beaucoup vous l'admettrez. Pourtant et paradoxalement c'est sans doute aussi cette épure d'histoire qui permet à Fleischer de mettre en avant ses talents de mise en scène. Il y a même un bien grand moment de cinéma pur, celui où Mia Farrow se retrouve seule la première nuit, ne s'apercevant pas de suite que les morts jalonnent la maison, dormant même près de sa cousine tuée à coups de couteau. Pendant ce temps la tante gît sur le canapé du salon et l'oncle dans la baignoire. Voir arpenter Mia Farrow ne se doutant tout d'abord de rien jusqu'à ce qu'elle soit alertée par la trop longue absence de sa famille, est proprement terrifiant. C'est là qu'intervient d'ailleurs un second talent du metteur en scène : Celui d'une direction d'acteurs sans faille. Pour tout dire, Mia Farrow ne s'investit pas ici à 100% mais plutôt à 200 et en prend plein la gueule pour pas un radis, 90 minutes durant. De même la scène durant laquelle elle s'enfuit à travers une forêt boueuse pour atterrir dans le petit camp manouche d'à côté marque autant les esprits que la scène où elle se fait noyer dans sa baignoire. Une scène qui semble durer une éternité, et orchestrée avec maestria. Une fois encore, c'est le scénario et ses raccourcis faciles qui pêchent. D'abord cet homme qui l'aide à trouver la gourmette oubliée par le tueur et sur laquelle serait probablement inscrit son nom, avant de clamser sans pouvoir aider la non-voyante à lire ledit nom mystérieux, et puis un sauvetage in extremis franchement trop téléphoné, alors qu'on aurait pu s'engager vers quelque chose de beaucoup plus sauvage, nihiliste, pour tout dire, risqué. C'est bien dommage et ça pourrait presque prêter à rire, sinon tout du moins, à sourire.

 

 

On pourra discuter longtemps du choix qu'ont pu faire Richard Fleischer, son scénariste Brian Clemens ainsi que son chef opérateur Gerry Fisher de ne jamais montrer le visage du tueur et de ne le filmer qu'au ras du sol. Soit, cela permet d'identifier de suite la présence du tueur rôdant alentour dès lors que la caméra se pose au sol, avec parfois il faut le préciser des tours de forces techniques, avec d'amples mouvements circulaires, mais ça limite également le suspens à un seul et unique procédé qu'on aura le droit de trouver légèrement mal dégrossi. Pourtant petit à petit, l'idée passe, et le climat s'installe. Fleischer et Fisher multiplient les plans obliques, accentuant ainsi la solitude de l'héroïne et le danger ambiant, font ressortir tous les traits de sa psyché d'abord perturbée, puis terrifiée, parvenant à nous faire frémir lorsque Sarah s'approche de quelques bouts de verres brisés à même le sol de la cuisine. Fleischer parvient plus globalement et de main de maître, à rendre la maison et ses multiples recoins angoissants, distillant petit à petit les détails en multipliant les points de vue. Il opte la plupart du temps pour des hors champs, jouant avec une redoutable efficacité sur la subjectivité du spectateur. A ce point de vue, toute la partie évoquée ci-dessus avec les cadavres parsemant la maison est exemplaire puisqu'aucun meurtre n'aura été montré. De même, en un plan sur une simple cartouche de fusil dans la cour à même le sol bougeant au gré du vent, il installe un climat oppressant. Pour faire un jeu de mots facile, une peur sourde s'installe, éveillant ainsi nos sens tout en amplifiant ceux de notre héroïne. Pour parfaire le tout (on parle toujours mise en scène), le réalisateur joue merveilleusement sur le contraste entre le climat paisible de la bourgade avec ses jolies couleurs d'automne et la sècheresse de l'action qui ne surgit que par fulgurances et il faut bien admettre que ça finit par conférer au film le cachet qu'il lui aurait éventuellement manqué pour transformer ses audaces techniques.

 

 

Ne cachons toutefois pas que Blind Terror doit beaucoup à Mia Farrow, qui porte le film sur ses épaules et livre une prestation toute en tripes. Dommage donc que le scénario soit trop mince. Et d'une, on a le sentiment qu'il contraint Richard Fleisher à des choix de mise en scène plutôt que de lui donner toute l'aisance initialement souhaitable, et de deux, on aura à cause de cela tendance à classer Blind Terror un peu en dessous des grandes réussites qu'étaient "L'Etrangleur de Boston" ou "L'Etrangleur de la place Rillington". Reste un excellent exercice de style, l'occasion pour le metteur en scène d'étaler sa maîtrise, et de livrer un fort bon Thriller du samedi soir.

 

Mallox
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