Au seuil de la psychose
Titre original: Baffled!
Genre: Thriller , Fantastique , Sorcellerie
Année: 1973
Pays d'origine: Royaume-Uni / États-Unis
Réalisateur: Philip Leacock
Casting:
Leonard Nimoy, Susan Hampshire, Rachel Roberts, Vera Miles, Jewel Blanch...
 

Lors d'une course automobile, Tom Kovack (Leonard Nimoy) est victime de visions hallucinatoires : un manoir énigmatique, une femme qui hurle, un chemin étroit avec une charrette de foin faisant obstacle, une autre femme se pressant de descendre les escaliers de sa demeure... Déstabilisé, il quitte brusquement la piste, victime d'un accident, heureusement peu grave.
Avec l'aide d'une para-psychologue (Michele Brent/Susan Hampshire), Kovack, suite à un témoignage télévisé, va ensuite tenter d'élucider les raisons de ces visions. Une enquête paranormale qui va l'amener à soupçonner des pratiques de magie noire et l'emmener au seuil de la psychose !

 

 

Baffled! ("Déconcerté" en français) est plus une curiosité qu'une grande réussite. Produit par ITC ("Le Saint"/"Le Prisonnier"/"Amicalement vôtre"...) et destiné à être le pilote (c'est le cas de le dire) d'une série pour la télévision. Mais celle-ci ne verra jamais le jour. Pas faute que Baffled! brasse des éléments attractifs, mélangeant thriller, visions prémonitoires, romantisme et sorcellerie, mais ce mixe étonnant ne convainquit pas suffisamment les producteurs-distributeurs d'aller plus en avant à l'époque. Baffled! fut testé en salles dans son pays d'origine, en Grande-Bretagne, en première partie de programme, mais reçut un accueil plus indifférent que chaleureux ou même controversé. Diffusé quatre mois plus tard à la télévision américaine, sur la NBC, son accueil et audience ne furent pas meilleurs et incitèrent ITC à en rester là. Ses frais de productions furent toutefois amortis et ce pilote, mué en téléfilm, fut vendu dans plusieurs pays dont Le Danemark, l'Espagne et le Mexique. Il fit une carrière plus tardive ailleurs, en vidéo, dont en France, sous le titre Au seuil de la psychose.

 

 

Baffled! possède plusieurs atouts loin d'être négligeables : un scénario plus original que la moyenne dû au vétéran Theodore Apstein (auteur de nombreux épisodes de séries télévisées variées mais aussi du scénario de "Qu'est-il arrivé à tante Alice?") ; un réalisateur de métier, auteur de quelques films notables dans les années 50 avant de travailler principalement pour la télévision et tous les feuilletons plus ou moins connus ; enfin, un casting qui n'a rien à envier à certaines productions aux ambitions plus conséquentes. On ne présente plus Leonard Nimoy, qui deviendra célèbre l'année suivante grâce au personnage de Spock dans la série "Star Trek". Un acteur de talent, doté d'une palette de jeu bien plus large que ses oreilles sont pointues et qui alterne des rôles dans des séries ("Mission Imposible", "Night Gallery", "Columbo"...) et ceux dans des films pour le cinéma ("Catlow", "L'invasion des profanateurs" de 1978). Susan Hampshire est une excellente actrice qui sort d'au moins deux très beaux films fantastiques, hélas, trop souvent occultés, "Malpertuis" de Harry Kümel et Ni la mer ni le sable de Fred Burnley. Plus en retrait, voire en embuscade, les excellentes Rachel Roberts ("Picnic à Hanging Rock", La Tour Eiffel en otage...) et Vera Miles qui a, comme son nom l'indique, des kilomètres au compteur et qu'il est inutile de présenter.

 

 

Au final, Au seuil de la psychose est loin d'être mauvais au point de décevoir les modestes attentes qu'on pouvait placer en lui. Il souffre surtout d'une mise en scène anonyme et d'inégalités éparses, notamment d'une mise en place expéditive et laborieuse, se présentant à la fois comme un thriller surnaturel adulte et un spectacle familial. Se farcir les états-d'âme de la jeune Jewel Blanch ("Lassie en chaleur") sur les possibilités que môman vive de nouveau avec pôpa (ils ne se sont pas vus depuis onze ans, putain !) fait partie des choses qui nivellent vers le bas ce petit thriller médiumnique. Ailleurs, les situations qui s'enchainent paraissent expéditives, usant d'outrageants raccourcis rendant l'histoire peu crédible. Dans ce registre, Tom Kovack, aidé d'une manière ultra rapide et ultra altruiste par Michele Brent et qui, lors de leur première rencontre, accouche d'un dessin très précis du manoir entrevu lors de la vision, au point de permettre à la spécialiste en paranormal d'identifier les propriétaires, frôle la correctionnelle. Néanmoins, les visions qui reviennent régulièrement dans Baffled! sont quant à elles réussies en plus d'être rehaussées par la superbe partition composée par le très rare Richard Hill ("Doberkiller", un drame horrifique de George Bloomfield avec Alan Alda).

 

 

Parmi les caractéristiques de ce téléfilm, dont la qualité tend à croître au fil de son déroulement, on peut également citer un charme tout britannique, pas si éloigné de la série "Le prisonnier". Du reste, on peut voir Leonard Nimoy comme un pendant de Patrick McGoohan perdu chez "Rebecca" au lieu du fameux Village. Le tout est doté d'une direction artistique gracieuse, de révélations par paliers, soit, un peu abruptes, mais qui relancent l'intérêt de manière régulière. De petits détails comme un cachet de cire à l'effigie d'un loup comme marque d'appartenance à une confrérie occulte ; ce mystérieux loup comme lien secret tôt découvert ; un manoir visité par nos deux principaux protagonistes et dont les hôtes sont les acteurs de la vision du coureur automobile. Pourquoi ? Comment ? Qui ça ? Tu baises en cachette ? Tant de questions auxquelles vous trouverez réponses ou en tout cas, des fragments de celles-ci, en visitant ce téléfilm globalement estimable et, en tout cas jamais ennuyant. Vera Miles en maîtresse de manoir aguerrie et cynique ne déçoit pas. Il en va de même pour Rachel Roberts dans le rôle souvent à double-tranchant de la servante. Quant à Jewel Blanch, tête à baffes évoquée en début de ce modeste papier écrit par un diablotin du dimanche, elle passe très vite de l'enfance à l'adolescence et finit par jouer un rôle dans ce charivari qui tourne à l'inquiétant, beaucoup plus vénéneux qu'on pouvait le supposer. Bref, s'il ne fait pas figure d'oeuvre achevée, Baffled! n'en demeure pas moins suffisamment intriguant pour susciter l'intérêt en plus d'une certaine indulgence vis à vis d'objectifs initiaux non atteints. Contrairement à son héros, Baffled! prend un départ laborieux mais complots machiavéliques et magie noire aidant, au lieu de finir dans le fossé, il se reprend plutôt pas mal pour passer la ligne d'arrivée avec les honneurs.

 

 

Pour la petite histoire, et sans vouloir trop dévoiler de ce pilote très agréable, Au seuil de la psychose se conclut comme tout pilote en bonne et due forme : il garde une part de ses mystères et une nouvelle vision prémonitoire de Tom Kovack scelle le couple qu'il formera désormais avec Michele Brent. Voici nos deux enquêteurs partis pour de nouvelles aventures au pays de la confrérie conspirationniste qui s'annoncent prometteuses. Dommage donc !


Mallox

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