Rome comme Chicago
Titre original: Roma come Chicago
Genre: Polar , Poliziesco
Année: 1968
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Alberto De Martino
Casting:
John Cassavetes, Nikos Kourkoulos, Gabriele Ferzetti, Anita Sanders, Riccardo Cucciolla, Luigi Pistilli, Guido Lollobrigida, Pier Paolo Capponi...
Aka: Banditi a Roma / Bandits in Rome (US) / Rome Like Chicago (US- titre TV) / The Violent Four (UK)
 

À Rome, deux bandits masqués effectuent un braquage audacieux contre un bureau de poste. La police ne tarde pas à identifier puis à arrêter Mario Corda (John Cassavetes), le chef de l'organisation, mais elle ne parvient pas à identifier et localiser son complice Enrico (Nikos Kourkoulos). Un Enrico qui se rend entre-temps coupable d'autres exactions au cours desquelles des personnes trouvent la mort. Enrico, au contraire de son complice, aguerri, paraît incontrôlable ; il est même pris de folie meurtrière, assassinant froidement Lea (Anita Sanders), la jeune épouse de Corda. Un Corda qui s'évade quant à lui de prison, afin de partir à la recherche d'Enrico pour venger la mort de son épouse. Lorsque les deux anciens complices se font face, la police est sur leurs traces...

 

 

Rome comme Chicago, proto-poliziesco dont le second titre original et celui américain puisent chez Carlo Lizzani et son "Bandits à Milan", est loin d'être l'Eurocrime le plus connu ou le plus prisé des amateurs. Il faut dire que le polar est troussé sans grande ambition par Alberto De Martino qui, à partir d'un schéma proche de certains films noirs de Raoul Walsh (les étendards de "L'Enfer est à lui" ou de "High Sierra" flottent constamment à l'horizon), tente malgré tout de caractériser psychologiquement et sociologiquement ses personnages pour accoucher d'un polar assez routinier, pourvu néanmoins de quelques séquences spectaculaires.
On est certes loin de la violence extrême qui émaillera le poliziesco de la décennie suivante, mais Roma come Chicago est bien rythmé et sait se montrer nerveux quand il le faut. Le polar de De Martino a beau être régulièrement menacé de lenteur, il semble se réveiller aux bons moments pour mettre le pied sur l'accélérateur. Il a aussi pour lui de bénéficier des présences fortes de John Cassavetes et Nikos Kourkoulos, lesquels forment ici un tandem classique mais de caractère, ce qui, grâce à leur talent respectif et à leur complémentarité, permet au film de trouver son équilibre, tant d'un point de vue psychologique que par sa nervosité intrinsèque, sans concession.

 

 

John Cassavetes (Mario Corda) campe donc un voleur à main armée non-violent. Une fois le job exécuté proprement, c'est-à-dire, sans avoir tué qui que ce soit, il se hâte de rentrer chez lui pour emmener sa petite amie et son fils au cirque. Comme souvent, il plane comme l'ombre de la fatalité au-dessus de ce genre de personnage. Stéréotype de la littérature, du théâtre et du cinéma, il est le bon gars qui a pris le mauvais chemin ; un style de vie qui rattrape régulièrement ceux qui le vivent, a fortiori dans le film d'action criminel à base de braquages et de hold-up.
Le problème de Mario Corda, c'est Enrico, son jeune partenaire. Parfaitement campé par Nikos Kourkoulos, le jeune chien-fou n'a pas autant de scrupules que son aîné et dès qu'ils sont pourchassés par les forces de police, il rentre dans un état de psychose et n'hésite pas à tuer. Mais le jeunot a l'avantage de ne pas avoir de réputation. Aussi, par la force des choses, c'est Corda qui est arrêté, accusé sans ménagement des deux meurtres ayant eu lieu et sa famille prévenue de sa double-vie. Cela n'est pas sans danger puisque ce faisant, les policiers offrent à Enrico la possibilité d'attaquer la petite amie de Cassavetes et de créer son propre gang.
Bandits in Rome se concentre désormais sur les tentatives d'Enrico de devenir un malfrat reconnu, ce qui nous vaut davantage d'épreuves de force, de chasses à l'homme, mais aussi d'exactions en tout genre : viol et meurtres sont dès lors au programme !

 

 

Côté casting, Roma come Chicago bénéficie aussi de la présence d'acteurs italiens solides. Gabriele Ferzetti, en flic tenace, fait bonne impression. Il forme un duo avec un Riccardo Cucciolla - plus faillible - qui fait parfaitement écho au duo de malfaiteurs.
Plus en retrait, Luigi Pistilli s'acquitte de la tâche très honorablement.
Anita Sanders, actrice d'origine suédoise, s'y montre tout la fois à la hauteur en plus de permettre au film de remplir son petit contrat tacite sexy. Après avoir fait de la figuration chez Fellini ("Juliette des esprits") et Elio Petri ("La Dixième victime") elle vient de jouer son premier grand rôle juste avant, dans "4 malfrats pour un casse" aux côtés de Roger Browne. Après Rome comme Chicago elle s'émancipera chez Tinto Brass ("Nerosubianco", 1969), donnera la réplique à Carla Gravina et Giovanna Ralli dans "La donna invisible" de Paolo Spinola, enchainera avec "Ostia" de Franco Citti sur un scénario de Pasolini, puis campera la mère de Gloria Guida dans "La lycéenne a grandi" (Quella età maliziosa, 1975) de Silvio Amadio, avant de se retirer des écrans.
Quant à Nikos Kourkoulos, bien qu'inconnu de la plupart des cinéphiles ou amateurs d'exploitation, son succès et sa carrière, au théâtre comme au cinéma, demeurent assez colossaux en Grèce. Du reste, rompu aux classiques de la tragédie théâtrale, il n'est pas étonnant qu'il fasse ici des étincelles en électron libre, prêt-à-tout, violent et tourmenté.

 

 

Signalons pour l'anecdote, encore que les répercussions puissent s'en ressentir à l'écran, que les rapports entre John Cassavetes et Alberto De Martino furent extrêmement tendus durant le tournage et les disputes, fréquentes, le dernier considérant le premier comme l'acteur le plus difficile avec lequel il a travaillé. Ceci étant, le tournage au sein des studios De Laurentis se finira de façon plus apaisée entre les deux hommes. À titre plus contextuel encore, il est à noter également que Che Guevarra, qui venait d'être tué à l'époque du tournage, apparaît de deux façons : une fois sur un tee-shirt porté par l'un des criminels appartenant à la bande d'Enrico, une autre fois sur un poster dans le local de la même bande.

Roma come Chicago est un film efficace dans son ensemble, le fruit du travail d'un artisan qui a bien digéré ses modèles. Il n'atteint pas des sommets pour autant mais demeure meilleur que le décevant "Les Intouchables" (Gli Intoccabili, 1969) que réalisera Giuliano Montaldo l'année suivante, dans un genre similaire, avec un casting de rêve et des acteurs italiens communs (Luigi Pistilli, Gabriele Ferzetti). Il bénéficie aussi d'une partition de Morricone/Bruno Nicolai (retouchée à partir de leur générique composé juste avant pour l'émission télévisée "Musica da sera") qui, sans être mémorable, le booste jusqu'à lui donner la vigueur qui lui fait parfois défaut.
Bref, Roma come Chicago n'est certes pas le plus grand film de casse que vous verrez dans votre vie, cependant il ne mérite ni l'oubli dans lequel il est confiné à ce jour, ni sa très piètre réputation auprès des bienheureux qui ont croisé sa route.

 

 

Mallox

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