Moment de tuer, Le
Titre original: Il momento di uccidere
Genre: Western spaghetti
Année: 1968
Pays d'origine: Italie / Allemagne de l'Ouest
Réalisateur: Giuliano Carnimeo (Sous le pseudo de Anthony Ascott)
Casting:
George Hilton, Walter Barnes, Horst Frank, Loni Von Friedel, Rudolph Schundler, Giorgio Sammartino, Carlo Alighiero...
 

Lord et Bull, deux pistoleros, sont embauchés par le juge Warren afin qu'ils récupèrent la rondelette somme de 500 000 dollars volée aux confédérés par le colonel Forester, un sudiste qui a dérobé l'argent à la fin de la guerre. Dès leur arrivée dans la petite ville où est sensé habiter Forester, nos deux amis sont attendus à chaque coin de rue par des hommes de main patibulaires prêts à en découdre et à les dessouder.
Mais Lord et Bull ne sont pas des novices, et ceux-ci se complètent tellement bien qu'on pourrait bien prendre l'un pour une balle et son comparse pour la gâchette. Autant dire qu'ils s'en sortent sans grande peine. Petit problème cependant, à leur arrivée, le fameux colonel est mort depuis belle lurette dans un accident et a laissé seule sa fille handicapée depuis lors, et astreinte au fauteuil roulant. Mais celle-ci connaît l'endroit où est caché le magot. Oui mais re-problème puisque, traumatisée par les événements et des actes de violence à son égard, la jeune femme a perdu une partie de la mémoire, et c'est a priori dans un livre que se trouverait la réponse.
Nos deux pistoleros ne sont bien évidemment pas les seuls à convoiter ce trésor, puisque l'oncle et le cousin tentent par la menace puis la torture d'arracher à la fille Forester l'endroit de la cachette...

 

 

Précédé d'une réputation flatteuse, Le moment de tuer cumule les noms prestigieux au sein de son générique. Anthony Ascott n'est autre que le prolifique Giuliano Carnimeo, qui vient juste de tourner un premier western avec "l'inénarrable" duo Franco & Ciccio ("Les deux fils de Django") et George Hilton dans un second rôle. Un George Hilton dont c'est ici le cinquième rôle dans un western, et qu'on avait déjà fortement remarqué puisque, dès 1966, il volait quasiment la vedette à Franco Nero dans l'excellent Le temps du massacre de Lucio Fulci. Les deux hommes s'habitueront même à tourner ensemble puisque suivront, après ce Il momento di uccidere, "Django arrive, préparez vos cercueils !", "Alléluia" et "Alléluia défie l'Ouest", "Tresete" et "Le retour de Tresete". On retrouvera même les deux hommes, presque inséparables, pour un giallo très honorable signé en 1972 : Les rendez-vous de Satan.


En attendant, Le moment de tuer reste une coproduction italo-allemande qui eut l'honneur de connaître une sortie sur le sol français en novembre 1969 et de faire une assez belle carrière au niveau international, chose assez peu courante au sein d'un genre quasiment arrivé alors à saturation. Son titre germanique Django, ein Sarg voll Blut (que l'on peut a priori traduire par "Django, un cercueil rempli de sang") mentionne donc une fois de plus un Django absent du film, mais peu importe. Giuliano Carnimeo est une personnalité légèrement à part dans le western, tous ses films étant empreints d'un humour et d'une ironie toute personnelle, la plus souvent soutenue par des scénarios plus élaborés que la moyenne. Ainsi, lui doit-on encore dans le même registre : "On l'appelle Cimetière" et quelques Sartana de derrière les fayots (les fagots, pardon), lesquels ne doivent finalement pas grand-chose au succès de la série des Trinita.

 

 

Pour parfaire de préparer une bonne recette all'dente, se joint au projet de Le moment de tuer un scénariste de grand talent, qui plus est, lui aussi rompu au genre puisqu'il s'agit de Tito Carpi ("Les terreurs de l'Ouest", "Django tire le premier", "Je vais, je tire et je reviens", Sept winchesters pour un massacre...), secondé par Fabio Piccioni (l'horrible Les gladiatrices), le tout sur une histoire écrite par Francesco Scardamaglia ("Django porte sa croix", "Tuez-les tous... et revenez seul !...", à partir d'une idée semble-t-il due à Enzo G. Castellari.


A la photographie on retrouve Stelvio Massi qui, disons de suite, livre ici un travail somptueux sur les contrastes, et l'on retient autant son travail sur les espaces d'Almeria filmés en plein jour que certaines scènes nocturnes, notamment des règlements de comptes dans des décors faits de flaques ou d'abreuvoirs remplis de sang.
La musique est composée par le non moins talentueux (lorsqu'il s'en donne la peine) Francesco de Masi. Outre le thème principal et sa petite chanson qui pourront paraître un brin usés par le temps, son score est par ailleurs exemplaire de tension sous-jacente, de ponctuations dignes des meilleurs polars ou thrillers de la même époque, le tout nimbé par moment de la même ironie qui sous-tend le film.
Pas étonnant, me direz-vous, que de Masi doive ici se dépasser puisque ce dernier suit les méandres d'un scénario qui de prime abord paraîtra simple, voire même trop vite expédié (l'arrivée des deux pistoleros et les bagarres qui s'ensuivent paraissent s'enchaîner un peu trop rapidement pour bien présenter les personnages, leurs motivations, et les enjeux de l'histoire), pour bifurquer de manière très habile vers le film policier, avec ce que cela peut contenir de trahisons, de révélations et de rebondissements.

 

 

Histoire de finir de faire le tour de cette belle réussite, mentionnons la présence de seconds plans tous parfaits. Bien entendu, le "pré-Bud Spencerien" Walter Barnes (Winnetou - La révolte des indiens apaches, Colorado, "Trois salopards, une poignée d'or", Day of the Animals...), et puis également le toujours excellent Horst Frank, surtout lorsqu'il s'agit comme ici de rôle de sadique ("Winnetou - Le trésor des montagnes bleues", Si douces, si perverses, Le grand duel, Le chat à neuf queues, L'oeil du labyrinthe ... sans oublier l'un des must de notre patrimoine culturel : "Les tontons flingueurs" !).


Tout cela est tourné dans la bonne humeur, avec une belle fougue et un rythme soutenu ; doté de morceaux de bravoures bien distillés, joué de façon très charismatique par un excellent George Hilton qui trouve le ton adéquat entre retenue, cynisme et impulsivité. Bref, on ne s'ennuie par une seconde à ce western qui a clairement le cul aussi bien sellé que les combats y sont bien chorégraphiés.
On pourra même s'amuser à reconnaître certains décors ayant servi dans d'autres spagh' tels le pressoir, présent dans La mort était au rendez-vous tourné l'année d'avant, ou l'hacienda de "Je vais, je tire et je reviens" de Castellari, avec le même Hilton.
Bref, la vision de ce Moment de tuer me paraît fortement conseillée pour les amateurs de ce grand sous-genre.

 

 

Mallox

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