Helga, la Louve de Stilberg
Genre: Women In Prison , Guerre , Erotique
Année: 1977
Pays d'origine: France
Réalisateur: Alain Payet (sous le pseudo Alain Garnier).
Casting:
Malisa Longo, Patrizia Gori, Richard Lemieuvre, Dominique Aveline, Alban Ceray, Jacques Marbeuf, Olivier Mathot, France Lomay, Claude Janna
Aka: Helga the Leather Mistress / Helga, She Wolf of Spilberg
 

A la fin des années 1970, dans une république bananière d'Amérique du Sud. Le Général Steiner, président fantoche, a pris le pouvoir et règne en despote avec l'aide d'une poignée de militaires, parmi lesquels l'arriviste Général Gomez (Olivier Mathot) et la belle autant que cruelle Elsa (et non pas Helga) Stiver (Malisa Longo). Sa haine des rebelles, dirigés par Ludovic Vogel, pousse Steiner à donner à Elsa la responsabilité d'un château réquisitionné par la dictature et transformé en forteresse, rebaptisée en la circonstance Stilberg. C'est dans ce lieu que sont retenues captives toutes les opposantes au régime, soit des résistantes, soit des membres de familles ennemies du pouvoir en place.
La vie à Stilberg se résume au transport des prisonnières pour les corvées usuelles, régulièrement entrecoupées de visites à la ferme de Doc (Jacques Marbeuf), un fermier lourdaud qui fournit du vin à quelques militaires, parmi lesquels le capitaine Hugo Lombardi (Dominique Aveline) et un sergent (Alban Ceray), en échange de quelques détenues avec qui il passe du bon temps dans la grange. Les captives remplissent donc les fonctions d'ouvrières et de prostituées, les plus dociles pouvant prétendre à bénéficier des faveurs d'Elsa Stiver, à la bisexualité pleinement assumée. Même si elle a pour amant le capitaine Lombardi, cette maîtresse femme aime passer en revue les différentes prisonnières, utilisant la douceur ou la force si nécessaire. Quelque temps plus tard les militaires reviennent avec une jeune femme tout juste capturée. C'est Elisabeth Vogel, la fille du chef des rebelles. Pour Elsa, il s'agit là d'une véritable aubaine, l'occasion d'attirer l'ennemi numéro un du pouvoir dans un piège, et de s'attirer ainsi un peu plus les faveurs de Steiner.

 

 

Alain Payet nous a quittés le 13 décembre dernier, laissant derrière lui une filmographie dans laquelle la lettre X tient une place prépondérante, puisqu'il fut l'un des grands spécialistes du porno français, souvent sous le pseudonyme de John Love. Mais il eût parfois l'occasion de laisser momentanément ce créneau, notamment à la fin des années 70, lorsque Marius Lesoeur, big boss de la firme Eurociné, l'engagea pour une série de films de guerre dans l'esprit des "Ilsa" qu'incarna Dyanne Thorne entre 1975 et 1977. Travailler pour Eurociné, cela signifie réaliser un film avec un budget minimaliste, ne pas hésiter à utiliser des stock-shots si besoin est, tourner deux films en même temps en se servant des mêmes décors pour des raisons économiques, et surfer évidemment sur les genres à la mode dans le cinéma populaire. Ah, aussi, prévoir un minimum d'érotisme afin de pimenter le tout, et ce en recrutant des actrices que la nudité n'effraie pas.

La première salve de ces films de guerre s'inspirant des nazisploitations et autres WIP arrive en 1976 avec la doublette "Train spécial pour Hitler", "Elsa Fraulein SS", le premier étant réalisé par Alain Payet. Suit rapidement un autre duo : "Nathalie dans l'Enfer Nazi", et "Helga, la Louve de Stilberg", signés également Payet (plus exactement sous le pseudonyme d'Alain Garnier, voire James Gardner).
Des oeuvres qui se ressemblent forcément puisque tournées les unes à la suite des autres, ou parfois ensemble, ce qui provoque quelques confusions quant au nom des personnages. Ainsi, la fameuse Helga, la Louve de Stilberg, s'appelle en réalité Elsa dans le film, c'est-à-dire le même prénom que Malisa Longo avait précédemment dans "Elsa Fraulein SS". On trouve bien une Helga dans l'un des trois longs métrages de Payet, mais c'est dans "Nathalie dans l'Enfer Nazi".
Pour en revenir à "Helga, la Louve de Stilberg", il s'agit non pas d'un film de guerre ancré dans la seconde guerre mondiale comme les trois précédents, mais d'une oeuvre contemporaine ayant pour cadre une dictature d'Amérique du Sud. Enfin, on admettra que le postulat de l'uchronie a été adopté pour la circonstance, dans la mesure où le film a été tourné dans la région parisienne, et que le château style Renaissance est loin de faire "couleur locale". Quant aux scènes d'intérieur, dans les geôles et souterrains divers, elles auraient été filmées, à en croire "La Saison Cinématographique", au Caveau de la Huchette.

 

 

Il vaut mieux, de ce fait, se faire à l'idée que l'histoire se déroule dans une réalité alternative, sous peine d'être très vite dérouté. D'autant que les noms des personnages (Gomez, Lombardi, Steiner...) ne permettent pas de se rattacher à un pays en particulier. Dans ce joyeux foutoir propre à l'inégalable firme française, Payet met en scène une brochette de hardeurs qu'il connaît fort bien : Jacques Marbeuf, transfuge du cinéma classique qui est passé du statut de figurant à celui de vedette du X, grâce à Lucien Hustaix (dont Payet fut le collaborateur avant de voler sous ses propres ailes) ; mais aussi Alban Ceray, Richard Allan (Lemieuvre de son vrai nom) et Dominique Aveline, trois des vedettes masculines les plus cotées à l'époque dans le hard hexagonal, auxquelles il ne manque que Jean-Pierre Armand pour obtenir le carré magique. De ce trio, c'est sans nul doute Aveline qui s'en tire le mieux, mais quoi qu'il en soit, il est amusant de voir évoluer tous ces gens en treillis, et se voir offrir des dialogues les changeant de la routine à laquelle ils étaient cantonnés.
Les seconds rôles féminins sont également confiés à des actrices du porno, comme Claude Janna ou France Lomay (qui fera une bonne partie de sa carrière sous le pseudo de Francette Maillol). De ce fait, il devient presque surréaliste de voir évoluer les deux rôles principaux, à savoir Malisa Longo et Patrizia Gori, avec toutes ces vedettes du X. Les deux Italiennes n'ont jamais tourné dans des films hard, mais ont eu l'occasion de dévoiler leurs charmes en maintes occasions ; notamment Malisa Longo, dans plusieurs "décamérotiques", mais aussi "Q" et "Prenez la Queue comme tout le Monde" de Jean-François Davy, ou encore "Adolescence Pervertie" de Bénazéraf.
En termes de qualité, "Helga, la Louve de Stilberg" s'avère plutôt pauvre. Le budget microscopique est visible durant les quatre vingt dix minutes, avec trois véhicules militaires, une trentaine de figurants, et quatre décors revenant à tour de rôle : les geôles, le dortoir, la chambre d'Elsa (une chambre d'hôtel ?) et la ferme de Doc. Du château, on n'en voit jamais que l'extérieur, en plans éloignés, laissant penser que l'équipe n'a pas eu l'autorisation d'exploiter le domaine.
Que dire d'autre ? Les accents de certains acteurs frisent le ridicule (notamment le dictateur, mais aussi Marbeuf qui donne dans le verbiage de campagnard attardé), la musique de Daniel White se permet des airs de samba lorsque les soldats vident la cave de Doc, et une atmosphère de piano-bar plutôt comique lorsque Elsa et Elisabeth se promènent autour d'un lac, après une nuit d'amour. Comme toujours chez Eurociné, on relève pas mal d'incohérences (mais c'est ce qui fait son charme). Dominique Aveline a un grade de capitaine, et Alban Ceray est quant à lui sergent. Mais lors des scènes où ils sont réunis, c'est Ceray qui donne les ordres, et Aveline qui obéit. Richard Allan, lui, est un simple soldat qui, bien qu'ami du chef des rebelles, travaille pour le compte du dictateur.
Dans cette complète anarchie, on en arrive à regretter la disparition d'Olivier Mathot au bout de quelques minutes, dans un rôle pourtant prometteur de général d'opérette à tendance "Iznogoud", rêvant secrètement d'être le dictateur à la place du dictateur.

 

 

Heureusement, on peut relever la performance de Malisa Longo, qui semble s'être particulièrement amusée dans ce rôle de femme cruelle et dominatrice, et s'éclate littéralement du début à la fin. Les scènes où elle fouette des détenues sont franchement réalistes, et la manière dont elle reluque ses futures victimes est remarquable. Pour le coup, on en oublierait Dyanne Thorne. Cependant, "Helga, la Louve de Stilberg", comme tous les autres films de guerre produits par Eurociné durant cette période, ne marche pas sur les plates bandes du trash italien. On est aux antipodes des oeuvres provocatrices de Bruno Mattei, Sergio Garrone ou Rino Di Silvestro. Au contraire, le comique troupier est ici la dominante, et on relève même une petite phrase qui ne fait pas le moindre doute quant au second degré voulu par Marius Lesoeur, lorsqu'un résistant précise que le château transformé en forteresse fut construit par un architecte répondant au nom de ... Payet ! Cela ne suffit pas à faire de "Helga, la Louve de Stilberg" un film réussi, et encore moins une oeuvre marquante, mais certainement un produit estampillé "Z" digne de la gamme Eurociné.

 

Note : 5,5/10

 

Flint
 
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