Looker
Genre: Thriller , Science fiction
Année: 1981
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Michael Crichton
Casting:
Albert Finney, Susan Dey, James Coburn, Leigh Taylor-Young, Kathy Witt, Terri Welles, Dorian Harewood, Tim Rossovich, Ashley Cox, Vanna White...
 

Après le mystérieux décès de plusieurs mannequins, un médecin, spécialisé dans la chirurgie esthétique, est appelé à s'intéresser de près aux agissements d'une énigmatique société, la Digital Matrix ... De bien étranges recherches sur la perception humaines s'y déroulent ainsi que l'élaboration d'un inquiétant revolver paralysant : le "Looker"...
Je gardais un très bon souvenir, quoiqu'un peu inégal de ce "Looker" là, celui d'un film doté de chutes de rythme, mais avec des moments virtuoses, une histoire riche en thèmes sous-jacents, et un final assez mémorable, et bien je ressors de "Looker" plus de 20 ans après avec exactement les mêmes sentiments mêlés. Ça commencerait presque comme un giallo, avec ces femmes modèles qui se font assassinées l'une après l'autre, et le premier meurtre, d'une beauté plastique à couper le souffle, au sein de l'appartement dominant un building renforce l'impression de giallo impérial dont le postulat serait sommes toutes assez proche d'une "Tarentule au ventre noire" avec ces clientes d'un institut de beauté qui se font inciser l'estomac. Presque, car le film va vite bifurquer ailleurs (ce qu'il fera à deux, trois reprises encore ensuite), et avec une maestria et un art de la mise en scène bien supérieur au giallo mentionné.

 

 

A la vision de "Looker", on peut même regretter que son réalisateur / écrivain ait délaissé le cinéma pour s'adonner aux "Jurassics", car celui-ci ayant livré peu de films, mais souvent de qualité, de "Mondwest" à "Morts suspectes" (deux grands souvenirs télévisuels de la fin des années 70), pour en arriver à celui-ci, c'est un cinéma fantastique intéressant et cohérent que ce dernier nous livra, avant deux derniers films plus contestables, dont un "Runaway, l'évadé du futur" assez pâle et parfois même ridicule ainsi qu'un "Physical Evidence" assez chiant et empesé avec un non moins empesé Burt Reynold à la ramasse, juste avant l'andropause et la chute de carrière qui l'accompagna. Ceci dit, on n'en voudra pas trop à son réalisateur de cette baisse de régime n'allant finalement que de paire avec le début d'une main mise par les grands studios (se voulant toujours plus gros), signant ainsi en l'arrêt de mort d'une certaine liberté créatrice dans une optique désormais toute mercantile, et rares sont ceux qui alors ont réussi à déjoué cela, même en montant leurs propres studios, certains, comme on sait, ont même dû les hypothéquer pas longtemps après.
On pourrait même presque voir ce "Looker" comme l'une des dernières grandes réussites du Thriller futuriste (avant l'incontournable "Blade Runner"), et je me risquerai de l'affirmer si j'avais tout vu, tout entendu, tout compris de l'évolution de ce cinéma là. Le film de Crichton a au moins une grosse qualité, celle de ne pas paraître ridicule en 2007, et je dirai, loin s'en faut. S'il y a bien quelques accents trop eighties, notamment dans le thème principal qui fait office de générique de début et de fin, aux accents parfois rock FM dépassé et proche de la ringardise, en revanche la partition globale du film due à Barry de Vorzon ("Rolling Thunder" / "Les Guerrier de la nuit") colle parfaitement au film et à sa dimension encore hypnotique aujourd'hui. Assez proche dans son côté "New Age" d'une partition de Tangerine dream pour "Le Convoi de la peur" de William Friedkin par exemple. Bref, elle fonctionne et tout en datant le film néanmoins, elle contribue et à sa réussite et à sa modernité puisqu'en adéquation avec le monde futuriste à la Orwell ici dépeint.

 

 

Au niveau graphique, il n'y a pas grand-chose à dire, ou plutôt à redire, car "Looker" regorge de scènes absolument splendides. A cet égard, les vingt dernières minutes sont remarquables de beauté et d'intelligence tant dans la mise en scène, que dans ses décors et sa photographie. On notera en passant un final que je qualifierai de miroir transparent, avec l'action en train de se jouer qui se fond dans le décorum factice fait de décors et d'êtres reconstitués par ordinateur, insufflant alors beaucoup d'humour dans un suspens très savamment dosé. Ces dernières scènes, si le film a par moments, légèrement patiné, emportera assez sûrement l'adhésion, elles sont formidablement bien agencées et une fois de plus très belles.

Idem pour tout ce qui touche aux images sur ordinateur, on les croirait sorties d'un film récent. On notera aussi qu'elles font par moment penser à "Tron" qui sera fait l'année suivante, et somme toute, la beauté plastique du film paraît même logique et en adéquation avec celle des femmes ici victimes de leur propre image. D'ailleurs dans ce beau film légèrement visionnaire, le miroir tient une place primordiale, autant imagée que littérale et c'est avec des cadrages savants que Michael Crichton nous délivre son propos, multipliant alors très souvent ses protagonistes, les multipliant par deux, pour montrer la double facette dont elles sont ou seront victimes. D'un côté, le modèle, de l'autre son image, enfin celle que le grand groupe télévisuel - Digital Matrix - essaie de s'approprier pour la réinventer définitivement, et la supplanter au vivants, allant toujours plus loin dans son but de perfection et de lissage vocal et facial, pour encore mieux manipuler les masses.
L'idée des yeux laser hypnotiques via l'écran de télé est une idée amusante, même si un peu démonstrative. D'ailleurs la charge pourra sembler parfois un peu lourde, dans sa vision manipulatrice des masse-médias mercantiles et dans un tout univers paranoïaque fait de caméras de surveillance à tout va. Pourtant si elle paraît un peu "enfonçage de porte ouverte" ou plus simplement "rebattu" aujourd'hui, on ne peut pas dire que la critique ici à la limite de la provocation, n'a pas rejoint la réalité et ce, à tous niveaux. Que ce soit au niveau des grands groupes médiatiques monopolisant marchés et informations, autant que dans le soucis extrême de lisser au plus bas son spectateur via le lissage et formatage de ce qu'il regarde lui laissant alors croire qu'il n'y aurait qu'une alternative.

 

 

Autre point fort du film avant d'arrêter là, les acteurs y sont épatants. Bien sur Albert Finey est un acteur que j'adore personnellement (ce type peut tout jouer - on le retrouve la même année dans un autre grand film d'épouvante, l'excellentissime et trop souvent occulté "Wolfen"), mais le grand James Coburn en pourriture du système et au service du gouvernement fait également forte impression, mais le contraire eut étonné. Pour les femmes, c'est carton plein également car si Leigh Taylor-Young ("Soleil vert") est ici crédible et inquiétante, Susan Dey sur qui je n'aurai pas parié un écu, et qui a fait la plus grande partie de sa carrière au sein de séries TV populaires et peu inspirés (Matt Helm, Les Rues de San francisco), livre ici une prestation tout à fait honorable en plus de se déssaper quelque peu au cas où ça n'aurait pas suffit.
Bref, si le film après une remarquable entrée en matière, s'essouffle un tantinet, et si il y a bien ça et là quelques relents "New-Wave" un peu trop marqués qui prêteront à sourire (mais avec indulgence), il s'agit d'un film la plupart du temps très prenant et très beau. A noter en sus, que le film est rempli d'humour (très drôle pour ma part), et recèle l'un des tueurs les plus stupides qu'on ai pu voir au sein d'un thriller SF... d'aucun diront que c'est parce qu'il est moustachu.

 

 

Note : 8/10

 

Mallox
 
A propos du film :
 
# Kim Carnes enregistra sa propre version de la chanson générique qui n'apparaît pas dans le version finale. (Ouf !).
 
En rapport avec le film :
 
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