Nuits de Cauchemar
Titre original: Motel Hell
Genre: Horreur
Année: 1980
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Kevin Connor
Casting:
Rory Calhoun, Paul Linke, Nancy Parsons, Nina Axelrod, Wolfman Jack, Elaine Joyce, Dick Curtis...
 

Après des "Frissons d'Outre-tombe" de bon aloi en 1973, Kevin Connor a oeuvré ensuite pour une bonne poignée d'adaptations sympathiques d'Edgar Rice Burrough tout au long des années 70, allant du "Sixième Continent" au "Trésor de la Montagne Sacrée", signant en passant quelques épisodes de l'incontournable "Cosmos 1999". Notre bonhomme se transcende alors et tourne en 1980 ce Motel Hell qui n'est pas loin d'être un chef-d'oeuvre et pour sûr son meilleur film.
A l'instar d'un "Mother's Day" de Charles Kaufman, on peut facilement voir en ce film un chant du cygne d'un genre tombé en désuétude peu après, à savoir un pan cinématographique horrifique traitant avec férocité de l'Amérique profonde et de ses tares et qui fait aujourd'hui les choux blancs de nombreux metteurs en scène contribuant à un pseudo renouveau du genre à mon sens bien trop référencé, qui partirait de Wes Craven et sa Dernière maison sur la gauche en passant par le Tobe Hooper inspiré de Massacre à la tronçonneuse et autre "Crocodile de la Mort". Il n'y a qu'à regarder ; autant réussis ou ratés qu'ils puissent être, tous les "Wolf Creek", "Reeker" et The Devil's Rejects pour ne citer qu'eux, pour s'apercevoir qu'ils ne sont finalement que des revivals de ce genre qui semblait perdu, lorsqu'il ne s'agit pas simplement de remakes de ces oeuvres personnelles et politiques, aujourd'hui vidées de leur sens et de leur contenu, en tout cas pour la majeur partie.
Le genre s'est vu supplanté par l'arrivée des "slashers" carpenteriens ("Halloween") ou cunninghamiens (Cunningham ayant tout de même produit justement La Dernière maison sur la gauche), où il avait encore un peu de place avant d'être longtemps enterré par la venue d'oeuvres comme "Evil dead" et tout ce qui a pu suivre.
Rendons grâce pour le fait à cette corrosive Nuits de Cauchemar, et c'est avec un plaisir nostalgique certain que j'ai sorti de mes caisses vhs ce classique relativement peu connu par rapport aux oeuvres citées ci-dessus, mais qui mérite pourtant d'être rangé tout à côté, tant au niveau de son originalité que pour ses qualités intrinsèques.

 

 

Rappelons tout de même l'histoire pour ceux qui ne l'auraient jamais vu, ce que j'ai du mal à croire au sein des psychovisionautes, et puis de toute façon ce Kevin Connor's film est à redécouvrir assurément ; notons du reste au passage que ce projet était à l'origine destiné à Tobe Hooper (tiens le revoilou !) avant d'échoir à ce bon Kevin qui signa là son film sans conteste le plus personnel et le plus mémorable.
Nous voici donc transportés au fin fond de l'Amérique qui engendre comme chacun le sait maintenant les pires tarés de l'humanité, où un vieux bouseux fermier-hôtelier (l'excellent Rory Calhoun : "Rivière sans Retour" / "Le Colosse de Rhode" / Les Rongeurs de l'apocalypse), à l'aide de sa petite soeur boulimique (jouée par une Nancy Parsons - la série des "Porky's" - en grande forme ici) est réputé pour servir ce qui se fait de mieux en matière de charcuterie locale et chez lesquels échoue une belle nuit d'été la jolie Nina Axelrod ("Critters 3", plutôt directrice de casting de son métier) suite à un accident ; autant dire que le fermier et sa fille vont se montrer extrêmement hospitaliers avec elle ; et tout se passera pour le mieux jusqu'à ce que la belle découvre peu à peu les horreurs que recèle la ferme ; il s'avère assez vite qu'en guise de saucisson c'est de l'humain qu'on lui sert !
Mais de qualité supérieure (Label rouge ?), puisque ceux-ci sont élevés au grain et en plein air dans le potager caché de la dite famille qui semblait a priori quasi modèle ; il faut dire que c'est avec un soin pour le moins méticuleux qu'ils s'occupent de leurs cultures humaines pour le moins inquiétantes ; inquiétantes puisque les légumes sont en fait des chalands et autres visiteurs qui auraient mieux fait de ne pas s'égarer dans les parages, vu que les voici plantés comme des carottes, les cordes vocales tranchées, la tête recouverte d'un sac et gavés comme des oies par les hôteliers, afin de garantir la meilleure viande qui soit ; les victimes sont réduites à d'impuissantes salades ne pouvant faire mieux que de pousser des râles et composant ainsi le potager le plus inquiétant de l'histoire du cinématographe.

 

 

Manque de bol aussi, l'icône légale du patelin (joué par Paul Linke : les séries "M.A.S.H" / "Chips") est à la fois le petit frère du fermier en même temps que shérif, et qui n'est pas sans faire penser dans sa crétinerie achevée à celui de la série "Shérif fais moi peur", pour dire sur qui peut compter l'héroïne égarée...
Autant dire que cette histoire des plus délirantes afflue en scènes d'anthologie qui hantent longtemps les mémoires et je me répète, Nuits de Cauchemar est à mon avis à la fois le chant du cygne fabuleux d'un genre pas totalement encore retrouvé à ce jour, malgré un Massacre à la Tronçonneuse 2 du même acabit , tourné plus tardivement par un Tobe Hooper peu inspiré, doublé de l'un des tout meilleurs films qui soit dans le genre bouseux-killers.
Le mélange ici pratiqué par Kevin Connor au meilleur de sa forme brasse un malaise permanent qui va crescendo, tout en imprégnant une dimension incisive et corrosive du meilleur "mauvais goût" ; il faut voir la tête de Rory Calhoun, grand papa idéal s'il en est, servir avec un sourire des plus chevalins à sa clientèle, qui d'ailleurs se régale, ses succulentes et copieuses tranches de viandes élevée dans son jardin ! On jubile autant que l'acteur semble jubiler à jouer son rôle (son meilleur), et on atteint, voire dépasse carrément par endroits le tout meilleur de la comédie noire britannique ("Tueur de Dames" pour ne citer que lui).
S'il semble moins violent de prime abord que les films de ses prédécesseurs Craven ou Hooper, il n'en est rien, le malaise est bien là, de manière encore plus sournoise et c'est de toute façon en steak qu'est amené à finir le touriste ; nourri et logé, il nourrira à son tour !
Ce qui impressionne aussi, c'est la dimension surréaliste qu'emprunte le film pour s'acheminer vers une fin de film des plus déjantées que l'on ait pu voir ; et dire que c'est l'amour qui sauvera l'héroïne du film contribue à une ironie bien barrée qui nous emmènera vers un final délirant, génial et paroxystique, où on aura le droit à un duel à la tronçonneuse jamais vu entre le shérif, amoureux transit de la belle égarée, en même temps que frère du fermier 'culinairement' dégénéré, et ce dernier qui a enfilé pour le coup une tête de porc bien fraîche sur sa tête en guise de masque.

 

 

Comme avant cette cultissime fin, on aura eu le droit à l'évasion des légumes humains, tous hébétés de se voir libérés d'un trip au delà du réel, qui s'en vont alors errer comme des zombies, les cordes vocales tronquées, ne pouvant extirper leur rage que par des bruits "gutu-rauques" glauques. Il faut redire combien ce film comporte de qualités et de morceaux de bravoure décalés à souhait qui lui confèrent le statut de grand "dejant movie" du genre, ainsi qu'un film charnière de la fin des années soixante-dix et du début des eighties, emballant dans un sac les amateurs parfois différents de ces deux décennies horrifiques.
A revoir tous les cinq ans ; et que personne ne me dise le contraire, sinon gare à votre gorge !

 

Mallox

 

A propos du film :

# Motel Hell existe en dvd dans la collection "Midnite Movies" de chez MGM avec l'excellent Deranged de Jeff Gillen et Alan Ormesby (1974).
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