Rue de la Violence
Titre original: Milano Trema - la polizia vuole giustizia
Genre: Poliziesco
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Sergio Martino
Casting:
Luc Merenda, Richard Conte, Silvano Tranquilli, Carlo Alighiero...
Aka: Police parallèles en action
 

Devant la lenteur et le laxisme de la loi face au crime, le lieutenant Giorgio Caneparo n'en peut plus. Il use de la manière forte, quitte à avoir des problèmes avec sa hiérarchie. Seul son supérieur immédiat continue à la défendre. Mais lorsque celui-ci va être assassiné en pleine rue par de mystérieux meurtriers, Canaparo va voir rouge et va incendier le représentant de la République, venu présenter ses hommages aux policiers milanais et réaffirmer leur devoir de justice, et non de vengeance. Suspendu, il en profitera pour infiltrer le gang qu'il pense être le responsable de la mort de son ancien boss et ami, avec pour objectif de remonter la filière jusqu'au grand manitou du crime.

 

 

Une intrigue typique du polar italien, avec comme personnage principal un policier décidant de passer outre les obligations légales, vues comme des obstacles et non comme des aides. Sergio Martino réalise, et le scénariste, lui, se nomme Ernesto Gastaldi : l'homme qui offrira l'un des polars les plus politiques et les moins excentriques d'Umberto Lenzi avec "La Rançon de la peur". Nous sommes dans la période dorée du polar italien, et les années de plomb avec leurs cortèges d'attentats (initiés notamment par les extrême-gauchistes anarchistes ou communistes ainsi et surtout que par des mouvements néofascistes) sont le contexte idéal (si l'on peut dire) pour des films très noirs, peu enclins aux fantaisies. Ce qui n'empêchera pourtant pas certains réalisateurs (tel justement Umberto Lenzi) de s'y livrer malgré tout, pour des résultats qui à défaut de crédibilité compensent par une générosité certaine dans l'étalage de la violence, relayée par des comédiens qui n'ont pas peur d'en faire trop (Tomas Milian, Maurizio Merli, etc...).
Mais pas de tout ça dans "Rue de la Violence". L'acteur principal en est Luc Merenda, au style fort éloigné de celui des acteurs précités. Martino et Gastaldi veulent s'appuyer sur une réalité concrète, celle de la violence au quotidien et de la police, qui a les mains liées (comme le fera également comprendre textuellement Luciano Ercoli l'année suivante dans un polar justement titré "La Police a les mains liées"). Pour cela, et pour donner du crédit à leur histoire d'infiltration, il leur fallait donc un personnage à la fois très dur sans être hystérique. Une interprétation pas forcément évidente et surtout assez ingrate : ici, l'acteur est au service du film et non l'inverse, et le lieutenant Caneparo ne restera pas dans les mémoires comme le fera par exemple le Monnezza de Tomas Milian.

 

 

Luc Merenda s'acquitte très convenablement de son rôle, et retranscrira parfaitement la fragilité de la situation de son personnage de flic rebelle infiltré, coincé entre la nécessité de prouver sa valeur en temps que truand et son besoin de protéger la société. Le film sera ainsi pimenté par une remarquable séquence qui placera le personnage au bord de la trahison : lors d'un casse, lorsque Caneparo sera chargé de conduire la voiture de vrais bandits qui n'hésiteront pas à assassiner une femme enceinte. Ne pouvant s'empêcher de s'emporter contre ceux qui sont officiellement ses complices, l'inspecteur fera lui-même monter la tension de la scène, que Martino se fera un plaisir d'accentuer en lui faisant suivre une course-poursuite spectaculaire dans les rues et dans les faubourgs de Milan, qui ne sera malgré tout pas exempte de défauts.
L'usage de ralentis particulièrement indigestes viendra ainsi parasiter ce qui promettait d'être l'un des grands moments du film, et par exemple relativisera considérablement l'impact du choc promis à une voiture allant s'encastrer de plein fouet dans un arbre. On ne crie pas au gâchis, car les scènes de poursuites motorisées sont généralement bien foutues, mais certains partis-pris dans la mise en scène de Martino restent malgré tout contestables. Fort heureusement, de telles erreurs techniques grossières se limitent aux courses poursuites, et les autres instants de violence se font remarquer par leur âpreté enracinée elle aussi dans un solide et parfois assez sordide réalisme. Comme lors de l'ouverture du film, dans laquelle deux prisonniers convoyés dans un train s'échappent en canardant leurs surveillants, avant de réquisitionner la voiture d'un civil qui sera abattu, tout comme sa petite fille quelques mètres plus loin. Caneparo mettra fin à leur escapade en réussissant à les coincer et à les abattre à leur tour alors qu'ils étaient plus ou moins prêts à se rendre. Cette introduction à elle seule résumera ainsi toute la portée du film, sa violence sèche, son personnage principal sans pitié et sa dénonciation d'une criminalité banalisée et qui pourtant, chaque jour, brise des vies, des familles.

 

 

Martino prend quelques secondes à chaque fois pour présenter les futures victimes, pour les humaniser (tout l'inverse de ce que peut faire Lenzi, en somme). Il ne fera pas non plus l'impasse sur d'autres personnages, des prostituées, exploitées et méritantes, elles aussi victimes de ces années de plomb. La vendetta de Caneparo dépassera le simple cadre de la vengeance personnelle pour atteindre une certaine forme d'humanisme militant, pratiqué par un flic bien décidé non pas à rétablir l'ordre (faire tomber un gang n'est qu'une goutte d'eau) mais à palier à une justice dans ce cas précis défaillante et, comble de l'infamie, corrompue. Car derrière tout cela, derrière les meurtres, se cachent également des fonctionnaires et des bourgeois véreux. Alors entre des petites frappes exécutantes et des pontes engraissés, il faut bien que quelqu'un se dévoue pour la bonne cause...

"Rue de la violence" est un film sombre, assez lourd, assez alarmiste. Peut-être trop. Ses débordements de violence n'ont pas la même portée que dans des polars volontiers plus anarchiques, même si ils sont tout aussi explicites. Je ne dirai pas que c'est sans plaisir que l'on y assiste, mais Martino et Gastaldi, en s'étant efforcés de les enrober dans une réalité politique chaotique, leur fait prendre une saveur particulière, plus amère, plus dérangeante. Certains trouveront que nous sommes là dans les véritables racines du polar européen, d'autres regretteront que le film se prenne trop au sérieux, pour une histoire finalement relativement simple. Pour part, si j'admets les qualités du film de Martino, je dois avouer ne pas avoir été passionné de bout en bout...

 

 

Note : 5/10

 

Walter Paisley
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