Britannia Hospital
Genre: Anticipation
Année: 1981
Pays d'origine: Angleterre
Réalisateur: Lindsay Anderson
Casting:
Graham Crowden, Malcolm Mc Dowell, Leonard Rossiter, Robin Askwight, Brian Pettifer, Mark Hamill, Joan Plowright, Jill Bennett, Marcus Powell...
 

Alors que le pays est en plein conflit social, avec émeutes et même attentats sanglants, le Britannia Hospital s'apprête à fêter ses 500 ans d'existence en recevant la Reine-mère, pour une visite des différents services et l'inauguration d'un tout nouveau bâtiment réservé au Professeur Millar. Anglais jusqu'au bout des ongles (parfaitement manucurés), ce ponte de la médecine cultive une mégalomanie galopante entretenue par une assistante dévouée corps et âme. Dans son antre ultra-moderne, il entretient des membres humains prélevés sur des patients fraîchement décédés (et qu'il a d'ailleurs parfois aidés pour cela) dans le but de réaliser une expérience de chirurgie totale et de créer un homme de toutes pièces. Oui, Millar est un nouveau Docteur Frankenstein...

 

 

Mais, plus que cela, le mandarin est aussi l'inventeur du post-humain, de l'homme de demain, de cet être vivant qui dépassera tout ce que ses contemporains peuvent représenter de faiblesses et d'inadaptations au monde futur. Millar se veut un démiurge et ne rechigne pas à la grandiloquence et à la mise en scène de son grand-oeuvre, à savoir une créature nommée Genèse et qui ne peut être dévoilée qu'en grandes pompes.
Pendant qu'il déroule son laïus pour la caméra d'une équipe de la BBC, donc pour l'éternité, le toubib est également la cible d'une micro-caméra, celle d'un journaliste indépendant qui a senti là le scoop fumant et s'est introduit subrepticement dans les grands couloirs blancs du Millar Centre, mal secondé par deux confrères si adeptes de la fumette qu'ils en oublient leurs objectifs, malheureusement pour lui, comme pour eux d'ailleurs...
Seulement voilà, pendant que les pontes pontifient et que les reporters reportifient (!?!), à l'hôpital, les rapports sociaux se dégradent, les tensions s'exacerbent, la cocotte-minute bout et risque d'exploser. Le drapeau noir flotte sur la marmite. En cuisine, forcément, mais à la chaufferie aussi et même dans les services d'urgence. Le Britannia Hospital, noble vaisseau si typiquement anglais, prend l'eau de toutes parts et risque d'être entraîné par le fond avec sa très gracieuse Majesté, coulé par un iceberg appelé lutte des classes !

 

 

Film satirique plus encore que film politique, Britannia Hospital met en scène un microcosme représentatif d'une société anglaise sclérosée, inégalitaire et à bout de souffle. La monarchie y est ridicule à force de protocole et d'apparat boursouflé ; la haute administration, incarnée par le responsable de l'hôpital, est prête à tout pour que l'anniversaire des 500 ans ait lieu ; les représentants syndicaux manipulent les masses mais font des concessions honteuses au premier avantage personnel acquis ; les médias font leur travail sans conscience, l'équipe officielle travaillant sans recul tandis que les indépendants ne sont que des mercenaires ; les manifestants rugissent après chaque mot d'ordre et se convertissent en foule incontrôlable ; le personnel lui-même n'échappe pas aux foudres d'Anderson, partagé entre des employés obséquieux et limite serviles et d'autres, indifférents à leurs missions et crispés sur des revendications bien souvent dérisoires.
Bref, c'est à un véritable jeu de massacre à l'anglaise que l'on assiste, brutal mais avec le petit doigt en l'air, mélange étonnant de pompe surannée et d'extravagance débridée. A ce sujet, un passage particulièrement réussi fait plonger le métrage dans une horreur aussi visuelle que réjouissante : Millar, le nouveau Frankenstein, se prend pour Dieu mais Dieu a horreur de la concurrence, c'est bien connu. Et sa première créature viendra le lui rappeler dans une séquence gore qui aurait bien pu inspirer Stuart Gordon pour son "Re-Animator" !
Anticipation et politique-fiction, horreur et satire sociale, "Britannia Hospital" est tout cela à la fois, coktail totalement réussi et relevé d'un humour so british, aussi punk que pourrait l'être un garde de la Reine cachant sous son bonnet à poil une crête d'iroquois.

 


Note : 8,5/10

 

Bigbonn
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