Nude... si muore
Titre original: Sette vergini per il diavolo
Genre: Giallo
Année: 1968
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Antonio Margheriti
Casting:
Mark Damon, Eleonora Brown, Sally Smith, Patrizia Valturri, Ludmila Lvova, Luciano Pigozzi, Michael Rennie, Vivian Stapleton, Giovanni Di Benedetto, Silvia Dionisio, Malissa Longo...
Aka: Naked you die / Schoolgirl Killer / The Miniskirt Murders
 

Le collège de Sainte Hilda est un pensionnat pour jeunes filles issues de milieux (très) aisés. Parmi la petite dizaine de ravissantes élèves fréquentant l'établissement, Jill (Gille suivant les versions) est la plus bavarde et la plus curieuse. Sa passion pour les romans policiers a aussi tendance à la rendre très imaginative. Il y a aussi Lucille et Betty Ann, en concurrence, car toutes les deux sont amoureuses de leur professeur de lettres : Richard Barrett (Mark Damon). Ce dernier est parti à la gare de Nice en compagnie du jardinier (Luciano Pigozzi) pour aller chercher les nouveaux professeurs devant compléter le personnel enseignant, dirigé avec autorité par Miss Transfield. Le domaine ressemble à un petit paradis, avec son manoir, sa piscine et son parc entouré de bois.

Entre les amourettes et les études, la vie paraît plutôt tranquille. Mais voilà que Betty Ann disparaît, et l'inquiétude, la peur même, commence à se propager parmi les étudiantes et au sein du personnel. Tout le monde pense à une fugue, exceptée Jill qui est persuadée que sa copine a été assassinée. Mais parce qu'elle veut éviter un scandale qui pourrait compromettre la réputation de l'école, et aussi parce que Jill a la fâcheuse réputation de laisser libre cours à son imagination, Miss Transfield refuse de prévenir la police. Une décision qu'elle ne va pas tarder à regretter.

 

 

A l'époque où il réalise "Nude... si muore", Antonio Margheriti, bien qu'âgé seulement de 38 ans, compte déjà pas loin de vingt films à son actif. De la SF, des peplums, de l'espionnage, le plus souvent signés sous son pseudonyme "américain" : Anthony Dawson. Mais le cinéaste s'est surtout fait une réputation pour ses œuvres gothiques, et bien que n'étant pas des chefs d'œuvre absolus, force est de reconnaître que "La Vierge de Nuremberg", "La Sorcière Sanglante" et "Danse Macabre" sont tous les trois des classiques dans le genre, notamment les deux derniers mettant en vedette Barbara Steele. Est-ce cette réputation flatteuse de spécialiste du cinéma gothique qui a entraîné le réalisateur à en abuser par la suite, ou bien est-ce simplement que Margheriti aimait ce créneau horrifique ? Toujours est-il que par la suite il eut tendance à distiller son savoir faire en la matière aussi bien dans ses thrillers ("Les Diablesses") que dans ses westerns ("Et le Vent apporta la Violence", "Avec Django la Mort est là").

Mais en ce qui concerne "Nude... si muore", ce n'est pas du tout le cas. Dès le teaser, où l'on voit une silhouette avec des gants noirs s'introduire chez une femme prenant son bain, augmenter le volume de la radio, et noyer sa victime, puis mettre son cadavre dans une malle, aucun doute n'est permis : il s'agit là d'un giallo. Nous ne sommes qu'en 1968, la violence et l'érotisme sont encore légers, mais l'esprit est bien là, du thriller à l'italienne mâtiné d'une certaine nonchalance renvoyant aux krimis d'Edgar Wallace, et aux écrivains anglo-saxons versés dans le mystère et le suspense, comme Agatha Christie.

 

 

Outre la très bonne séquence d'ouverture, le générique qui suit est tout autant remarquable, puisqu'il permet au spectateur de suivre le cheminement de la malle depuis le lieu du crime jusqu'à son point d'arrivée. D'abord en taxi, puis en train, et enfin le véhicule nous amenant jusqu'au fameux collège de Sainte Hilda. Le tout sur une partition musicale excellente du compositeur Carlo Savina, et du tube détonnant "Nightmare" interprété par Rose Brennen, dont certains passages rappellent le thème de la série "Batman" de Neal Hefti.

A partir de là, le film se poursuit (et s'achèvera) en huis-clos, dans une ambiance alternant la comédie légère et le thriller oppressant. La première partie sert à placer le décor, et le réalisateur montre en l'occurrence beaucoup d'aisance lorsqu'il s'agit de présenter les principaux protagonistes et éléments de l'intrigue. S'il faut attendre la 26e minute avant d'assister au premier meurtre, on ne peut pas dire que l'on se sera ennuyé pour autant. Esthétiquement, l'image est soignée, la photographie superbe, les scènes nocturnes très bien rendues. Margheriti joue avec l'ombre et la lumière. Silhouettes derrière les fenêtres alternent avec les visages dans les miroirs ; les personnages s'épient à tour de rôle, et insinuent le doute dans notre esprit : suspect ou victime potentielle ?

 

 

La vedette masculine de "Nude... si muore" est Mark Damon. Jeune premier qui s'est forgé une bonne réputation dans le fantastique, grâce à Roger Corman dans "La Chute de la Maison Usher" et à Mario Bava dans "Les Trois Visages de la Peur", avant de plonger dans les années 70 dans quelques œuvres plus sulfureuses (et jouissives) comme "Les Démons Sexuels" et "Les Vierges de la Pleine Lune", il a ici l'occasion de jouer à loisir sur son physique, butinant et cabotinant tel un joli cœur, entouré d'un harem de jeunes filles en fleur se pâmant devant leur professeur.

Tout le contraire de Luciano Pigozzi, alias Allan Collins, qui joue le rôle d'un jardinier pas très net, porté sur le voyeurisme, jusqu'à grimper aux arbres pour aller voir ce qui se passe dans les douches.

Il faut reconnaître que la plastique des pensionnaires de l'établissement ne peut laisser indifférente la gent masculine. Un casting de choix, où les deux actrices principales, Eleonora Brown et Sally Smith, ne feront pas pourtant une carrière importante à l'écran. Dommage surtout pour Eleonora Brown, qui avait connu la célébrité dès l'âge de douze ans en jouant aux côtés de Sophia Loren et Jean-Paul Belmondo dans "La Paysanne aux pieds nus", de Dino Risi. La même année que "Nude... si muore", on put aussi la voir dans un western spaghetti : "Sentence de Mort", de Mario Lanfranchi". Et après... plus rien. Il en sera tout autre pour Malissa Longo, dont c'est ici la première apparition au cinéma (et une scène de douche très proche de "Psychose") ; et Silvia Dionisio, qui était quasiment une débutante à cette époque. Toutes deux seront par la suite des vedettes du cinéma-bis, enchaînant des œuvres incontournables dans moult genres.

 

 

Notons aussi la présence de Michael Rennie, inoubliable Klaatu de "Le Jour où la Terre s'arrêta", qui campe un inspecteur de police débonnaire et intuitif.

"Nude... si muore" est donc un thriller très agréable, bien maîtrisé, avec un final aussi habile que son teaser, sans oublier un furtif clin d'œil humoristique du cinéaste envers James Bond. On lui reprochera tout juste d'être un peu trop sage par moments, trop léger pour être un classique du giallo, mais il n'en reste pas moins réussi.


Note : 7,5/10

Flint

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