Big Racket
Titre original: Il grande racket
Genre: Vigilante , Poliziesco
Année: 1978
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Enzo G. Castellari
Casting:
Fabio Testi, Renzo Palmer, Vincent Gardenia, Orso Maria Guerrini, Glauco Onorato, Romano Puppo, Sal Borgese, Joshua Sinclair, Marcella Michelangeli...
Aka: The Big Racket / Racket / El gran chantaje / I megali kobina
 

Rome est sous la coupe d'un gang dont le leader, Rudy le Marseillais (Joshua Sinclair, Keoma, La Proie de l'Autostop), cherche à contrôler le marché du racket dans la capitale. Tous les moyens sont bons pour faire plier les commerçants : saccage, intimidation, menaces, bastonnade… Ces dangereux délinquants sont surveillés de près par l'inspecteur Nico Palmieri (Fabio Testi), flanqué de son fidèle adjoint, le sergent Salvatore Velasci (Sal Borgese, Isabelle Duchesse du Diable). Palmieri a la pression de ses supérieurs hiérarchiques, qui veulent des résultats très vite, tout en prenant soin de ne pas faire de casse. Mais la violence engendre la violence, et face à de tels adversaires, difficile de ne pas rendre coup pour coup. D'autant plus que les manœuvres d'intimidation et le chantage exercés par le gang sur leurs victimes sont particulièrement efficaces. Personne n'a le courage de témoigner contre eux, et de ce fait ils agissent en toute impunité, le jour et à visage découvert. Après une filature qui lui permet de remonter jusqu'au Marseillais, Nico échappe de peu à la mort.

 

 

Un bref séjour à l'hôpital qui n'entame pas sa volonté de mettre tout ce beau monde derrière les barreaux. Il parvient à réunir les commerçants rackettés au commissariat, mais seul l'un d'entre eux va accepter de témoigner, au péril de sa vie : un restaurateur nommé Luigi Giulti (Renzo Palmer, "Un Détective", "Un Citoyen se rebelle").

Hélas pour lui, sa fille est enlevée par les hommes de Rudy. Après avoir subi un viol collectif, elle est retrouvée par la police. Mais ce traumatisme conduit la fille de Giulti au suicide.

Après avoir abattu deux membres du gang dans son restaurant, Giulti est arrêté et conduit en prison. Dans la foulée, le procureur de la République reprend l'affaire en main, et la confie à un autre inspecteur de police, mettant ainsi Palmieri sur la touche.

Qu'importe, Nico et Salvatore décident de poursuivre leur mission en toute illégalité. Grâce à une vieille connaissance du milieu, Zio Pepe (Vincent Gardenia, "Un Justicier dans la Ville"), Palmieri apprend que le Marseillais prépare un gros coup, l'attaque d'un fourgon postal.

 

 

Que dire à la vision de ce film, sinon qu'Enzo G. Castellari nous en met plein les mirettes pendant 1H46. Intercalé dans le temps entre "Un citoyen se rebelle" et Action Immédiate, Big Racket s'avère plus abouti et plus nerveux que le premier, et meilleur sur tous les plans au second, très décevant.

Lorsque l'on s'attarde sur la construction de Big Racket, on ne peut être qu'admiratif devant la précision d'horloger du metteur en scène dans l'évolution de sa trame. On peut distinguer trois actes dans ce film qui, démarrant comme un "poliziotteschi", bascule progressivement en "vigilante movie", avec une habileté qui force au respect.

La première partie voit Palmieri mener son enquête officielle contre le Marseillais. Le message consistant à démontrer que la loi lui met autant de bâtons dans les roues que ses adversaires est on ne peut plus clair. Les principaux protagonistes des deux camps sont décrits en profondeur. En faisant du flic un célibataire n'ayant pas de vie privée, Castellari peut sacrifier son héros voué à une cause sans la moindre retenue : Palmieri ira jusqu'au bout, quoi qu'il arrive ! Ce premier acte s'achève lorsque Nico est destitué de l'enquête (30e).

 


La deuxième partie voit Palmieri et son adjoint poursuivre leur enquête par des voies non officielles. Deux personnages-clés entrent en scène successivement : Masarelli, ponte de la drogue et des tripots clandestins (interprété par Glauco Onorato) ; et Zio Pepe, sorte de gentleman cambrioleur, symbole d'une époque révolue, qui va servir d'informateur. Ce deuxième acte s'achève en apothéose avec l'affrontement titanesque dans une gare de triage entre les forces de l'ordre et le gang du Marseillais renforcé par les Calabrais. Baston homérique et tragique, dans laquelle le cinéaste montre un sens du cadrage époustouflant, et introduit savamment un nouveau personnage qui sera déterminant dans la dernière partie : Giovanni Rossetti, champion olympique de ball-trap, et interprété par un excellent Orso Maria Guerrini (Keoma).

La troisième partie débute par un résumé des événements précédents, par le biais du couple Rossetti lisant les coupures de presse (56e). La tension dramatique monte crescendo par une succession d'événements : le viol d'Anna Rossetti (Anna Zinnemann, The Sister of Ursula), puis sa mort dans l'incendie de la maison ; le lynchage du neveu de Pepe par une foule manipulée par les sbires du Marseillais ; le renvoi de la police de Palmieri ; et enfin l'affrontement dans l'entrepôt. Celui-ci est un modèle du genre, un hommage aux plus grands westerns, notamment le final de "La Horde Sauvage" de Peckinpah. Cette scène est magistrale car parfaitement orchestrée, depuis l'arrivée de chaque faction des différents gangs, jusqu'aux attitudes de chacun des hommes de la bande composée par Palmieri pour parvenir à ses fins. Castellari a eu l'idée géniale de composer un groupe on ne peut plus hétéroclite, mêlant des victimes des truands à des criminels notoires, mais qui ont tous une raison valable de se venger de Rudy et ses hommes. Ils ont violé la fille d'un tel, violé la femme d'un autre, abattu le partenaire de Nico comme un chien, brisé la colonne vertébrale de Mazarelli, provoqué la mort du neveu de Pepe. A ces cinq hommes vient s'ajouter le repris de justice Doringo (Romano Puppo, grande gueule du cinéma bis), à qui Palmieri a promis un passeport pour la liberté à la fin de la mission.

 


Toute la tension réside non seulement dans la force de l'adversaire, mais aussi dans la fragilité du groupe de Palmieri. Doringo est tenté de se faire la belle, le vieux Pepe est usé physiquement, Mazarelli est handicapé, et Giulti sombre dans une folie irréversible depuis la mort de sa fille. Ainsi, cette alliance de fortune risque de déraper à chaque instant.

Il faut souligner la remarquable prestation de Fabio Testi dans Big Racket. Si cet acteur est éminemment sympathique, il n'a pas toujours "crevé" l'écran comme Franco Nero par exemple, ou Tomas Milian. A la différence de ces deux là, plutôt sanguins et extravertis, Testi campe un personnage tout en retenue, bien que déterminé à accomplir sa vengeance. Son jeu dans le regard est ici irréprochable, ce qui n'était pas toujours le cas dans Action Immédiate ou La Guerre des Gangs. Il est parfaitement dirigé par Castellari, et entouré par une belle brochette d'acteurs, dont Sal Borgese, exceptionnellement sobre dans son rôle de compagnon du héros, à l'instar d'un Charles Denner dans ses polars avec Belmondo.

Si Big Racket est avant tout une œuvre laissant peu de place aux femmes, on retiendra néanmoins la composition de Marcella Michelangeli ("Calibre 44 Agent très spécial"), véritable furie surclassant presque en sadisme tous les mâles de la bande du Marseillais.

 


En ce qui concerne l'édition de l'éditeur Blue Underground, on peut signaler, outre la superbe qualité de la copie, une version intégrale dont on avait été privés lors de la sortie vidéo en France dans les années 80 (Dynasty Films). Trois scènes avaient ainsi subi quelques coupes : le viol de la fille de Giulti (28e), celui d'Anna Rossetti (57e), et la diversion permettant à Palmieri et ses comparses de s'introduire dans l'entrepôt (une prostitué les fesses à l'air qui vient s'occuper du vigile, 80e). Une version intégrale également réhabilitée avec la sortie du dvd Artus Films, ce qui est fortement appréciable.

Sinon, il convient de retenir la partition musicale des frères De Angelis, excellente, et en parfaite adéquation avec la caméra du cinéaste. Castellari a signé avec Big Racket non seulement un polar, mais une œuvre qui peut faire débat puisqu'elle légitime le vigilantisme. D'ordinaire, l'auto-justice, dans le polar, concernait le plus souvent des personnages représentant les forces de la loi. Là, on a affaire aussi à des civils, unis à un ex-flic idéaliste pour une démarche commune : la vengeance. Que l'on adhère ou non à ce parti pris, on peut reconnaître à Castellari l'habileté d'avoir su distiller son message, en évitant toute frime dans sa mise en scène. Racket est une oeuvre qui, je trouve, vieillit bien, avec des personnages creusés au cœur d'un film dont l'action ne faiblit pas une seconde. Tout juste pourrait-on reprocher au réalisateur le choix du "cerveau" à la tête des différentes factions criminelles, à la fois prévisible et peu réaliste (en plus de faire un peu trop "cliché"). Mais, cela dit, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là d'un des meilleurs polars réalisés à cette époque.

 

Note : 8,5/10

 

Flint

 

En rapport avec le film :

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