Conto è Chiuso, Il
Genre: Poliziesco
Année: 1976
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Stelvio Massi
Casting:
Carlos Monzon, Luc Merenda, Mario Brega, Giampiero Albertini, Claudio Zucchet, Leonora Fani, Susana Gimenez, Luisa Maneri, Gianni Dei...
Aka: The Last Round
 

Marco Russo (Carlos Monzon) arpente les routes de l'Italie. Il vient du sud, et son chemin s'arrête dans une grande cité du nord. Une ville touchée par le chômage, et aussi par la criminalité. Elle est en effet sous le contrôle de deux factions. D'un côté, les Manzetti, qui détiennent les marchés des transports et de la contrebande : trois frères dont l'aîné, Rico (Luc Merenda), un dandy pervers toujours tiré à quatre épingles, est le chef incontesté. De l'autre, les Belmondo, qui possèdent les night-clubs et les réseaux de prostitution.

Marco s'arrête devant l'usine des Manzetti, où il est le témoin d'une échauffourée entre des ouvriers et des hommes de main de Rico. L'étranger prend fait et cause pour les ouvriers et met à mal une dizaine d'assaillants au corps-à-corps avant d'être neutralisé par traitrise et jeté dans une décharge.

Lorsqu'il revient à lui, il fait la connaissance de Sapienza (Giampiero Albertini), qui trafique de l'alcool dans sa caravane, où il vit en compagnie d'une jeune aveugle (Leonora Fani) qu'il élève comme sa propre fille. Marco va pouvoir compter sur l'aide de Sapienza, qui connaît les habitudes des deux clans. Ainsi va-t-il dans un premier temps se faire engager par Rico Manzetti, puis rencontrer Bobo Belmondo dans une boîte de nuit. Marco est en fait venu dans la ville pour détruire les deux gangs en les faisant s'opposer l'un l'autre. Est-ce simplement par idéalisme, ou plutôt par vengeance ? Quel secret renferme la boîte à musique dont il ne se sépare jamais, et qui contient les photographies de deux femmes ?

 


Avant de sombrer dans la réalisation de films d'action (de troisième zone) et de mondo durant les années 80, Stelvio Massi fut l'un des chefs de file du polar italien lors de la décade précédente. Evidemment, force est de constater que ses poliziotteschi ne valent pas ceux de Fernando Di Leo, Mario Caiano, Sergio Martino ou Umberto Lenzi. Si certains de ses films ont plutôt bonne réputation ("Squadra volante", "Convoy busters"), d'autres sont carrément abominables ("Magnum Cop"). D'autres encore sont tout à fait acceptables, telle sa trilogie de Mark Terzi, interprété par le regretté Franco Gasparri.

Enfin, si bon nombre des oeuvres de Stelvio Massi ont été distribuées en France, ce n'est pourtant pas le cas de ce "Il Conto è Chiuso". Cette histoire d'un étranger débarquant dans une ville sous le joug de deux gangs, qui se fait engager par l'un, puis par l'autre, cherchant à les neutraliser en les faisant s'affronter, n'est pas nouvelle, et rappellera à la plupart d'entre vous le "Yojimbo" d'Akira Kurosawa (1961) ainsi que "Pour une poignée de Dollars" de Sergio Leone (1964).

 

 

Mais cette trame tire son origine d'un roman, "La moisson rouge" (1929), écrit par Dashiell Hammett, qui, s'il n'est pas vraiment connu chez nous, est pourtant considéré comme le fondateur du roman noir. On lui doit notamment "Le faucon maltais" (1930), que John Huston immortalisera sur pellicule une dizaine d'années plus tard.

Sur ce thème déjà exploité, Stelvio Massi s'en sort en fait très bien. Malgré un scénario linéaire, et donc prévisible, le réalisateur parvient à retenir l'attention du spectateur grâce à une mise en scène inspirée, des acteurs au diapason (la plupart des personnages ont du corps), et une partition musicale du talentueux Luis Enriquez Bacalov, alternant ambiance sud-américaine aux accents péruviens et musique planante évoquant le Pink Floyd de "Wish you were here", sans oublier le thème de la boîte à musique qui revient comme un leitmotiv.

L'idée de donner le rôle de "l'étranger" à Carlos Monzon s'avère judicieuse. Le visage buriné du boxeur lui donne des allures de héros échappé d'un western spaghetti (il jouera d'ailleurs l'année suivante dans un western, "El Macho", titre reprenant le surnom attribué au boxeur). Car Monzon, bien qu'étant un acteur inexpérimenté, symbolise à la perfection cette image du cow-boy urbain telle qu'on peut l'imaginer, mélange d'élégance et de bestialité, de force et de sensibilité. Massi en fait dans cette histoire un lanceur de couteau d'une habileté prodigieuse, tel Tomas Milian dans le rôle de Cuchillo qu'il avait interprété deux fois sous la houlette de Sergio Sollima ("The big Gundown", "Saludos Hombre").

 


Et c'est vrai que l'on pense un peu à Tomas Milian en suivant les pérégrinations de Marco Russo dans cette ville qui n'est jamais citée, mais peu importe. Tour à tour volubile puis silencieux, bourreau puis victime, le destin lié à cette boîte à musique et ces deux photographies, Monzon, qui n'avait jusque là que deux films à son actif, tournés en Argentine, fait preuve d'une aisance et d'un charisme surprenants pour sa première expérience en Europe.

La prestation de Carlos Monzon est d'autant plus remarquée qu'il a en face de lui un adversaire à sa mesure, à savoir un Luc Merenda en grande forme, qui compose un bad-guy particulièrement typé, sapé comme un prince, sourire narquois à la commissure des lèvres, et qui entretient une relation trouble autant pour les armes à feu qu'avec sa maîtresse et la fille de celle-ci. Lorsque les deux rôles principaux sont convaincants, le film est déjà en partie réussi. Avec quelques seconds rôles solides, c'est encore mieux. Beaucoup de visages familiers du cinéma de genre encadrent nos deux vedettes, des seconds couteaux et des acteurs plus confirmés, parmi lesquels Giampiero Albertini, qui apporte une charge émotionnelle supplémentaire dans ce polar. Connu pour avoir doublé Peter Falk dans "Columbo", Albertini est un familier du cinéma-bis, que ce soit dans les westerns ("Le retour de Sabata"), ou les gialli ("Les rendez-vous de Satan"). L'acteur présente aussi la particularité d'avoir joué en France en plusieurs occasions, notamment deux fois par le biais de Jacques Deray (dans "Flic Story" et "Le Gang"), aux côtés d'Alain Delon. Quant au chef du clan Belmondo, il est interprété par un spécialiste du western, Mario Brega, vu entre autres dans "Le Grand Silence".

 


Comme souvent dans les polars, les rôles féminins sont plus effacés. Aussi ne verra-t-on que trop peu la sulfureuse Mariangela Giordano ("Malabimba", "Patrick still lives"), et qui a aussi tourné dans l'un des gialli les plus trash : "Giallo a Venezia", en compagnie d'ailleurs de Gianni Dei et Leonora Fani, les deux héros malsains du thriller de Landi, et ici simples seconds rôles. En fait, celle qui se fait le plus remarquer dans "Il Conto è Chiuso" a pour nom Susana Gimenez. Née en Argentine, issue du mannequinat et de la publicité, elle poursuit sa carrière dans le cinéma, et rencontre Carlos Monzon sur le tournage de "La Mary", en 1974. Elle aura une liaison (souvent orageuse) avec le boxeur durant quelques années, et tourneront ensemble également dans "El Macho".

"Il Conto è Chiuso" peut être considéré comme une bonne surprise, c'est un polar italien dans la tradition du genre, englobant bagarres, fusillades, règlements de comptes ; mais empruntant aussi au western spaghetti. Stelvio Massi a en fait rendu hommage aux trois Sergio dans cette oeuvre : Leone et Sollima, donc, et aussi Corbucci. Lorsque Rico écrase les mains de Marco, incapable de se défendre après avoir subi un passage à tabac, on devient le témoin d'un héros en pleine détresse, qui ne peut plus manier le couteau, exactement comme Franco Nero ne pouvait plus utiliser son arme dans "Django". L'aparté est évident, et même si au bout du compte Stelvio Massi a beaucoup repris à ses pairs et peu innové, il n'en a pas moins réalisé un polar de bonne volée, et un spectacle qui tient largement la route.

 

Note : 7,5/10

 

Flint
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