Orgie des vampires, L'
Titre original: Il mostro dell'opera
Genre: Comédie musicale , Horreur , Vampirisme , Gothique
Année: 1961
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Renato Polselli
Casting:
Giuseppe Addobbati, Marco Mariani, Barbara Howard, Alberto Archetti, Carla Cavalli, Milena Vukotic, Renato Montalbano...
Aka: Il vampiro dell'opera / The Vampire of the Opera
 

Voici plusieurs siècles, le vampire Stefano fut trahi par la femme qu'il aimait, Laura, qui avait des pouvoirs de médium. Il demeura confiné dans les ténèbres, sous un lieu où un théâtre fut construit bien des années plus tard. C'est dans cet étrange endroit, à présent désaffecté, que le directeur d'une petite troupe artistique, Sandro (Jimmy dans la VF), décide de répéter et mettre au point son futur spectacle. Cette décision ne plaît pas au gardien du théâtre, Achille, qui connaît l'histoire du vampire Stefano. Achille tente de convaincre Sandro de renoncer à son projet, s'appuyant sur des coupures de presse narrant les étranges disparitions qui se produisirent en cet endroit depuis sa construction. En vain, Sandro ne croit pas le gardien et la troupe investit les lieux. Parmi les actrices et danseuses il y a Giulia (Lili dans la VF), la meneuse de revue et aussi la fiancée de Sandro. Par le plus grand des hasards, Giulia est le portrait craché de Laura. A moins que... Bientôt, la belle artiste ressent un malaise en évoluant dans ce décor. Serait-elle la réincarnation du médium ? Et sera-t-elle la prochaine proie du vampire, dont les précédentes victimes, vampirisées, demeurent prisonnières dans les souterrains du théâtre ?

 

 

Après le très sérieux Les Vampires de Freda et Bava (1957), l'Italie commence à produire quelques œuvres beaucoup plus légères dans le créneau horrifique à tendance gothique. Cela débute en 1960 avec deux films à la trame similaire, dans lesquels une troupe de danseuses échoue dans un château (ou près de celui-ci) qui se trouve être le repaire d'un vampire. Il s'agit de "L'amante del vampiro" de Renato Polselli et Des filles pour un vampire de Piero Regnoli. Jolies filles, tenues légères, érotisme désuet sont de la partie, le tout dans une ambiance de film d'horreur très kitsch.
L'année suivante, Polselli remet le couvert avec Il mostro dell'opera, qui ne se passe pas dans un opéra mais seulement dans les coulisses d'un modeste théâtre. Cependant, les quelques références du film au Fantôme de l'Opéra de Gaston Leroux expliquent en partie le choix du titre. Un titre qui deviendra de façon exagérée L'orgie des vampires pour sa sortie française particulièrement tardive, le film étant brièvement exploité dans notre pays en juillet 1969. D'orgie, soyons clair, il n'y en a point ; tout au plus peut-on voir quelques scènes suggestives dans lesquelles des jeunes filles se frôlent et se trémoussent lors d'une tentative maladroite de plaisirs saphiques. Mais c'est déjà osé pour l'époque. On considère généralement que Il mostro dell'opera a été réalisé en 1964 (l'année de sa sortie en Italie). En fait, il fut bien tourné en 1961 (comme spécifié dans l'ouvrage "Spaghetti Nightmares" de Luca Palmerini et Gaetano Mistretta, et confirmé par Alain Petit dans le bonus du dvd Artus, voir fiche dvd).

 

 

Par rapport à "L'amante del vampiro", L'orgie des vampires présente évidemment quelques similitudes, essentiellement dans le fond. La trame principale est encore celle d'une troupe artistique prisonnière dans un lieu où sévit un méchant vampire. Et là encore, de ravissantes demoiselles en petites nuisettes vont être menacées. Cependant, si l'idée de base reste dans l'esprit des deux oeuvres précitées, la forme n'en est pas moins différente dans L'orgie des vampires. Dans celui-ci, on note un style plus décousu, et une volonté délibérée de la part de l'auteur de noyer le spectateur dans une certaine confusion. Le montage, au rythme irrégulier, saccadé, cumulé au jeu excessif d'une partie des acteurs, conduit à une sorte de délire dont le point d'orgue est la scène d'hystérie collective qui gagne la troupe vers la fin du métrage. En cela, même si au final le film est loin d'atteindre des sommets en termes de qualité, il a le mérite de préfigurer ce qui deviendra le "style Polselli", à savoir un cocktail composé de folie, de démesure et de désordre scénaristique total. Cette "patte", Polselli la peaufinera pour la conduire à son apogée lors de la décennie suivante, avec des films comme Au-delà du désir ou The Reincarnation of Isabel. D'une certaine manière, donc, on peut considérer L'orgie des vampires comme le premier film réellement "polsellien".

Dans cette entreprise, le réalisateur s'est également collé au scénario (pas étonnant au vu du résultat), avec la complicité de l'inévitable Ernesto Gastaldi (déjà présent dans le précédent Polselli) qui participera à l'écriture d'authentiques classiques du gothique, parmi lesquels L'effroyable secret du Dr Hichcock, "La vierge de Nuremberg", "La crypte du vampire" ou encore "La sorcière sanglante", avant de se spécialiser avec maestria dans le giallo. La musique est quant à elle signée par un autre spécialiste du genre, Aldo Piga, puisque le compositeur aura signé les partitions de "L'amante del vampiro", Des filles pour un vampire, ainsi que "Le massacre des vampires", de Roberto Mauri. Un véritable spécialiste des morts-vivants aux dents (très) pointues. On notera également deux autres noms familiers du cinéma bis au sein de cette production : Demofilo Fidani (Karzan, le maître de la jungle, Caresses à domicile) en tant que responsable des décors ; et Oscar Brazzi au titre de producteur délégué. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Oscar Brazzi a produit également le mémorable Château de Frankenstein ("Il castello delle donne maledette"), l'un des derniers fleurons du gothique à la sauce grand-guignol.

 

 

Le casting est par contre beaucoup moins reluisant. L'actrice principale qui incarne Giulia, Barbara Howard, ne poursuivra pas sa carrière au cinéma, au même titre que bon nombre des protagonistes de la fameuse troupe d'artistes qui nous gratifient de numéros presque comiques, depuis les danseurs en tenue de Kriminal jusqu'aux demoiselles exécutant toutes sortes de danses de façon peu académique, qu'il s'agisse de pavane ou de cabaret.
Giuseppe Addobbati, dans la peau du vampire passant son temps à ricaner, montrer ses ratiches et terroriser ses victimes avec une fourche de paysan, a joué dans quelques péplums (notamment des Maciste), ainsi que dans deux films majeurs de Lucio Fulci : Le temps du massacre et La machination. Sandro, le directeur de la troupe, est interprété par Marco Mariani, aperçu dans les sympathiques Le manoir maudit et La morte ha sorriso all'assassino. A part cela, relevons la présence de Milena Vukotic, qui tournera en maintes occasions pour Bunuel, et de Renato Montalbano, second couteau récurrent du cinéma de genre italien ("La révolte des Prétoriens", "Opération Goldman").

Vous l'aurez compris, Il mostro dell'opera n'est pas une oeuvre remarquable, loin s'en faut. Malgré ses emprunts au Fantôme de l'Opéra et aussi au Portrait de Dorian Gray (un tableau de Stefano le vampire, caché dans un entrepôt, possède des propriétés magiques), le métrage de Polselli est une oeuvre sans prétention, dans la lignée des films gothiques "légers" tournés à cette époque. Passé le cap d'une première partie un peu trop bavarde, où l'on passe en revue les membres de la troupe, avec différentes intrigues amoureuses sans intérêt, le film décolle vraiment vers la quarante-cinquième minute, lorsque Stefano entre en jeu. On l'aura vu auparavant dans un superbe teaser, une scène onirique de toute beauté dans laquelle l'héroïne fait un cauchemar. Dommage que la suite ne soit pas d'un niveau équivalent, du moins jusqu'à la seconde moitié où Polselli se lâche vraiment. Les fans du réalisateur seront ravis, les autres risquent par contre d'être plutôt décontenancés. Mais reconnaissons que les décors sont bien exploités, et le travail sur la photographie, les cadrages, donne entière satisfaction (le teaser, mais aussi le flashback). Bref, voilà une vraie curiosité, qui donne un avant-goût des futurs travaux de Maître Polselli, qui justifieront sa réputation de cinéaste de l'extrême dans le domaine de l'exploitation.

 

 

Flint


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