Prato macchiato di rosso, Il
Genre: Thriller
Année: 1972
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Riccardo Ghione
Casting:
Marina Malfatti, Enzo Tarascio, Claudio Biava, Dominique Boschero, Nino Castelnuovo, Lucio Dalla...
Aka: The Bloodstained Lawn
 

Il se passe des choses étranges dans la villa cossue des Genovese, dans un joli petit hameau non loin de Piacenza (Plaisance, nord de l'Italie). Nina Genovese, une bourgeoise très belle mais à l'air austère, est mariée à Antonio, un scientifique farfelu reconnaissable à sa collection de nœuds papillon flashy de taille XXL. Avec la complicité d'Alfiero, le frère aux tendances incestueuses de Nina, qui fait office de rabatteur, le trio infernal ramène dans sa vaste demeure toutes sortes de marginaux sans attache familiale. Des hippies, des junkies, des alcooliques, des prostituées sont ainsi reçus en grandes pompes. D'abord traités comme des rois, ils finissent ensuite vidés de leur sang par le biais d'une étrange machine conçue grâce à l'esprit tordu du professeur Genovese. Le sang recueilli est ensuite dissimulé dans des bouteilles de vin qui sont envoyées par caisses à l'étranger, à l'intention de diverses organisations qui payent cher le fluide vital. Mais ce trafic fortement lucratif risque d'être contrarié quand un policier zélé met son nez dans une affaire de disparitions en séries.

 

 

Si l'éditeur CinéKult n'avait pas sorti récemment Il prato macchiato di rosso, il est probable que cet obscur thriller transalpin serait encore condamné à l'oubli. Resté confiné à l'intérieur de ses frontières, le film n'a pas une grande notoriété en dehors de l'Italie, et encore... Riccardo Ghione (à ne pas confondre avec l'acteur Riccardo Garrone) en est l'auteur, et c'est peut dire que l'homme n'est pas un réalisateur connu puis qu'il n'a tourné que quatre longs métrages. C'est avant tout un scénariste qui s'est essentiellement spécialisé à partir des années ‘80 dans le créneau érotique. Il a notamment rédigé les scénarios de "Plaisirs interdits" (Salvatore Samperi), "Scandaleuse Gilda" et "La Bonne" (avec Florence Guérin).
Tourné en 1972 et distribué dans les salles italiennes l'année suivante, Il prato macchiato di rosso n'est pas, en vérité, un film remarquable. Il est même assez quelconque, doté d'un scénario farfelu sinon grotesque, et la réalisation paraît un brin paresseuse, avec une touche de décontraction à l'image de cet incroyable policier se faisant passer pour un agent de l'UNESCO, qui traverse tout le film avec une grande désinvolture et finit par mettre un terme à ce trafic de sang à lui tout seul. Et que dire des quatre futures victimes des Genovese qui, voyant l'une des invitées ligotée dans sa chambre, ne s'inquiètent pas plus que cela et semblent surtout préoccupées à s'adonner à leurs occupations favorites : boire, fumer des joints, baiser... (rayer la mention inutile).

 

 

Et pourtant, malgré toutes ces réticences, difficile de condamner un film qui, sous couvert d'égratigner tantôt la classe bourgeoise, et tantôt les contestataires de tous horizons (au bout du compte, chacun a une conduite décadente), reste avant tout un thriller pourvu comme il se doit, d'une petite dose d'érotisme, ce dans un décor arty pas désagréable et typique des seventies. On appréciera également les décolletés plongeants de Marina Malfatti, actrice qui à l'époque enchaînait les gialli (Meurtre dans la piscine, L'appel de la chair, Le tueur à l'orchidée, Toutes les couleurs du vice et La dame rouge tua 7 fois). Elle a dans ce film l'un des rôles principaux, qu'elle partage avec un acteur aperçu également dans quelques thrillers comme La victime désignée, Overtime (giallo d'Armando Crispino) et (encore) La dame rouge tua 7 fois, le dénommé Enzo Tarascio, à qui l'on piquerait bien les magnifiques noeuds pap' qu'il arbore durant tout le film.
Le troisième larron, qui interprète le frère de Nina, est Claudio Biava (un faux air de Pierre Vaneck), qui s'est fait une réputation dans le créneau "eurospy" durant les années '60, à travers des films comme "Super 7 appelle le Sphinx", "A077 défie les tueurs" et "Trahison à Stockolm".

 

 

Du côté des victimes, on regrettera la présence trop furtive de la belle Barbara Marzano, dont a pu apprécier les charmes dans "Les 1001 nuits érotiques", L'insatiable Samantha ainsi que le "Séduction" de Fernando Di Leo. Cela étant, l'atout érotique numéro un du film est assuré par la comédienne française Dominique Boschero, qui a vécu une bonne partie de sa vie en Italie et y a fait l'essentiel de sa carrière, d'abord dans le péplum (Ulysse contre Hercule), puis dans des gialli (Libido, L'iguane à la langue de feu, Qui l'a vue mourir ?). Dans un rôle de prostituée ayant toujours "le feu aux fesses", elle parvient à maintenir le spectateur en éveil, ce qui est déjà une bonne chose.
Pour en finir avec le casting, on notera que le flic de service est incarné par un Nino Castelnuovo en roue libre, et qui semble lui aussi peu concerné par l'intrigue. Celui qui connut la notoriété grâce à Jacques Demy (eh oui, c'est pas de bol) avec "Les parapluies de Cherbourg" alternera films d'auteur et oeuvres populaires tout au long de sa carrière. On retient de lui, dans le cinéma qui nous concerne, ses rôles dans Le temps du massacre, Cinq hommes armés et Nue pour l'assassin.

 

 

Finalement, à la vision de Il prato macchiato di rosso, on se dit que si le film est loin d'être un sommet du thriller et que le suspense est quasi inexistant, on aura au moins apprécié les yeux magnifiques de Marina Malfatti, le pétard avenant de Dominique Boschero, le faciès inquiétant de Claudio Biava et surtout... oui surtout... les noeuds papillon incroyables d'Enzo Tarascio. Ce qui justifie largement la vision de cette oeuvre.

Flint

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