Duel à Rio Bravo
Titre original: Desafio en Rio Bravo / Sfida a Rio Bravo
Genre: Euro-Western (hors spagh) , Western spaghetti
Année: 1964
Pays d'origine: Espagne / Italie / France
Réalisateur: Tulio Demicheli
Casting:
Guy Madison, Madeleine Lebeau, Gérard Tichy, Fernando Sancho, Massimo Serato, Olivier Hussenot, Carolyn Davys, Beni Deus...
Aka: Le Shériff de OK Corral (France - source encyclociné) / El sheriff del O.K. Corral (Espagne) / Schnelle Colts für Jeannie Lee (Allemagne - RFA) / Gunmen of Rio Grande (USA) / Duel at Rio Bravo (USA)
 

En 1877, dans une petite ville du Nouveau-Mexique, Clémentine Hewitt dirige l'exploitation d'une mine d'argent. La jeune femme connait bien des déboires depuis que Zack Williams est venu s'installer dans la région. En peu de temps, cet homme cruel et rusé, est parvenu à s'approprier toutes les mines des environs et il compte bien s'emparer de l'exploitation de Clémentine. Pour arriver à ses fins, Zack Williams forme une bande de hors-la-loi et attaque les convois transportant le minerai appartenant à la jeune femme. Jennie Lee, patronne du saloon de la petite ville et amie proche de Clémentine, décide de faire appel aux services de Wyatt Earp, le célèbre justicier de l'Ouest...

... et en passant, un sacré connard, ne serait-ce qu'en tant que chasseur de bisons. Le type aurait dû finir en prison, à se faire amener des oranges par sa Darling Clémentine (je tiens à ce jeu de mots lamentable).
Trêve de considérations personnelles mais néanmoins triviales, l'histoire de Duel à Rio Bravo se déroule après le fameux "règlement de comptes à OK Corral" et, disons-le comme c'est, elle paraît bien anecdotique !

 

 

D'origine argentine, Tulio Demicheli n'est clairement pas le réalisateur le plus grisant. Après avoir surfé sur les comédies et drames romantiques en tout genre qui sévissaient durant les années 50, Tulio Demicheli n'a cessé, dès le début des années 60, de tourner telle une girouette au gré du vent. Ainsi, à l'ère de la flibusterie, tourne-t-il le très honnête Le Fils du capitaine Blood avant de dégainer une poignée de westerns dont celui-ci mais aussi "Un homme, un colt" ou "Arriva Sabata!". La mode passant au giallo, il en tournera un, en 1972, Les 2 visages de la peur, médiocre thriller chirurgical, avant d'enchaîner quelques bobines dotées de scènes plus outrancières et, du coup, plus recommandables, telles que "Ricco". Sa carrière reste toutefois globalement difficile à décrypter vu que certains de ses films sont devenus rares à ce jour. 64 films recensés pour combien de connus ou d'accessibles ? Afin de ne pas se montrer trop "définitif" sur la valeur de son oeuvre, il convient de préciser que pour la juger de façon impartiale, il faudrait avoir accès à celle-ci de la manière la plus large possible. Ce n'est hélas pas le cas.

 

 

Quant à son casting, il demeure assez étonnant puisque, dans ce qu'on peut considérer comme étant un spagh de série (encore que précoce vu qu'il a été tourné en 1964), on trouve quelques noms français assez surprenants. Ici en juge, Olivier Hussenot ("Les Grandes Manoeuvres", "Maigret tend un piège", "Pot-Bouille", "Un Meurtre est un meurtre", ...) dont la présence est surprenante et plutôt inédite au sein du cinéma bis européen. Celle de Madeleine Lebeau, au sortir de "Huit et demi" de Fellini, l'est quasiment tout autant, encore que l'on peut considérer que celle-ci était arrivée au crépuscule de sa carrière après avoir joué les seconds rôles chez Michel Boisrond ("Le Chemin des écoliers"), côtoyé à l'écran un certain Darry Cowl ("Vous n'avez rien à déclarer ?"), sans compter ses tentatives, en début de carrière, de percer outre-Atlantique, notamment durant la seconde guerre mondiale avec des apparitions dans "Casablanca" ou "Gentleman Jim". À ce titre, Desafio en Rio Bravo semble se situer à un moment où le choix n'est plus permis et que, pour tourner, il lui fallait accepter ce qui lui était proposé.

Pour le reste du générique, Guy Madison n'a jamais été l'acteur le plus charismatique au monde. Il contribue ici à démontrer ses facultés à camper à la perfection le syndrome d'invisibilité. Finalement, seuls les seconds couteaux comme Gérard Tichy (Wondzinski) ou Fernando Sancho le font exister ! Un Fernando Sancho qui semble répéter son rôle de mexicain révolutionnaire pour une bonne vingtaine de westerns à venir ! "Ha ha ha, Gringo !"

 

 

Concernant plus précisément Duel à Rio Bravo dont il est logiquement question (précisons qu'il a eu droit à une sortie en France dans quelques salles en août 1965), il montre à la perfection le potentiel de son réalisateur : un illustrateur moyen, dénué de caractère et d'imagination, bref de personnalité.
Lorsqu'il réalise Duel à Rio Bravo, Tulio Demicheli, tout en étant précurseur d'un genre, semble loin d'avoir conscience que ce qu'il tourne va devenir une décennie durant (grâce ou à cause de Leone) un genre référentiel, et ça se voit ! Aucune distanciation n'émerge et l'on reste quoi qu'il en soit dans le devoir - très scolaire - du film appliqué. La musique (de Lavigno) sert déjà de leitmotiv mais exit l'aspect immoral de l'être humain ainsi que les exubérances baroques de "Pour une poignée de dollars". Il ne fait que suivre les standards hollywoodiens alors en vogue et pratique à foison le mythe du Bon contre les Méchants. Tulio Demicheli n'a pas de vision, il en émerge une bobine classique au possible, très familiale, sans aucune surprise et dont aucune scène ne vient contredire une règle ressemblant à une récitation...
Quelques scènes de discussions tendues devant des portes de saloon, des jeux de pokers truqués avec des mecs mal rasés au Q.I. de poneys sauvages, quelques sprints - mille fois vus - dans des virages d'Almería tout faits de rochers rocailleux, un héros dont le charisme semble réservé aux deux pouliches du film, heureuses élues, un méchant de carnaval mais non dénué pour autant d'un poil de noblesse (et d'un autre dans la main), le milliardième duel final qu'on voit venir du fin fond du désert des Mojaves, du sang (encore que), de la poussière, de la chique et du mollard... bref, tout cela, vous en conviendrez, n'est pas un programme très folichon.

Témoigneront un peu plus tard de l'incapacité à Demicheli à transcender la moindre histoire ou la moindre scène, les surfaits Dracula contre Frankenstein ainsi que le déjà cité mais non moins horripilant et too much giallesque Les 2 Visages de la Peur. Deux films qui, à eux seuls, ne semblent pas bien loin de résumer la carrière de leur metteur en scène : Peu d'ivresse, peu de folie, juste une histoire platement illustrée, lorsqu'elle n'est pas tout simplement mauvaise à la base... Pas de quoi s'insurger, disons pour résumer que le non-plaisir distillé par Tulio Demicheli tient du paradoxe puisqu'il est inodore là où d'autres réalisateurs, bien plus mauvais, lourdent parfois de la saveur comme des sulfateuses, même de manière involontaire. Duel à Rio Bravo serait-il un film de série semblable à la pièce précédente et à la suivante ? Oui, il en est une sorte de prototype !

 

 

On peut néanmoins mettre au crédit de Duel à Rio Bravo la présence par moments d'un charme légèrement Pop ; le fait que, malgré ses aspects transparents, il se regarde, certes sans passion, mais aussi sans ennui ; ses allusions à des classiques comme cette Clémentine, femme-alibi bien évidemment sortie tout droit de chez John Ford ; le travail sur la photographie (chouette en intérieurs, quasi inexistant pour les extérieurs) du duo composé par Mario Capriotti (Le Cavalier et le samouraï, Arrriva Dorellik) et Guglielmo Mancori ("Arizona Colt", Les Faux jetons, Il lungo, il corto, il gatto, Saludos, hombre, La mansión de la niebla, Spasmo, ...) ainsi que la bande-originale, honnête mais sur-usitée, signée d'un Z comme Angelo Francesco Lavagnino (Gungala, la vierge de la jungle, Samoa, fille sauvage, "Tarzana, sexe sauvage", Les Sorcières du bord du lac, Qualcosa striscia nel buio, mais aussi, pour le genre en question, 4 dollars de vengeance, 5 gâchettes d'or, Le Spécialiste, etc.

Ne manquons pas de signaler que l'ensemble est produit par le sieur Italo Zingarelli qui n'a pas à rougir de sa carrière, ni en tant que producteur ("Trinita", Amuck), ni en tant que réalisateur : en charge du pendant italien de Cinq hommes armés cosigné avec Don Taylor, il enchaînera peu après derrière la caméra avec un étonnant et iconoclaste "Une prostituée au service du public et en règle avec la loi" (mettant en scène Giovanna Ralli), ainsi qu'avec l'un des films les plus stimulants parmi ceux qui ont pu mettre en scène le duo Terence Hill / Bud Spencer : "Cul et chemise".

 

 

Mallox




En rapport avec le film :


Pas de dvd existant en France pour celui-ci à l'heure actuelle mais quelques diffusions à la télévision dont plusieurs en 2015 sur OCS Géants (en plus d'une VHS sortie chez Les Productions du Tigre).

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