Journal érotique d'un bucheron, Le
Genre: Erotique
Année: 1974
Pays d'origine: France
Réalisateur: Jean-Marie Pallardy
Casting:
Willeke van Ammelrooy, Georges Guéret, Jacques Insermini, Jean-Marie Pallardy, Claudine Beccarie, Chantal Arondel, Frédérique Barral, Joëlle Coeur, Jean Luisi, Claude Sendron, Jean-Claude Strömme...
Aka: La forêt aux mille désirs / Le bucheron loupe la branche (version hard) / Erotic Diary of a Lumberjack / Erotic Daughters of Emmanuelle / Erotic Adventures of a Woodcutter
 

Le professeur Muller (Georges Guéret) vient d'obtenir le Prix Nobel. A son domicile, le téléphone n'arrête pas de sonner, et fort heureusement le scientifique peut compter sur l'aide de son fils Jean-Marc (Jean-Marie Pallardy) et du majordome, afin de répondre à ses nombreuses sollicitations. L'homme n'est pas un citadin, et encore moins un mondain, aussi voit-il dans cette gloire naissante un harcèlement risquant de lui être très vite insupportable.

 

 

Retranché dans sa chambre, il mate le cul de Gretchen, la soubrette, et commence à se poser des questions sur le véritable sens de la vie. Quand le cerveau commence à fatiguer, on peut toujours se consoler avec un autre organe moins souvent mis à contribution, surtout chez un savant ayant consenti à beaucoup de sacrifices avant d'atteindre la consécration. Aussi notre savant, devant l'appel de la chair, se jette-t-il sur la belle et jeune Gretchen, qui semble ravie de l'aubaine, elle qui trouvait les savants généralement ennuyeux. Après lui avoir fait "sauvagement" l'amour sur la descente de lit, notre Prix Nobel se dit qu'il n'en a que faire de la reconnaissance publique, du strass et des paillettes. Il prend ses cliques et ses claques, s'arrête dans un champ, abandonne ses vêtements pour les frusques d'un épouvantail, avant de s'enfoncer dans les bois environnants. C'est en voyant une bande de bucherons heureux de vivre, travaillant tout en "butinant" quelques villageoises avenantes, que le professeur Muller a une révélation ! Il va créer une communauté au coeur de la forêt, dont les habitants auront pour devise "liberté, égalité, sexualité". Une idée qui va très vite avoir ses partisans, mais aussi de farouches opposants. Il faut avouer qu'en haut lieu, l'idée de récompenser un Prix Nobel reconverti en proxénète ne plaît pas vraiment ! La police va donc tenter de mettre fin à ces atteintes aux bonnes moeurs, et de ramener le scientifique à la raison.

 

 

Avec le recul, il apparaît que la meilleure période de Jean-Marie Pallardy reste la première, à partir du "Dossier érotique d'un notaire" en 1972, jusqu'à "La Donneuse" en 1975. Intercalé dans cette première époque particulièrement prolifique du réalisateur, "Le journal érotique d'un bucheron" cumule tout le savoir faire qui fut la marque de fabrique de son auteur : un mélange réussi de comédie grivoise et d'érotisme débridé, allié à une imagination sans limites, et un style un peu bordélique aux entournures mais parfaitement décomplexé.
Dans ce film, Pallardy a mis plus de lui-même dans le personnage incarné par Georges Guéret que dans le sien propre. Et le portrait de ce scientifique, lassé d'une société donneuse de leçons, outrageusement moralisatrice et castratrice, peut se voir comme le reflet d'un Jean-Marie Pallardy désireux de faire du cinéma à sa manière, en dehors des codes en rigueur et de la censure, quitte à renoncer à la gloire et à la fortune pour suivre la voie qui lui correspond le mieux. Le cinéaste portait un nom prédestiné, on ne le dira jamais assez, puisqu'il s'est évertué à louer les vertus de la paillardise à travers une bonne partie de son oeuvre.
"Le journal érotique d'un bucheron" emprunte à Rabelais, et le cinéaste y défend une culture populaire, paillarde, d'une moralité légère, tout comme son illustre prédécesseur (d'ailleurs, Jean Luisi, dans le rôle du flic Paulo, dit à un moment : "C'est Rabelais qui revient sur cette vieille Terre"). Dans ce film, le professeur Muller possède tous les aspects du personnage rabelaisien, c'est un hédoniste qui cherche à vivre dans la jouissance, en la faisant partager au plus grand nombre de ses congénères. On retrouve donc dans cette oeuvre les thèmes principaux de l'hédonisme, dont l'amitié et la sexualité libre.

 

Dans "Le journal érotique d'un bucheron", on se bagarre souvent mais on se réconcilie, toujours. Le sexe est présenté d'une manière saine, à l'exception d'une tentative de viol sur la flic Isabelle, jouée par Willeke van Ammelrooy, par Jacques Insermini et Jean-Claude Strömme, qui tranche par rapport au reste du long métrage. Interrogé à ce sujet (voir dans le bonus "Le journal érotique de Jean-Marie Pallardy"), l'auteur nie dans un premier temps le côté glauque de cette scène, avant de se raviser, finalement, et dire qu'elle n'était pas utile, et allait à l'encontre de l'esprit paillard du film. Pourquoi n'a-t-il pas supprimé cette scène, à l'époque ? Il ne le dit pas, mais c'est peut-être parce que Willeke joue divinement, que son regard est magnifique et chargé d'émotion, que le cinéaste ne s'est pas senti le courage d'enlever le passage en question.
Pour le reste, il n'y a rien à redire. Les tribulations du professeur Muller dans son domaine mélangeant les activités d'un camp de vacances et celles d'un lupanar sont hautement jouissives, et une phrase résume parfaitement la quête du bonheur de ce Rabelais contemporain : "J'ai passé ma vie à la découverte, mais je n'ai jamais rien découvert de si agréable". Le bonheur est dans le pré, en quelque sorte ; en tout cas loin des villes, de ses turpitudes, et de ses diktats. Finies les contraintes, donc, et terminés les complexes. Tout le monde a le droit de goûter au bon plaisir, quelque soit son âge. Cela nous vaut quelques passages croustillants où des messieurs abordant franchement le troisième âge retrouvent soudainement leur verdeur au contact de jeunes femmes libérées (et là, je reprocherai au réalisateur de ne pas avoir rendu la pareille au sexe prétendument faible, et mettre en lice des femmes d'âge mur en mesure de s'éclater avec de jeunes mâles vigoureux... Après tout, il est bon de respecter l'équité entre les sexes, n'est-ce-pas Jean-Marie ?).

 

Bon, cela n'empêche pas le film d'être parsemé de scénettes grivoises parfois amusantes, comme celle où l'on cherche par tous les moyens à faire signer un contrat important à un trio d'hommes d'affaires, parmi lesquels on reconnaîtra le "duo des vieux" constitué de Claude Sendron et Robert Leray, qui finiront par signer grâce à un "dessous de table" très particulier. Tout le casting "mâle" est constitué des proches du cinéaste. Et en ce qui concerne la touche féminine, Willeke van Ammelrooy est la seule véritable vedette, les autres actrices ne faisant que des apparitions sporadiques, parmi lesquelles des habituées de Benazeraf comme Chantal Arondel ("Le sexe nu") et Frédérique Barral ("La veuve lubrique", "La bonne auberge), mais aussi de Jean Rollin, telles Joëlle Coeur et les soeurs Castel (très furtivement, cependant). Et puis, il y a aussi Claudine Beccarie, qu'on voit assez peu, finalement, trop peu pour mériter de voir son nom au côté de celui de Willeke van Ammelrooy sur la couverture de la jaquette ; mais on dira que c'est une façon comme une autre de rendre hommage à une dame qui a tourné le dos à son passé, voire à le renier, bien qu'elle ait laissé un bon souvenir auprès de nombreux cinéphiles.
Un mot sur la musique et sur son compositeur, Eddie Warner. Cet allemand, qui a longtemps vécu en France, a signé les musiques de films comme "Godefinger ou certaines chattes n'aiment pas le mou", "Les jouisseuses" et "Furia sexuelle", et a bossé pour Pallardy sur plusieurs de ses films. Mais l'homme est avant tout connu pour avoir composé… le générique de l'émission "Des chiffres et des lettres" ! Concernant "Le journal érotique d'un bucheron", Eddie Warner mélange allègrement les genres musicaux, souvent avec bonheur (les thèmes pop/rock/psyché collent bien avec le ton "babos" et délirant du film), et parfois moins (le country, par exemple, et le thème musical au piano que l'on retrouvera d'ailleurs dans "L'amour chez les poids lourds").

 



Bien qu'un peu moins abouti que "Love Connection", par exemple, "Le journal érotique d'un bucheron" est à ranger néanmoins parmi les meilleures oeuvres de son auteur. C'est une comédie érotique dans l'ensemble réussie, à laquelle on pourra seulement lui reprocher quelques longueurs (la romance de Jean-Marc et Isabelle, un peu trop insistante) et son côté "foutraque" (Pallardy parsemant son film de loops balancés plus ou moins de façon justifiée, exploitant ainsi à 300% l'idée des caméras de surveillance mise au point par Muller). Mais on rit souvent, et l'on apprécie au mieux les plastiques de toutes ces charmantes demoiselles qui se succèdent à l'écran, dans une bonne humeur communicative. Sur fond de communauté oisive prônant l'amour libre et défiant les autorités, "Le journal érotique d'un bucheron" apparaît aussi comme une oeuvre testamentaire du phénomène hippie, mais avant tout de la libération des moeurs qui anima les années 70.


Note : 7,5/10

Flint

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd de l'éditeur chat qui fume du film "Le journal érotique d'un bucheron"

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