Tous les biens de la Terre
Titre original: The Devil and Daniel Webster
Genre: Fantastique , Drame , Historique
Année: 1941
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Dieterle
Casting:
Walter Huston, Edward Arnold, Simone Simon, James Craig, Anne Shirley...
 

La Nouvelle Angleterre, 1840 - Jabez Stone vit avec sa jeune épouse et sa vieille mère dans une modeste ferme. Mais Jabez est un paysan pauvre et malchanceux, endetté jusqu'au cou auprès de l'usurier local. La situation de ses voisins n'est pas plus brillante, et ces derniers lui proposent de rentrer avec eux dans un syndicat agricole, suivant en cela les recommandations du Sénateur Daniel Webster, héros et héraut du petit peuple de la Nouvelle Angleterre.
Peu de temps après, alors qu'il doit se séparer d'une partie de ses semences pour faire patienter son créancier, Jabez les perd, suite à un geste maladroit. Excédé, et sans réfléchir, il en appelle au Diable. Apparaît alors en plein milieu de sa grange le "méphistophélique" Mr Scratch, qui lui promet argent et bonne fortune pour une période de sept ans en échange de son âme. Jabez finit par céder, et peu après il découvre un monceau d'or datant de la guerre d'indépendance.
Le même jour, le sénateur Daniel Webster arrive dans le village de Jabez Stone.



Il faut croire qu'on ne peut se moquer impunément du Diable car le film, sorti peu avant l'entrée en guerre des Etats-Unis, fut un échec commercial total, coulant la boite de production de William Dieterle et anéantissant par là même ses velléités d'indépendance vis-à-vis des grands studios. Ce métrage fut ré-exploité après la seconde guerre mondiale, mais dans une version amputée de près du tiers de sa durée.

Il est vrai que ce film autant fantastique qu'historique (Daniel Webster a vraiment existé), et à la fois "drame paysan" et "conte philosophique", était sans doute difficile à vendre au public américain de l'époque.C'est sans doute l'arrière plan social de cette oeuvre qui séduisit William Dieterle, celui d'une misère paysanne en résonance avec celle des Etats-Unis post "Dust Bowl", mais aussi avec son enfance dans une famille pauvre de la Ruhr.Ici, contrairement au Faust allemand, c'est l'argent seul qui motive le personnage de Jabez. Il ne vend pas son âme en échange de la jeunesse, l'amour ou la gloire, mais uniquement pour s'en sortir financièrement, un matérialisme très américain et très "moderne".



Si le film, en plus d'être une rareté (et donc une curiosité, en tout cas, jusqu'à la sortie dvd récente chez l'éditeur Carlotta Films), est globalement une réussite, il n'est pas exempt de quelques défauts. Défauts imputables au scénario et aux dialogues qui font preuve d'une religiosité et (surtout) d'un patriotisme naïf parfois un peu irritant, mais qui sont heureusement contrebalancés par un humour bon enfant. De même, sa morale de fin un peu convenue est atténuée par l'ironie de la dernière scène.
L'interprétation, quant à elle, est excellente. Dans le rôle ô combien "casse gueule" du Diable, un Diable ici plébéien et rigolard, Houston senior est parfait. Tout comme Edward Arnold dans l'autre rôle titre du film, celui de Daniel Webster. Par une curieuse ironie du destin Arnold, qui fut président du syndicat des acteurs, sera dans les années 50 un zélateur de la "lutte anticommuniste à Hollywood" qui mettra un terme à la carrière américaine de Dieterle. Incarnant le personnage secondaire de la servante diabolique, Simone Simon crève littéralement l'écran, son visage aux cotés enfantins et pourtant doté d'un charme pervers est idéal pour ce rôle. La scène où elle se présente à un Jabez magnétiquement attiré par (et vers) elle est une des meilleures du film. Enfin, dans les rôles primordiaux mais assez ingrats de Jabez et sa femme, les Faust et Marguerite ruraux, les peu connus James Craig et Anne Shirley ne déméritent pas.



De l'autre coté de la caméra (pour paraphraser le générique de début), William Dieterle sut s'entourer d'une équipe talentueuse avec, entre autres, le futur réalisateur Robert Wise au montage et surtout, "à la musique" le débutant Bernard Herrmann. Les compositions de Bernard Herrmann sont d'ailleurs pour beaucoup dans la réussite du film, et permirent à "The Devil and Daniel Webster" de remporter l'Oscar de la meilleure musique.
Les amateurs de raretés et du cinéma américain de la grande époque seront donc comblés avec ce film de bonne tenue qui tient largement la comparaison avec "La beauté du Diable" de René Clair.



Note : 7,5/10

Sigtuna

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd Carlotta Films de "The Devil and Daniel Webster"

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