Philadelphia Security
Titre original: Fighting Back
Genre: Polar , Action , Vigilante
Année: 1982
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Lewis Teague
Casting:
Tom Skerritt, Patti LuPone, Michael Sarrazin, Yaphet Kotto, David Rasche, Lewis Van Bergen...
Aka: Death Vengeance / Street Wars
 

Un commerçant de Philadelphie, inquiet de la recrudescence de violence dans son quartier, décide, suite à l'agression de sa femme et de sa mère, de fonder une milice privée. Soutenu par la population, il devient rapidement célèbre et va jusqu'à poser sa candidature à la mairie...

 

 

Le producteur Dino de Laurentiis est un homme avisé, qui sait profiter des modes et des engouements créés par les autres. Par contre, lorsqu'il est lui-même propriétaire d'une franchise, il aurait tendance à la saborder (voir "Le Silence des agneaux", loué à Orion alors que De Laurentiis est propriétaire des droits du personnage d'Hannibal Lecter depuis "Manhunter"). Ainsi, en 1974, "Un Justicier dans la ville" fait un carton au box-office. Pour le producteur Dino De Laurentiis, le film n'appelle pas de suites, il décide donc de vendre les droits. Coup de bol, un petit studio, Cannon, annonce la réalisation d'une suite. De Laurentiis voit une opportunité de vendre les droits à un bon prix, mais le producteur se ravise et bloque la transaction. Le réalisateur Michael Winner réussira à débloquer la situation. La suite du justicier sera produite par Cannon.
Qu'à cela ne tienne, De Laurentiis lance son propre film : Fighting Back. Ce genre de décision contre-productive est l'une des caractéristiques du producteur italien, qui compte plus d'échecs que de succès retentissants, au point que certains se demandent d’où vient réellement tout cet argent dépensé dans des projets insensés (King Kong Lives, Dune, Tai-Pan, Flash Gordon, Hurricane...), mais cela est une autre histoire.

 

 

La mise en chantier du projet Philadelphia Security n'est donc pas innocente, elle est en réalité une tentative de De Laurentiis pour mettre en péril le projet d'un "Justicier 2" produit par Cannon. Mais, petit problème, si Tom Skerritt est meilleur acteur que Bronson, il n'a pas sa popularité. C'est pour cette raison que le scénario ne se focalise pas cette fois sur un justicier, mais sur une milice privée mise en place par des citoyens effrayés par la violence qui gangrène leur quartier.
Nous sommes plongés ici dans la classe ouvrière américaine (ce qu'on appelait à l'époque la "middle class"), les protagonistes sont des commerçants qui essayent de vivre calmement dans leur quartier, devenu le repaire des dealers et des prostituées. Le symbole de cette situation est le parc, désormais une zone de guerre où trône une balançoire sur laquelle aucun enfant n'oserait plus aller jouer. Nous sommes aux début des années 80 et la politique sociale catastrophique de Reagan entraîne de graves coupes budgétaires, accentuant les inégalités et le chômage. Bref, on est au bord de l'explosion.

 

 

Bizarrement, cette situation va entraîner au cinéma une augmentation d'un patriotisme exacerbé (Rambo 2 sort en 1985) et d'une justice expéditive (le retour de Bronson, l'âge d'or du polar, Eastwood en roue libre). Ce qui est loin d'être le cas dans ce film, dans lequel on retrouve évidemment les codes du genre (bagarre, poursuite, agression...), mais de manière moins manichéenne. Pour rendre la justice, le héros doit composer avec la mafia locale, à qui il demande l'autorisation de corriger un dealer, et la police, le commissaire fermant les yeux sur certains faits contre des voix aux élections !
Si dans un premier temps les intentions du héros sont de réellement "nettoyer" son quartier petit à petit, son succès lui laisse entrevoir d'autres possibilités et une chance de s’élever dans l’échelle sociale. Cette situation ambiguë disparaît avec l’élimination du méchant (un dealer noir), qui ne se fait pas de manière frontale comme dans un bon vieux Bronson, mais de manière quasi clandestine (une bombe artisanale lancée dans sa voiture ). Entre-temps, on apprend la victoire du héros aux élections. Celui-ci devient donc un politicien respectable ! La dernière image du film nous montre un parc apaisé où les enfants peuvent enfin jouer !

 

 

Le réalisateur Lewis Teague est issu de l'école "Corman", il a notamment dirigé la deuxième équipe sur "Avalanche". Après son premier film en solo, "Lady in Red", il enchaîne trois réussites : Alligator, "Fighting Back" et "Cujo". Mais à partir de "Cat's Eyes" et "Le Diamant du Nil" sa carrière commence à décliner ("Navy Seals", "Wedlock"). Aujourd'hui, comme pas mal de ses confrères, il travaille pour la télévision ("Le triangle maudit").

L'une des raisons de visionner ce film est la présence de Tom Skerritt (MASH, Alien, Poltergeist III, La Relève, Top Gun, The Dead Zone...), acteur polymorphe qui trimballe sa carcasse devant la caméra depuis les années 60. Le papa de Charlie Sheen dans "La Relève", c'est lui, mais aussi le mari de Nancy Allen dans "Poltergeist III", Le shérif qui demande de l'aide à Christopher Walken dans The Dead Zone, etc... Ces quelques rôles résument assez bien la carrière de l'acteur, l'un des meilleurs seconds couteaux du cinéma américain. Alors, pour une fois qu'il tient le premier rôle, ne ratez pas sa prestation toute en finesse. Le final, où il se rend à une réception en son honneur après son élection, alors qu'il vient d’exécuter le méchant du film, est incroyable, on a l’impression qu'il vient de passer aux toilettes ! A ses côtés, on retrouve Yaphet Kotto, star de la blaxploitation dans le mythique "Across 110th Street". Il apparaît dans le James Bond "Vivre et laisser mourir", embarque dans le Nostromo de "Alien" et incarne régulièrement les militaires et les agents fédéraux ("Warning Sign", "Terminal Entry...". On retrouve aussi un autre visage familier des année 70 : le Canadien Michael Sarrazin. Moins connu du grand public, on le voit néanmoins dans quelques bons films comme "On achève bien les chevaux", "Le Clan des Irréductibles", Requiem pour un espion.

 

 

Petit polar à connotation sociale, ce Philadelphia Security a fièrement trôné pendant des années dans tous les vidéoclubs de France et Belgique, avant de disparaître de la circulation. Il est temps de réhabiliter ce film qui est une petite réussite du genre. Le réalisateur soigne ses scènes d'action (on retiendra le mano a mano entre un dealer et le héros dans un restaurant) tout en développant ses personnages (certes, stéréotypés mais attachants) dans un milieu souvent abordé dans le cinéma américain (les immigré italiens !), mais rarement avec autant de justesse (sauf chez Scorsese, évidemment!). Le résultat est plus qu'un simple "vigilance movie", finalement, et l’oeuvre devient presque une réflexion sur la justice en général.


The Omega Man

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