Blue Holocaust
Titre original: Buio Omega
Genre: Macabre , Nécrophilie , Horreur , Gore
Année: 1979
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Joe D'Amato
Casting:
Kieran Canter, Cinzia Monreale, Franca Stoppi, Sam Modesto, Anna Cardini, Lucio D'Elia, Mario Pezzin...
Aka: Bio Omega / Folie sanglante/ Beyond the Darkness / Buried Alive
 

Avant de ne réaliser exclusivement que des pornos, Joe D'Amato a fait plusieurs incursions dans l'horreur avec, notamment, "Anthropophagous" ou encore "Rosso Sangue". "Blue Holocaust" se place sans aucun doute comme l'un de ses meilleurs films et surtout comme un monument du genre qui nous intéresse. L'homme à la filmographie aussi longue que la liste de ses pseudos choisis pour éviter une confusion des genres, met en scène une histoire d'amour pour le moins particulière, teintée d'un soupçon de cannibalisme, d'une bonne dose de nécrophilie et baignant dans une ambiance tour à tour onirique et macabre, et soulignée par le score des mythiques Goblin.



La belle Anna meurt suite à une séance vaudou conduite par Iris, la gouvernante de Frank. Inconsolable suite au décès prématuré de sa fiancée, le jeune homme vole son cadavre à la morgue et va embaumer le corps pour la garder auprès de lui. Débute alors un curieux ménage à trois où Frank sombre peu à peu dans une folie meurtrière induite par une Iris prête à tous les excès pour le garder.

Si ce bref résumé vous évoque un autre film, rien de moins étonnant puisque Blue Holocaust est un remake plus ou moins avoué d'un métrage intitulé "Il terzio occhio/Third Eye", réalisé en 1966 par Mino Guerrini avec dans le rôle principal, Franco Nero (inoubliable Django). Largement moins gore que le D'Amato, ce métrage est surtout porté par une ambiance gothique à la Edgar Allan Poe.

 



D'Amato, lui, n'est pas réputé pour sa subtilité. Là où d'autres se contentent de suggérer, notre réalisateur y va à fond. D'ailleurs, son but avoué était de faire un film qui "donnait envie de vomir". Pourtant, la première demi-heure du métrage ne laisse rien transparaître des atrocités à venir. Nous suivons le jeune Frank, tout à sa peine, que console Iris en lui donnant le sein, par exemple. Bien que hautement dérangeante, la scène est jouée par Iris avec une telle tendresse maternelle qu'elle en devient confondante de naturel. Quant à Frank, il dégage une telle souffrance due à sa solitude et au fait d'avoir perdu ses parents trop tôt qu'il régresse sans peine à l'état d'un enfant vulnérable et réceptif à toute forme d'attention. D'Amato va jouer sur ce registre tout le long du métrage en explorant les tréfonds de la psyché de notre infortuné taxidermiste. Son métier permet à Frank d'effectuer lui-même l'embaumement de sa dulcinée et il va s'y appliquer de façon si amoureuse que la scène dégage un parfum plus touchant que puant en dépit d'une haute teneur en gore. En effet, il convient de vider le corps de ses entrailles avant de débuter et D'Amato ne nous épargne aucune longueur d'intestin ni organe intérieur sanglant. La scène culmine avec l'extraction du coeur sur lequel Frank dépose un doux baiser avant de croquer dedans pour mieux le posséder.
A partir de ce moment, le film bascule dans l'horreur, la vraie, avec la torture totalement gratuite puis le meurtre d'une pauvre autostoppeuse s'étant invitée elle-même dans le véhicule de Frank. Iris prend le contrôle et s'ensuit alors un démembrement dans les règles de l'art où chaque morceau du corps est ensuite jeté dans la baignoire remplie d'acide dans le but d'y être dissout. Frank est présent mais ne participe pas activement, il observe la scène à distance avec un air de dégoût sur le visage. Pourtant, dans le rapport de force dont est faite sa relation avec Iris, c'est bien lui, le dominant. Iris se soumet elle-même et consent à tous ses désirs et caprices et même si elle est à l'origine du décès d'Anna, elle n'oppose aucune objection à ce qu'il laisse le corps embaumé dans son propre lit. Dans une autre scène où la tendresse laisse la place à une ambiance bien plus malsaine, elle va masturber le pauvre Frank transi d'amour devant le cadavre habillé d'une robe blanche virginale...




Afin de mieux alimenter ses fantasmes morbides, Frank attire chez lui une jeune femme et commence à la séduire sur le lit qu'il partage avec le cadavre d'Anna. D'Amato ne laisse pas la scène aller jusqu'à l'acte sexuel, ce qui est un peu dommage car elle n'en aurait été que plus forte. Eros et Thanatos sont à l'oeuvre dans la même image où la victime finit la gorge dévorée sous le regard horrifié d'un Frank qui semble sortir d'une transe hypnotique après chacun de ses actes violents. Totalement sous l'emprise de son obsession amoureuse, il ne contrôle plus rien et laisse toujours à Iris le soin de nettoyer derrière lui. Et le film va très loin dans la perversité qui régit ce micro-univers toujours plus claustrophobe et anxiogène. Le spectateur se sent comme pris dans un étau, à la fois fasciné et horrifié par la descente aux enfers inévitable de ce couple hors normes. Bien que le gore est largement présent dans le métrage, il s'agit davantage de l'exploration psychologique d'un abîme où l'obsession maladive se mêle intimement à la dépendance affective et la souffrance liée à la perte d'êtres chers. Tous les repères de Frank ont volé en éclats, brouillant les frontières entre bien et mal, laissant la voie libre à l'expression immédiate de pulsions d'ordinaire inavouables.
Anna est incarnée à l'écran par la très belle Cinzia Monreale qui n'avait jusque là à son actif que de brèves apparitions. Certes, D'Amato ne lui donne pas grand chose d'autre à faire ici puisqu'elle est morte durant tout le film... Elle joue également le rôle de sa soeur jumelle mais encore une fois, cela se résume à une poignée de minutes. On appréciera davantage ses talents dans le rôle de l'aveugle dans l'inoubliable "L'Au-Delà" d'un autre illustre italien, Lucio Fulci. Dans le rôle de Frank, nous trouvons Kieran Canter qui ne compte que six films sur son CV et dont on ne sait pas grand chose. Son interprétation ici tout en souffrance retenue est pourtant assez convaincante et son air angélique bien qu'un peu figé donne un contraste intéressant à son personnage. Pour compléter ce trio de tête, Franca Stoppi incarne Iris, la gouvernante. La Bella possède un charisme indéniable mais sa carrière cinématographique n'est pas des plus étoffées pour autant (elle était surtout actrice de théâtre). Les connaisseurs l'auront vue dans le nunsploitation "L'Autre Enfer" de l'inénarrable Bruno Matteï ou encore deux WIP du même réalisateur, "Emanuelle fuga dell'inferno" et "Violenza in un carcere femminile".

 

 

Tourné en seulement quatre semaines et avec un tout petit budget, "Blue Holocaust" se place parmi les fleurons du cinéma d'exploitation dans son ensemble. Si le réalisateur n'a jamais caché son goût pour l'argent ou la provocation gratuite voire douteuse (la rumeur persistante de la présence d'un véritable foetus humain dans Anthropophagous, par exemple), il est incontestable que cette absence d'autocensure lui a permis d'aller jusqu'au bout de ses projets cinématographiques où l'on retrouve le plus souvent des images hard ou trash dans le seul but d'attirer les spectateurs (voir sa version de Caligula, sans scrupules ni aucune limite). Certains le saluent, d'autres le conspuent. Mais son nom reste gravé dans les mémoires de tous.

Zombigirl

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd Neo Publishing du film "Blue Holocaust"

 

# La critique du film "Le froid baiser de la mort"

 

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