2 Visages de la Peur, Les
Titre original: I due volti della paura
Genre: Giallo
Année: 1972
Pays d'origine: Espagne
Réalisateur: Tulio Demicheli
Casting:
George Hilton, Luciana Paluzzi, Anita Strindberg, Fernando Rey, Manuel Zarzo, Eduardo Fajardo, Antonio del Real...
Aka: Coartada en disco rojo / Alibi nella luce rossa / The two Faces of Fear
 

Roberto Carli (George Hilton) et Michele Azzini (Antonio del Real) sont deux sommités du monde médical, des chirurgiens expérimentés et dotés d'une réputation incontestable, même si Roberto traîne un passé d'alcoolique auquel il s'est depuis amendé. Le duo exerce ses talents dans une clinique appartenant à Elena Carli (Luciana Paluzzi), mariée à Roberto. Cette belle et autoritaire femme d'affaires est actionnaire majoritaire dans l'entreprise dont elle a hérité de son père. C'est d'ailleurs grâce à ce dernier qu'Azzini doit son poste et sa renommée dans l'établissement. Depuis la mort de son père, Elena partage la direction de la clinique avec Luisi (Eduardo Fajardo), qui occupe les fonctions d'administrateur en chef, et qui est quant à lui actionnaire minoritaire avec 20 pourcent du capital.
Tout irait pour le mieux si le Docteur Azzini n'avait pas envisagé d'aller travailler ailleurs. Fiancé à la Doctoresse Paola Lombardi (Anita Strindberg), il se trouve que celle-ci fut dans le passé la maîtresse de Roberto ; et Michele soupçonne sa compagne d'être toujours amoureuse de son collègue et ami. D'où son intention d'aller s'exiler, et pouvoir faire en sorte que son futur mariage avec Paola se passe dans les meilleures conditions.
La rumeur concernant le départ d'Azzini ne manque pas d'inquiéter Elena, qui craint qu'une telle nouvelle apporte un discrédit à l'établissement. De plus, cet événement inattendu a des répercussions sur sa santé, dans la mesure où la jeune femme est atteinte d'une grave maladie du coeur, et pourrait mourir à la suite d'un choc émotionnel violent. Elena tente alors de retenir le chirurgien par tous les moyens, lui soumettant une proposition alléchante, qui consiste à lui donner 28 pourcent des actions de la clinique. Cette redistribution des cartes se ferait alors au détriment de Luisi. L'administrateur, par ailleurs secrètement épris de Paola, se retrouverait particulièrement lésé si Azzini acceptait cette offre.
Mais Michele Azzini n'aura pas le temps de prendre une décision, car on le retrouve le lendemain dans son bureau, abattu de trois coups de revolver. L'enquête est confiée à l'inspecteur Nardi (Fernando Rey), un ex-fumeur que la moindre cigarette rend nerveux, et pourvu d'un humour assez particulier. Dans cette affaire, chacun des protagonistes a des raisons d'être suspecté, même Paola Lombardi qui se retrouve bénéficiaire, à sa grande surprise, d'une assurance-vie laissée par Azzini.

 

 

En 1972 le giallo connaît son apogée, et nombreux sont les réalisateurs à profiter du filon. Parmi eux figure Tulio Demicheli, un cinéaste argentin déjà sexagénaire au moment du tournage, dans le métier depuis plus de deux décennies et réputé pour une poignée de westerns et de films d'espionnage dans les années 1960. Si le titre original du film est espagnol, c'est avec son appellation italienne : "I due volti della paura" qu'il se fera connaître. Un emprunt évident aux "Trois Visages de la Peur" de Mario Bava, bien que le film de Demicheli ne présente aucune ressemblance avec celle du maestro. La musique du talentueux Franco Micalizzi a par contre de forts accents giallesques, et les tonalités des différents thèmes évoquent de façon troublante Ennio Morricone, et encore plus Bruno Nicolai.
L'oeuvre en elle-même n'est pas une référence dans le genre. "Les Deux Visages de la Peur" apparaît comme un patchwork entre le thriller (mi-giallo mi-krimi) et la série dramatique genre "La Clinique de la Forêt Noire", où l'on s'attache plus aux problèmes de coeur du personnel hospitalier qu'à la santé des patients. X est marié avec Y mais aime toujours Z, mais Z vit désormais avec W, tandis que dans l'ombre V attend son heure, épris aussi de Z. Du coup, le film est assez bavard, avec des dialogues nous donnant effectivement l'impression de voir plus un "soap" qu'un véritable thriller, sentiment renforcé par un doublage français par ailleurs très académique, qui ne rend pas justice à la qualité de ses interprètes.
Car, au niveau des acteurs, il n'y a plutôt rien à redire, puisque tous les personnages ont oeuvré à maintes reprises dans le cinéma de genre. Avec d'abord George Hilton (figure de proue des gialli de Sergio Martino) et l'incontournable Anita Strindberg ("Tropique du Cancer", "Your Vice Is a closed Room..."), qui retrouve donc son partenaire George Hilton un an après "La Queue du scorpion". Et puis, n'oublions pas la formidable Luciana Paluzzi ("Showdown"), Eduardo Fajardo ("The Killer must kill again") et Antonio del Real ("Le Bal du Vaudou"). Au milieu de tous ses habitués, Fernando Rey campe un inspecteur de police qui compense ses lacunes au niveau de l'action par un comportement fantasque, obsédé à l'idée de refumer, et désireux de faire parler un perroquet seul témoin du crime. Une mission qu'il confie à son adjoint, joué par Manuel Zarzo, vu dans un autre rôle de flic dans "Folie Meurtrière", en cette même année.

 

 

Dommage que l'action soit aussi limitée, réduite à deux crimes (pas spectaculaires). On se consolera avec une scène de filature efficace dans laquelle Luciana Paluzzi parvient à faire monter la tension par la grâce de son talent. Et puis, il y a le fameux passage (très long au demeurant) de l'opération à coeur ouvert, qui doit sa réputation au fait qu'il n'est pas simulé. En effet, le cinéaste est parvenu à filmer une véritable opération pratiquée par un éminent chirurgien dans un laboratoire de recherches à Madrid. Subitement, le thriller / soap tourne presque au "mondo", et il faut avoir le coeur (le mot est de circonstance) particulièrement bien accroché pour suivre toutes les évolutions de la scène en question, depuis l'incision du thorax jusqu'au massage cardiaque prodigué sur le patient.
Sinon, au niveau du suspense, le spectateur ne sera pas surpris lorsque le coupable aura été désigné, tant la liste des suspects paraissait bien mince. Le seul doute demeurant dans le fait de savoir s'il y a un ou plusieurs coupables, et complicité ou non. Contrairement à de nombreux gialli qui ont eu tendance à s'empêtrer dans des intrigues tarabiscotées, celle des "Deux Visages de la Peur" est plutôt simpliste à l'extrême, parasitée de surcroît par son aspect "roman photo", et un humour balancé un peu n'importe comment. Il en résulte une oeuvre un peu "bâtarde", en tous cas relativement décevante, malgré la qualité de ses interprètes.

 

 

Note : 5,5/10

 

Flint
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