Harem nazi
Titre original: Accidenti alla guerra!
Genre: Comédie , Nazisploitation
Année: 1948
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Giorgio Simonelli
Casting:
Nino Taranto, Giulio Donnini, Luisa Rossi, Mirko Ellis, Nyta Dover, Peter Trent, Galeazzo Benti...
 

Mars 1945 - Michele Coniglio (Michel Lapin) est un doux rêveur aussi romantique que maladroit qui vivote tant bien que mal en composant des chansons d'amour dans une Italie occupée par les nazis. Un jour il reçoit la visite de son ami Davide qui lui s'est engagé dans la résistance et il accepte de l'héberger. Malheureusement, Davide qui transporte une valise pleine d'explosifs, est poursuivi par les soldats allemands. Les deux amis parviennent à s'échapper en passant par les toits et se retrouvent dans une chambre occupée par une jeune femme et son amant, un officier SS.
Profitant de l'absence momentanée de l'homme, ils revêtent des uniformes nazis afin de passer inaperçus, ce qui donne lieu à un énorme quiproquo : une patrouille allemande venue chercher l'officier s'imagine avoir affaire au Capitaine von der Papen et à son aide de camp et les deux hommes se retrouvent bien malgré eux embarqués à la Kommandantur ! Là on explique à Michele- von der Papen que ses exploits de séducteur l'ont désigné pour devenir étalon officiel dans un des tristement célèbres "Lebensborn" afin de contribuer au développement de la race aryenne !

 

 

Michele y rencontre le redoutable Professeur Metzieger qui prépare une arme chimique capable de neutraliser une armée entière en ralentissant les mouvements des soldats, ainsi que la belle Greta von Grey dont il tombe éperdument amoureux… Il est choyé par toutes les Gretchen en attendant l'heure d'accomplir son devoir eugéniste mais son manque de virilité face à la redoutable "Vierge viking" et son physique pour le moins peu conforme à l'idéal aryen attirent vite les soupçons…
C'est au cours d'une visite dans un château médiéval des environs que les deux amis entrent en contact avec des résistants qui, eux, prennent Michele pour le chef de leur réseau ! Il est donc chargé de dérober l'invention du Professeur Metzieger mais entre-temps, le véritable Capitaine von der Papen est arrivé au Lebensborn et Michele, démasqué, doit s'enfuir déguisé en dragon en semant la panique lors d'une représentation des Nibelungen ! Les nazis assiègent le château tandis que Michele et les résistants se défendent avec les moyens du bord… Fort heureusement, le Professeur Metzieger (qui était en fait un espion écossais) met fin à ce joyeux foutoir en annonçant la fin de la guerre, le Capitaine von der Papen est neutralisé par la "Vierge viking" et Michele peut filer le parfait amour avec Greta.

 

 

Ouf ! Si l'histoire a l'air totalement délirante, inutile d'aller plus loin sans préciser que ce Harem nazi est tout simplement consternant et ne parvient qu'en de rares occasions à faire rire, que ce soit au premier ou au second degré… Est-ce la raison pour laquelle il a connu une carrière aussi confidentielle (quelques rares projections en province en décembre 1950) et qu'il est aujourd'hui quasi introuvable (à l'exception d'une VHS italienne) ou bien est-ce à cause de son sujet pour le moins sensible qui lui vaut la distinction d'être probablement le premier film de nazisploitation jamais réalisé? Un peu des deux sans doute !

Créés en 1935 par Himmler dans le cadre de la politique nazie d'eugénisme et de promotion des naissances, les "Lebensborn" (Fontaines de vie) divisent encore de nos jours les historiens. Certains n'y voient que de simples foyers et crèches destinées à accueillir des enfants aryens nés de mères célibataires tandis que d'autres considèrent qu'ils évoluèrent rapidement en lieux de rencontre dans lesquels les femmes de "race pure" étaient encouragées à procréer avec des officiers SS.
Cette deuxième conception était bien entendu propice à donner naissance au fantasme du "haras humain" ou du "bordel SS" et pourtant les films qui traitent spécifiquement des Lebensborn sont peu nombreux : hormis ce "Harem nazi" qui n'a pas franchement marqué les mémoires, on trouve "Les fiancées d'Hitler" (Lebensborn - 1961), film allemand de Werner Klingler avec Maria Perschy et Marisa Mell, qui, malgré son approche dramatique tout à fait sérieuse, sera présenté comme un film d'exploitation aux Etats-unis sous le titre "Ordered To Love". Et à part quelques évocations plus ou moins appuyées ici ou là, on ne trouve quasiment plus aucune production cinématographique sur ce thème avant le film tchèque "Pramen zivota" réalisé en 2000 !

 

 

La vie sexuelle des nazis sera en revanche très largement évoquée à travers deux autres thèmes: le bordel pour SS, où les prostituées sont parfois censées recueillir des informations sur un éventuel complot contre le Reich, un thème lancé par Tinto Brass dans "Salon Kitty" (1976), qui ouvrira la voie à une flopée d'autres réalisateurs comme Fabio de Agostini ("Les nuits chaudes de la Gestapo") , Bruno Mattei ("SS Girls") et même Patrice Rohmm (Elsa Fräulein SS) et Alain Payet (Train spécial pour Hitler), et celui, encore plus glauque, des bordels situés dans des camps de concentration où les prisonnières étaient forcées à se prostituer. Cette réalité historique, agrémentée d'une surenchère de tortures, engendrera quelques-uns des représentants les plus ignobles de la nazisploitation : Ilsa la louve SS (Don Edmonds) en 1975, bien sûr, mais aussi Des filles pour le bourreau (Cesare Canevari), "Les déportées de la section spéciale SS" (Rino di Silvestro), "SS Camp 5" et "Horreurs nazies" (Sergio Garrone), "KZ9 Camp d'extermination" (Bruno Mattei), etc.

 

 

Rien de sordide en revanche dans notre Harem nazi : le plus choquant en fin de compte est probablement le fait que quelqu'un ait eu l'idée de réaliser une comédie sur le régime nazi, trois ans seulement après la fin de la guerre, et ce, dans un pays qui fut, un temps au moins, un des plus fervents alliés d'Hitler ! Et pour ce qui est de la comédie, pas question de pamphlet pacifiste à la Chaplin dans "Le dictateur" (et ce, malgré le titre original "Au diable la guerre !"), ni de fable cathartique à la Benigni dans "La vie est belle" : on est ici en présence d'une pantalonnade aux gags lourdingues proche du slap stick qui n'est pas sans rappeler les pires performances de Franco & Ciccio, le célèbre duo que Giorgio Simonelli dirigera d'ailleurs à onze reprises, avec souvent plus de bonheur…

Le début du film laisse justement penser que nous allons avoir affaire à un duo comique du même acabit mais c'est Nino Taranto qui vole la vedette à Giulio Donnini dont le rôle est finalement peu développé. Acteur napolitain peu connu en France, Nino Taranto était, à l'instar de Totò, Erminio Macario ou Aldo Fabrizi, une véritable institution en Italie. Il a participé à plus de 80 films sur une période de près d'un demi-siècle ! On le retrouve notamment au casting de deux comédies de Lucio Fulci : Un type étrange et Les faux jetons, un des huit films dans lesquels il partage l'affiche avec Franco Franchi & Ciccio Ingrassia. Il tournera sept films sous la direction de Giorgio Simonelli, côtoiera Totò à onze reprises dans "Totò contre Maciste" (1962), "Les pompiers chez les pin up" (1949) ou "Les deux colonels" (1962) ; Aldo Fabrizi dans onze films dont "Le quatrième mousquetaire" (1963) ou "Les croulants terribles" (1959) et même Dalida dans "Parlez-moi d'amour" (1961).

 

 

La filmographie de Giorgio Simonelli (alias Johnny Seemonel) s'étend quant à elle sur plus de 40 ans, dans les genres les plus variés, avec bien entendu une prédilection pour la comédie : "Due mafiosi contro Al Capone" (1966) ; "Due mafiosi contro Goldginger" (1965) ; "I due sergenti del generale Custer" (1965) ; "2 corniauds contre Cosa Nostra" (1964) ou "Ces sacrées Romaines" (1960), mais également plusieurs films d'aventures : Robin des Bois et les pirates (1960) ; "Ursus dans la vallée de feu" (1963) ; "Les mousquetaires de la reine" (1952) ou "La cavalerie héroïque" (1936), et même quelques incursions dans le western et la comédie musicale ! A noter également son travail de scénariste sur Duel au couteau de Mario Bava (1966) et Le manoir maudit aka "Metempsyco" (1963).

Harem nazi n'est donc malheureusement pas un titre marquant dans ces impressionnantes carrières : presque tout ici tombe à plat, à commencer par les dialogues humoristiques (peut-être en partie à cause de l'adaptation française signée Pierre Ulmann). Lorsque, par exemple, Davide reproche à Michele d'avoir percuté la porte du château avec son vélo, ce dernier lui rétorque : "Oui, mais si j'avais tourné à droite on serait tombé dans les douves !"… (?) et quand les résistants déclarent qu'ils attendent l'agent 31, Michele leur répond : "Ah ! Tout le monde attend le 31 mais il n'arrive jamais !"… (??)

 

 

Ne parlons même pas de l'indigence des moyens : les projectiles utilisés lors de l'assaut final qui s'écrasent visiblement à quelques centimètres de leur point de départ, ou l'effet de flou des plus malencontreux provoqué par le ralentissement du défilement de la pellicule, censé représenter les effets de l'arme secrète du Professeur Metzieger sur les soldats allemands...

A la rigueur, on sauvera quelques scènes tellement ridicules qu'elles finissent par en devenir drôles : lorsque Michele, vêtu d'une armure médiévale se met à pousser la sérénade pour sa belle, et manque de peu de l'assommer avec le manche de son luth, avant de se transformer en véritable chevalier blanc teuton, ou lorsqu'il s'enfuit à vélo engoncé dans un énorme déguisement de dragon, semant la terreur sur son passage... c'est tout de même bien peu, hélas !

 

 

A noter pour finir que Harem nazi a reçu un accueil plutôt mitigé lors de sa projection dans le cadre de la 66e édition de la Mostra de Venise en 2009.

 

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