Police au service du citoyen, La
Titre original: La polizia è al servizio del cittadino?
Genre: Poliziesco
Année: 1973
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Romolo Guerrieri
Casting:
Enrico Maria Salerno, Giuseppe Pambieri, Daniel Gélin, Venantino Venantini, Claudio Nicastro, John Steiner, Gabriella Giorgelli...
 

A Gênes, suite à un brutal assassinat sur le port, le commissaire Nicola Sironi (Enrico Maria Salerno), aidé de son adjoint Marino (Giuseppe Pambieri), décide de mettre les pieds dans le plat. Il mène dès lors une enquête sans relâche contre la mafia qui rackette les dockers et commerçants de la ville, et réglemente les prix au sein des marchés de gros. Il se heurte tout d'abord à Mancinelli (Venantino Venantini), truand de petite envergure. Pendant ce temps, Lambro (John Steiner), tueur à gages patenté, n'hésite pas à descendre les témoins et autres gêneurs en pleine rue dans Gênes. Petit problème : au fil d'une enquête qui ne cesse de patiner, les témoins potentiels sont abattus les uns après les autres. Bientôt, Sironi s'aperçoit que le ver est dans la pomme : alors que son enquête le mène à Brera (Daniel Gélin), un riche industriel, propriétaire, qui plus est, d'un quotidien, le voici empêché par les instances hiérarchiques supérieures au moment même où la trahison de son collègue Marino, ayant lui aussi trempé dans ce linge sale, est dévoilée. Dès lors, Sironi n'a plus qu'une idée en tête, rendre justice. Même s'il doit la rendre seul et de manière expéditive...

 

 

Evoluant sur un scénario écrit par deux spécialistes du genre (Dino Maiuri et Massimo De Rita), La police au service du citoyen (qui perd son point d'interrogation dans son titre français sans pourtant perdre sa pointe d'ironie), ne jouit pas à l'heure actuelle d'une reconnaissance aussi assise que celle qu'ont pu glaner au fil des ans, Umberto Lenzi ou Fernando Di Leo. Romolo Guerrieri retrouvera du reste ce dernier comme scénariste d'un autre polar plutôt déchainé lui aussi, et surtout de bon aloi : Jeunes, désespérés, violents. On y retrouvait Venantino Venantini ici-présent, mais surtout le film sortait des sentiers battus de par le fait que Milan n'était non pas mis à feu et à sang par des voyous marginaux mais par de jeunes fils de notables et de magistrats. Il était possible en quelque sorte de les voir comme les héritiers, voire les fruits pourris des magistrats placés ici en haut lieu et paradoxalement protégés par des réseaux assassins. Policiers et truands ont assez souvent une chose en commun : le fait de vouloir cacher la vérité à la presse. D'un côté, un éclairage sur les agissements mafieux mettrait fin à des réseaux extrêmement rentables, de l'autre, les méthodes employées par les flics les plus justiciers se doivent d'être, pour être efficaces, à la hauteur des exactions de leurs ennemis. Tant et si bien qu'une fois un haut magistrat coincé, quand ce n'est pas un gros ponte mafieux, la pêche s'avère souvent stérile, les actions ayant conduit à leur arrestation se situant le plus souvent en dehors de la déontologie policière et même carrément hors-la-loi. C'est ce qu'exploite ici Massimo De Rita que l'on retrouvera ensuite derrière les scripts de polars plus connus tels que "La poursuite implacable", Big Racket ou Action immédiate. Rappelons enfin à son propos que De Rita n'est alors pas un nouveau né et s'était fait remarquer à la fin des années 60 en collaborant aux scénarios de "Bandits à Milan" aux côtés de Carlo Lizzani ou de "Roma come Chicago" que filmera Alberto De Martino.

 

 

A vrai dire, et sur les bases du script mentionné ci-dessus, La polizia è al servizio del cittadino? ne commence pas très bien. La première partie s'avère classique et répétitive. On assiste aux exactions de Mancinelli tandis que nos deux policiers subissent plus qu'ils n'agissent. Une première partie qui ne parvient pas vraiment à haranguer son chaland mais qui est finalement relevée, voire sauvée, par les apparitions sauvages et sadiques -quoique fugaces- de Lambro, hautement campé par un John Steiner transformé en Moody Blues du mal. Tandis qu'Enrico Maria Salerno, qui est pourtant un acteur de grand talent (Bandidos) maugrée à qui mieux-mieux, John Steiner, lui, décanille façon diligence de la mort en pleine rue, quand il ne donne pas du lard humain vivant à manger aux cochons. Le ton était donné d'entrée avec cet homme charrié comme une simple marchandise avant d'être laissé pour mort. A mi-parcours cependant, l'intrigue rebondit. D'une part lorsque Sironi découvre qu'un traître travaille à ses côtés et que de l'autre, le génie du mal, tapi derrière tout ça, émerge en la personne de Daniel Gélin. Ni bon ni mauvais mais joué avec professionnalisme entre cynisme et arrogance, le personnage de Brera relance complètement les enjeux. Finalement, faisant amende honorable, le flic traître ayant cédé un temps à la lâcheté, a trop à coeur de se racheter. Tant et si bien que, une fois la hiérarchie du mal remontée, une fois le riche industriel intouchable en apparence démasqué, une fois la solidarité revancharde des deux flics établie (on pense par moments au couple formé par Claudio Cassinelli et Mario Adorf dans La lame infernale que tournera Massimo Dallamano l'année suivante), la machine à broyer est lancée, et le film devient, malgré quelques défauts ici ou là, captivant.

 

 

Le rythme s'accélère, la mise en scène (sous-estimée) de Romolo Guerrieri, déjà brute de décoffrage, se fait de plus en plus tendue, nerveuse, l'agacement du commissaire Sironi se transforme en rage vengeresse, le sadisme prend place des deux côtés, l'étau se referme autant sur les voyous que sur les flics, tandis que côté pamphlet politique et social, le constat se fait de plus en amer, sinon imparable et sans discussion possible. Une seule issue : outrepasser ses devoirs et droits policiers pour rendre justice. Histoire de pimenter le tout d'un esprit vigilante borderline, le désir de venger un collègue assassiné de manière sadique, ne sera pas de trop… bien au contraire.

Dopé par une bonne partition de Luis Enriquez Bacalov et parfaitement campé par Enrico Maria Salerno en pleine forme et dont on finit par suivre l'itinéraire avec un intérêt sans cesse accru, La police au service du citoyen est une sacrée bonne surprise au sein d'un genre qui hélas vira à la caricature à la fin des années 70, oubliant en chemin sa virulence et son esprit peu correct. Quoi qu'il en soit, et peut-être plus que jamais ici, le côté exutoire en fait un excellent (et très typique) représentant du genre, plaçant tranquillement Guerrieri en tête dans la famille Girolami, devant son frère (Flic en jean alias Opération jaguar), et même, pour rester dans le domaine mafieux, devant son neveu Enzo G. Castellari (Big Racket). La polizia è al servizio del cittadino?, empreint d'un bien beau mauvais esprit d'auto-justice et de quelques fulgurances furieuses, violentes et sanguinaires, est globalement une belle réussite qui mériterait à ce jour une reconnaissance à la mesure de sa démesure et de son mépris pour les apparences et la bonne conscience qui vont souvent de pair.

 

 

Mallox

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