Attack of the Puppet People
Genre: Science fiction
Année: 1958
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Bert I. Gordon
Casting:
John Hoyt, June Kenney, John Agar, Michael Mark...
 

Sacré Bert I. Gordon, qui après "The Amazing Colossal Man" s'amuse à réaliser l'exact opposé de cette histoire d'homme géant avec "Attack of the Puppet People", qui comme son titre l'indique tourne autour de quelques personnes miniaturisées. Conscient du décalage entre les deux, il se rend d'ailleurs lui-même hommage en emmenant ses héros encore à leur taille normale au drive-in du coin, où ils assistent à la projection du Colossal Man, avec certainement l'approbation de James Nicholson et Samuel Arkoff, pontes de la mythique American Internation Picture, certainement très satisfaits de voir un peu de pub gratuite pour un de leur film sorti l'année précédente.
Mais revenons à nos moutons : Le Dr. Franz, constructeur de poupées, s'amuse à réduire la taille des personnes qu'il apprécie pour les garder dans sa collection personnelle et pour ne pas être séparé d'eux. C'est que sa femme l'a quitté, et qu'il ne souhaite pas revivre ces durs moment de solitude. Ses dernières "acquisitions" : Sally Reynolds, sa secrétaire, ainsi que Bob Westley, un jeune collègue, qui s'en vont rejoindre quelques autres personnes appréciant leur miniaturisation à des degrés divers. Certains y voient l'occasion de passer la belle vie, mais les nouveaux arrivants ne veulent rien entendre et vont chercher à retrouver leur taille d'origine, rangeant à leur opinion leurs petits camarades...

 

 

Voici donc pour cette histoire, qui à vrai dire a plutôt du mal à démarrer, puisque Gordon prend bien son temps pour présenter les héros. Bien que ne faisant pas de doute, les actes du Dr. Franz sont pourtant gardés officiellement secrets pendant une demie-heure : un secret de polichinelle, puisque le spectateur sait déjà que Sally et Bob vont à un moment où un autre passer à la miniaturisation et que Gordon lui-même place des indices gros comme un Colossal Man (comme par exemple l'emphase placée sur les poupées plus réalistes que les autres, qui ne sont en fait que les humains réduits en plein sommeil artificiel). Pourquoi diantre attendre donc autant de temps pour entrer dans le vif du sujet ? Et bien tout simplement parce que Gordon ne souhaite pas céder au spectaculaire, et qu'il cherche à jouer le jeu jusqu'au bout : il prend le temps de présenter ces personnages, de les faire apprécier des spectateurs, et parce qu'à cette époque un film racontait une histoire de A à Z.
Il ne faut pas non plus oublier que la raison d'être du cinéma fantastique était alors de créer l'émerveillement ou la peur par le biais d'un surnaturel venant directement embrayer sur une réalité concrète, cette même réalité que le réalisateur prend autant de temps à décrire, ce qui du coup rend d'autant plus dépaysante la situation des personnages une fois miniaturisés, et qui de plus permet à Gordon de placer tout un contexte autour de la miniaturisation : celle-ci n'est pas gratuite mais découle du choc vécu par le personnage du Dr. Franz, qui depuis le départ de sa femme ne peut plus supporter d'être abandonné par qui que ce soit.

 

 

Autant qu'un film de science-fiction, "Attack of the Puppet People" est un drame de la solitude, en somme, et à l"instar du Colossal Man du précédent film de Gordon, Franz est davantage pathétique que méchant. Il reste persuadé que ses poupées humaines sont heureuses, il fait tout pour qu'elles le soient : il les nourrit bien, leur donne du champagne, leur propose des bains moussants et leur permet même de danser sur du rock'n'roll.
Il ne s'en rend pas compte de leurs vrais sentiments et tout en cherchant à se faire apprécier d'eux (il est persuadé que c'est le cas, ce qui le rend d'autant plus pathétique), il déclarera à un moment à l'un de ses amis l'interrogeant sur la visite d'un policier qu'il ne supporterait pas de vivre constamment surveillé. Bref c'est un pauvre vieil homme paradoxal, et c'est tout juste si on ne ressentira pas de peine pour lui lorsque ses poupées vont se rebeller et lui saccager le spectacle de marionnettes qu'il préparait. Si on ne le plaint pas totalement, c'est à cause justement de la demie-heure passé en sa compagnie mais aussi en celle de Bob et Sally, joli couple qui souhaitait partir pour se marier, et donc quitter Franz. D'où leur miniaturisation. Les autres poupées humaines sont par contre bien moins intéressantes que ces deux là, et du reste Gordon s'en désintéressera vers la fin.
Maintenant, il ne faudrait pas croire non plus que le film ne recèle aucune trace d'action et qu'il passe totalement à côté de son sujet (disons qu'il passe à côté de l' "Attack" pour se concentrer sur les "Puppet People", lesquels n'attaquent rien ni personne si ce n'est les sentiments de Franz). Si nous ne sommes effectivement pas dans "L'Homme qui rétrécit" (Jack Arnold, 1957), il y a tout de même de nombreuses scènes dignes de ce que l'on attendait d'une production de ce type. C'est l'occasion de voir évoluer des personnages au milieu de décors géants, avec quelques obstacles par-ci par-là (un rat, un chien) et quelques scènes d'escalades sur du mobilier.

 

 

Les effets spéciaux sont très réussis, et la formation de Bert I Gordon dans le domaine des effets spéciaux se ressent. Sa mise en scène est souvent relative à ces effets : c'est ainsi que dans les scènes où il présentera les humains miniatures, il emploiera quasi systématiquement la contre-plongée, "écrasant" les personnages au milieu de meubles jamais intégralement montrés à l'écran. On ne verra ainsi jamais une table entière : juste l'une de ses pattes. Même chose pour les portes, les voitures, etc... Seul un seul plan est vu vraiment de face, celui avec un téléphone géant : c'est probablement le décor le plus élaboré du film. Bien sûr, parfois, les proportions ne sont pas fidèlement respectées ou encore des surimpressions sont décelables (quand par exemple Gordon doit placer Franz et une de ses poupées dans le même plan) mais dans l'ensemble, rien de honteux, bien au contraire.
Bert I. Gordon est décidément un réalisateur talentueux. Ses films contiennent non seulement tout ce qui fait le charme de ces années d'or de la science-fiction, ces choses qui sont aujourd'hui vu comme des clichés ou comme de la naïveté et que l'on peut aussi bien trouver barbantes que plaisantes, mais ils se révèlent néanmoins soignés, honnêtes, sans esbroufe tapageuse et faisant preuve d'une imagination débordante pour palier à une technique parfois déficiente. "Attack of the Puppet People" n'échappe pas à la règle.

 

 

Note : 7/10

 

Walter Paisley
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