Et ma soeur ne pense qu'à ça
Titre original: Mijn zuster denkt alleen daaraan
Genre: Erotique , Drame
Année: 1970
Pays d'origine: Belgique
Réalisateur: Henri Xhonneux
Casting:
Nathalie Vernier, Diane Dee, Christian Maillet, Vanina Cranfield, Jacqueline De Meester, Numa...
Aka: Débauche de majeures / Take Me, I'm Old Enough / Die Pornoschwestern
 

Réalisé la même année que Brigade Anti-Sex, c'est-à-dire en 1970, Et ma soeur ne pense qu'à ça s'avère bien différent du premier nommé, et pourtant le réalisateur (ainsi qu'une partie du casting) est identique. On ne reviendra pas sur le parcours de Henri Xhonneux, pour cela il convient de se reporter à la précédente chronique de Brigade Anti-Sex. Là où ce dernier se rapprochait plus de la pochade à visionner au troisième degré, Débauche de majeures (autre titre du film) adopte un ton plus sérieux et se montre plus abouti au niveau de la mise en scène. Xhonneux a probablement puisé sa trame dans le cinéma d'exploitation américain des années '60, si bien que son film peut rappeler certaines oeuvres de Joseph W. Sarno ou Michael Findlay, voire même Russ Meyer.

 

 

L'histoire est la suivante. Dans une maison retirée à la campagne vivent deux soeurs. L'une (l'aînée) est blonde et s'appelle Jeanette. Elle passe une partie de son temps à s'occuper de sa soeur Eve (brune quant à elle), paralysée des deux jambes et du bras droit à la suite d'un violent choc psychologique. Aussi différentes soient-elles, les deux frangines ont pourtant un point commun, basé sur la frustration sexuelle. Jeanette est devenue une vieille fille avant l'heure, s'habillant comme un sac, négligeant de se maquiller et, pour couronner le tout, chaussant d'affreuses lunettes qui accentuent encore plus son look de rombière. Pas un homme ne la regarde, à l'exception d'un voisin paysan au regard libidineux. Quant à Eve, son quotidien consiste le plus souvent à se masturber avec sa main valide, bien que Jeanette s'évertue à l'attacher afin qu'elle ne puisse se livrer à des activités que la morale réprouve. Lorsque l'aînée surprend la cadette en train de se titiller le clitoris, elle la ligote sur son fauteuil roulant avant de la fouetter avec vigueur.

 

 

Mais tout bascule lorsque Jeanette reçoit un coup de fil du notaire attaché à la famille. Leur oncle (Gaston de la Treille), récemment décédé, avait rédigé un testament dans lequel il léguait à ses deux nièces toute sa fortune. Une moitié pour Eve, l'autre pour Jeanette. A une condition seulement : que celles-ci ne soient plus vierges. C'est le cas pour Eve, mais Gaston savait que Jeanette avait préservé son pucelage. L'ultimatum de tonton est donc sans appel, Jeanette dispose de trois jours pour se faire déflorer, sans quoi sa part reviendra à Eve. De plus, signe que l'oncle Gaston était doté d'un sens de l'humour particulier, il a précisé dans son testament que le notaire (qu'il savait porté sur la chose) pourrait se porter volontaire en cas de besoin.
Profondément choquée, Jeanette rentre à la maison, pour découvrir qu'Eve a été violée par un intrus. Un viol qui a eu un effet pour le moins inattendu, celui de faire disparaître le traumatisme subi par la jeune femme dans le passé. La voilà qui a retrouvé l'usage de la parole, et de ses membres...

 

 

Tourné en 1970, donc, Débauche de majeures fut assez rapidement exploité en Belgique et en Allemagne, mais seulement trois ans plus tard en France (sortie parisienne en août 1973). Lorsqu'on lit le résumé dans La Saison Cinématographique 1974, on apprend que les héroïnes avaient été rebaptisées Josiane et Noëlle. La critique était sans surprise mitigée, mais qu'ont dû penser à l'époque les spectateurs ayant acheté leur billet, persuadés d'aller voir un film érotique "olé-olé", ce que n'est évidemment pas Et ma soeur ne pense qu'à ça. En trois années, le cinéma érotique s'était en effet enhardi, et commençait à flirter sérieusement avec le hardcore. Alors que le film de Xhonneux, avec son noir et blanc et ses effeuillages soft, renvoyait plutôt aux nudies du début des sixties.

 

 

De ce fait, Débauche de majeures a dû passer pour un OVNI à l'époque de sa diffusion, non seulement à cause de son noir et blanc suranné, mais également pour le ton parfois décalé de certaines scènes, comme celle où le violeur menace Eve prisonnière de son fauteuil roulant, tout en dégustant un poulet rôti entier à pleines dents. Xhonneux alterne le cocasse (la scène de la lecture du testament) et la poésie (Eve, après avoir retrouvé l'usage de ses membres, exprime sa joie dans les bois, enlaçant notamment un arbre, puis l'embrassant). Et si le casting est constitué d'acteurs débutants ou peu aguerris, le réalisateur a la chance d'avoir pour l'occasion deux actrices qui, pour reprendre une expression, font le job. Ce qui n'était pas garanti au départ car les deux actrices, à l'époque (Nathalie Vernier dans le rôle d'Eve, Diane Dee dans celui de Jeanette), n'avaient respectivement qu'un et deux films au compteur.

 

 

Mais Henri Xhonneux a su tirer le meilleur des deux jeunes femmes, exploitant avec justesse leur frustration sexuelle, causée dans un cas par une infirmité et dans l'autre par une forme de renoncement. Jeanette sacrifie sa vie de femme afin de s'occuper de sa soeur cadette. Mais là où le sexe fait honte à Jeanette, il reste présent chez Eve, très fortement même. Si bien que le contraste entre les deux soeurs est flagrant, avec d'un côté une femme paralysée qui suscite le désir chez les hommes, et de l'autre une vieille fille parfaitement valide qui inspire la pitié. Mais la dernière partie du film voit la "chenille" se métamorphoser en papillon. Délivrée de la charge de sa soeur, Jeanette redécouvre son corps et par la même occasion le désir. Cette partie comporte également de très bons moments mais n'évite cependant pas quelques longueurs, notamment lorsque Jeanette arpente une galerie commerciale puis, plus tard, effectue un strip-tease devant le notaire qui n'en demandait pas tant. On voit encore une fois les limites du réalisateur (comme dans Brigade Anti-Sex) pour aller jusqu'au bout d'un long métrage, bien qu'au final Et ma soeur ne pense qu'à ça n'excède pas les soixante-quinze minutes. Mais cela ne retire rien à ses qualités, par ailleurs.

 

 

Contrairement à Brigade Anti-Sex, Débauche de majeures a bénéficié d'une sortie en dvd chez les Allemands de Candybox, en octobre 2014. Un master manifestement originaire des Etats-Unis, à en juger par le titre visible au générique : "Take Me, I'm Old Enough", et de très bonne qualité. L'occasion de (re)découvrir l’oeuvre d'un cinéaste iconoclaste s'étant appliqué à livrer un film d'exploitation, qui aurait certainement plu à ses confrères d'outre-Atlantique.


Flint

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