Samson contre le corsaire noir
Titre original: Sansone contro il corsaro nero
Genre: Aventures , Piraterie , Peplum
Année: 1964
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Luigi Capuano
Casting:
Alan Steel (Sergio Ciani), Rosalba Neri, Piero Lulli, Andrea Aureli, Enzo Maggio, Elisa Mainardi, Nello Pazzafini...
Aka: Hercules and the Black Pirates
 

Dans une colonie espagnole des Indes occidentales, une violente attaque des hommes du corsaire noir (Andrea Aureli) est victorieusement repoussée par les troupes royales au sein desquelles s'illustre particulièrement le capitaine Samson (Sergio Ciani), à la force herculéenne et à l'intelligence aiguisée. Deux qualités qui ont séduit la fille ainée (Rosalba Neri) du gouverneur, mais hélas les origines modestes et roturières de Samson rendent leur amour impossible...

 

 

Bon... pas grand-chose à dire sur Samson contre le corsaire noir , qui ressemblerait à la plupart des séries B de piraterie qui furent produites à la chaine à Cinecitta dans les années 60, s'il n'y avait la présence d'un héros de Péplum, le musculeux Samson incarné par Alan Steel, dans le rôle-titre. Mais cela reste du pur divertissement familial comme on n'en fait plus, avec un héros au cœur pur, un traitre fourbe et calculateur (Piero Lulli, le frère mince du gros Folco), et des bons sentiments qui triompheront à la fin alors que les méchants seront punis. On tiquera un peu plus sur l'humour, certes bon enfant mais surtout enfantin dispensé par une fillette blonde, somme toute plus sympathique qu'énervante, et par un couple dysfonctionnel constitué par un petit gros vantard et une virago dominatrice. Bref, c'est sympathique sans plus, l'absence de débordement "nawatesque" ou kitsch qui font en partie le sel du péplum fantastique classique se faisant quand même cruellement sentir. Par contre, la présence d'un extrait de ce film dans le documentaire d'Arte sur les Bahnhof-Kino ("Cinéma Perverso") pour illustrer la programmation Z de bas niveau des cinémas de gare allemands (avant qu'ils ne basculent dans le sexe et le trash), est pour le moins imméritée.
Précisons que le corsaire noir du titre n'a pas plus de rapport avec celui d'Emilio Salgari (dont Sergio Sollima, entre autres, fit un film) que le Samson de ce métrage n'en a avec le personnage biblique.
Donc, faute d'arriver à en dire plus sur le film lui-même, je profite de cette "tribune" pour élargir le sujet sur les péplums hybrides, des péplums sans péplums en quelque sorte, qui marquèrent la fin du genre et dont le présent métrage est un exemple parfait.

 

 

Le Péplum sans péplum -
Né en 1958 avec le formidable succès mondial des Travaux d'Hercule le Péplum fantastique avec culturiste (le "muscles operas" des anglophones) va très vite s'affranchir de la mythologie grecque, et donc du personnage d'Hercule, pour aller explorer une heroïc-fantasy allant de la proto-histoire totalement imaginaire au Moyen Âge de carnaval (en passant par l’Égypte pharaonique, la Mésopotamie, divers stades de la Rome antique, les grandes invasions, le Bagdad des mille et une nuits, les invasions mongoles et l'Amérique pré-colombienne) via le personnage de Maciste, son ancêtre cinématographique (qui fut lui-même, après sa naissance "antique" dans Cabiria, un héros de films d'aventures contemporaines à l'époque du muet, le personnage d'esclave nubien s’étant transmuté en son interprète italien), puis ses déclinaisons : Ursus, Samson et Goliath, qui n'ont aucun rapport avec leurs ancêtres littéraires ou bibliques (à l'exception du génial et semi-parodique Le Grand défi) si ce n'est d'avoir une force herculéenne.

 

 

A vrai dire, dès ses débuts le "muscles opera" va frayer avec le Péplum historique et son acteur "séminal" (dédicace à monsieur Medusa), s'échapper dans le film d'aventures plus ou moins exotiques. Une des raisons à cela, purement anecdotique, est que Steves Reeves, dès qu'il put se permettre d'avoir des exigences (donc dès son second film), demanda d'une part à être doublé dans toutes les scènes d'action (et il le sera par un dénommé Sergio Ciani), d'autre part à avoir le moins de scènes possibles torse nu. Ceci non pas par pudeur excessive mais tout simplement parce que pour que Steves Reeves se transforme en Monsieur Univers à la musculature pectorale impressionnante, il lui fallait près de deux heures d'entrainement intensif avec un coach masseur venu des USA (du fait de problèmes de circulation sanguine dans des muscles hypertrophiés par l'excès d'anabolisants) avant le début du tournage, tournage qu'il débutait donc complètement exténué et incapable du moindre effort prolongé.
Bref, dès l'origine du genre, le culturiste de péplum tenta justement de s'en affranchir. Quoi qu'il en soit, durant sa courte existence (1958 - 1965), le péplum fantastique accoucha de films hybrides plus ou moins monstrueux, qu'il est, la cinéphilie n'étant pas de la taxonomie, assez difficile de classer dans le genre ou pas. Mais durant ces années, la déferlante fut telle qu'on dénicha le ban et l'arrière-ban du culturiste ayant ambition de faire du cinéma, non sans quelques difficultés (la consommation de stéroïdes n'ayant pas à l'époque atteint l'Europe continentale). C'est ainsi qu'un maitre nageur de 19 ans repéré sur les plages du Lido fut propulsé vedette (Kirk Moris / Adriano Bellini), ou qu'on alla chercher jusqu'en Iran le très improbable Ilush Khoshabe, qui tourna sous d'encore plus improbables pseudonymes.

 

 

Du coup, dès 1962 on avait atteint le sommet de la vague, et le très réussi "Les Titans" avec son "anti-culturiste" en vedette, le svelte et bondissant Giuliano Gemma, préfigure clairement la fin des "muscles operas". Aussi, quand en 1963 le pas très bien nommé Fortunato Misiano et sa maison de production la "Romana Film" prennent le train en marche, celui-ci est en train de décélérer nettement. Mais les productions du sieur Fortunato (je ne me lasse pas de son prénom) se distinguent du tout venant du genre grâce à une originalité : celle de transposer le héros de péplum (Maciste, Samson ou Goliath) dans un autre type de films que le Péplum. Nos personnages à gros biscotos seront donc propulsés dans des films de pirates ("Samson l'invincible" / "Sansone contro i pirati" en 1963 et le présent Samson contre le corsaire noir), ou des "Cape et d'épée" ("Maciste contre Zorro" / "Zorro contro Maciste", "Goliath et le cavalier masqué" / "Golia e il cavalière mascherata", tous deux de 1963), ou même dans un western à l'allemande à l'occasion d'une coproduction avec la Constantin film (Samson et le trésor des Incas). Cette originalité, on ne sait trop si elle due à la volonté de se démarquer des productions concurrentes dans un genre en perte de vitesse ou à celle de rester dans des domaines (celui des films d'aventures historiques) déjà maitrisés par la "Romana Film". Une originalité somme toute assez limitée car, comme on l'a vu précédemment, dès 1959 Steves Reeves puis ses émules avaient tourné dans des films d'aventures, mais pas en tant qu'avatar du mythe herculéen. Une originalité consistant pour l'essentiel à remplacer les duels à l'épée par des combats à mains nues, avec des démonstrations de force du héros restant dans les limites du crédible.

 

 

La vedette de ces Péplums hybrides à la sauce Fortunato, c'est Alan Steel / Sergio Ciani. A vrai dire, la série débuta avec l'autre vedette italienne de Péplum, Kirk Morris (Adriano Bellini), dans "Samson l'invincible" / "Sansone contro i Pirati", mais dans les films suivants il sera remplacé par Alan Steel. Si ce dernier a un physique moins avantageux que son cadet, il compense par un beaucoup plus grand professionnalisme, supervisant lui-même les scènes de bagarres. N'oublions pas qu'il commença comme cascadeur avant de devenir doublure de Steves Reeves, puis d'enchainer les rôles de plus en plus importants jusqu'à co-vedette et enfin acteur principal à partir du présent film. La fin du Péplum marquera un net ralentissement de sa carrière, mais celle-ci se poursuivit jusqu'au crépuscule des années 70, et il côtoya même une toute jeune Victoria Abril dans une zederie italo-espagnole où il joua le rôle de Robin des Bois. L'aura quasi légendaire (et totalement usurpée), pour ceux qui n'ont pas vu ces films, qui aujourd'hui entoure Samson et le trésor des Incas dans le petit milieu bissophile et, uniquement à cause de son titre, "Maciste contre Zorro" dans le milieu hélas plus large des "débiles légers qui se croient malins" fait qu'Alan Steel n'est pas aujourd'hui totalement oublié. Personnellement, je retiendrai qu'au cours de sa carrière il fut peut-être le seul acteur (mais je peux me tromper) à avoir incarné (en version originale) Hercule, Maciste, Ursus, Samson et Goliath (le grand chelem donc), et surtout qu'il fut le héros d'un des joyaux mésestimés du Péplum : Le Grand défi.

 

 

 

Sigtuna

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