Dernier appel
Titre original: L'assassino... è al telefono
Genre: Giallo , Thriller
Année: 1972
Pays d'origine: Italie / Belgique
Réalisateur: Alberto de Martino
Casting:
Anne Heywood, Osvaldo Ruggieri, Telly Savalas, Willeke van Ammelrooy, Rossella Falk, Antonio Guidi, Roger Van Hool, Ada Pometti, Alessandro Perrella...
Aka: The Killer is on the Phone / Scenes from a Murder / Moordenaar aan de telefoon (Titre flamand)
 

A Bruges... Alors qu'elle se trouve aux alentours du port, devant une cabine téléphonique, Eleanor tombe nez à nez avec un homme (Telly Savalas) en train de boire, avant de s'évanouir choquée.

 

 

Emmenée d'urgence à l'hôpital, on apprend qu'Eleanor a perdu la mémoire sur les cinq dernières années de sa vie. Celle-ci ne se rappelle plus qu'elle a épousé George (Giorgio Piazza) tandis que son ancien compagnon, Peter (Roger Van Hool), est mort dans des circonstances mystérieuses. Cela ne l'empêchera toutefois pas d'entretenir au présent une liaison avec Thomas (Osvaldo Ruggieri), son compagnon de réplique, notamment pour la pièce de théâtre dans laquelle elle joue : Lady Godiva. Mais comme si cela ne suffisait pas, comme si tout n'était pas suffisamment embrouillé, voici que l'homme aperçu sur le port se met à tuer les gens qui l'entoure. Bientôt Dorothy, sa meilleure amie, est tuée à coups de couteau. Cependant, Margaret Vervoort (Rossella Falk), la directrice du théâtre, émet bientôt une hypothèse : et si Eleanor simulait l'amnésie afin de cacher des secrets assassins. A ce propos, que fait-elle du domaine hérité de Peter qui vaut une fortune et dont elle ne parle jamais ?

 

 

L'assassino... è al telefono, sorti en France en vidéo sous le titre Dernier appel, est le troisième thriller signé Alberto De Martino après "Perversion" avec Robert Hoffmann et Dorothy Malone et "L'uomo dagli occhi di ghiaccio" (The Man with Icy Eyes) avec Antonio Sabato et Barbara Bouchet. On pourrait lui rajouter Le manoir de la terreur, tant le genre gothique y foulait les mêmes terres que le giallo tendance machination. Un titre quoi qu'il en soit plutôt oublié, devenu rare, mais exhumé récemment en dvd dans une belle copie chez Cinékult. Méprisé donc, souvent objet à raillerie, L'assassino... è al telefono n'en mérite pas tant et semble avoir récolté le fruit pourri de sa singularité. Attention, je ne dis pas que Dernier appel est un très bon film, c'en est d'ailleurs à peine la moitié d'un bon. Ceci étant, il sort des sentier battus, s'extirpant de lui-même des deux principaux pendants du genre : d'un côté la machination est belle et bien présente (et justifie son appartenance au genre à elle seule) mais en retrait ; de l'autre, les meurtres et mises à mort élevées au rang d'art par d'autres y sont assez rares. Quant au thriller transalpin, jaune ou pas jaune, il a déjà vu passer des amnésies meurtrières et il en reverra passer, ce sera le cas la même année de L'homme sans mémoire, par exemple, tandis que l'ombre d'Hitchcock et sa "Maison du docteur Edwards" planent ici par procuration...

 

 

Loin d'être ridicule mais loin d'être convaincant pour autant, L'assassino... è al telefono souffre principalement d'un défaut : sa lenteur. Le rythme est défaillant sinon linéaire ou absent, et les deux éléments, qui à ce niveau le relèvent, sont la superbe photographie d'Aristide Massaccesi (Mister Joe D'Amato pour les intimes) et l'entêtante musique de Stelvio Cipriani. Deux atouts de poids qui font de cette histoire assez lambda, couchée sur papier par pas moins de cinq noms dont Adriano Bolzoni et Renato Izzo, un objet ampoulé, emphatique et vaporeux. L'impression globale est de ne pas avoir su rendre suffisamment immersive cette nouvelle plongée dans une psyché dangereusement menacée, de zigzaguer régulièrement entre classicisme américain, banalité et platitude, mais d'avoir néanmoins pris soin d'emballer le tout de façon à rendre le film envoûtant. En tout cas, dans l'intention. Ainsi, flashback, temps présent et recouvrement de mémoire par bribes se succèdent dans une seconde partie où sévira notre assassin dont les motifs sont censés nous échapper. Juste avant, la première partie aura eu le temps de mettre nos nerfs à l'épreuve, celle-ci consistant en un interminable jeu de chat et de la souris entre Anne Heywood et Telly Savalas ; ce dernier la suit, prêt à la tuer afin d'éliminer le témoin d'un fait qu'on ignore, avant de se rendre compte de son amnésie puis de se raviser pour dessouder son entourage. Le plus étonnant est que cette partie, distendue, se veut filmée façon "Vertigo", devançant même de quelques années le Obsession de De Palma, tentant de faire du segment un morceau de bravoure charmeur. Hélas, aucun romantisme à l'horizon entre les deux parties, et il faut bien le dire en toute honnêteté, Telly Savalas, en tueur professionnel silencieux, est très loin ici d'avoir la classe d'un Bronson auquel le rôle aurait pu échoir ("Le passager de la pluie"). Heureux que Anne Heywood ("Les religieuses du Saint Archange", "Ring of Darkness") soit si convaincante, autrement le spectateur aurait pu déserter depuis loin. A noter cependant un petit brin de malice de la part de De Martino, celui de lui faire interpréter le rôle de Lady Godiva alors que l'actrice fit ses débuts au cinéma dans "Lady Godiva Rides Again" en 1951.

 

 

On peut aussi parler de banalité à propos de L'assassino... è al telefono. Finalement, le script se déroule de façon tellement logique, contrairement à d'autres pellicules giallesques contenant moult invraisemblances et trous narratifs béants, qu'on a tôt fait d'anticiper sur les rôles tenus par chacun à l'écran ainsi que sur leurs motivations. Aussi, quand surgit l'explication finale, balancée, que dis-je, crachée en une phrase, on reste hébété devant le motif ; celui-ci paraît tellement tiré par les poils du minou que tout ce qu'on a vu jusque là en devient obsolète. Quant au téléphone, il est loin d'être aussi présent que le titre original ne le laisse penser et induit d'entrée le spectateur en erreur, lequel aura le droit de s'attendre à un thriller téléphonique avec frissons sur la ligne pour se retrouver avec de la friture et poudre de perlimpinpin dans les mirettes.

Reste la présence de certains acteurs qui le relève d'un cran. Celles de Roger Van Hool (qui entamait là une grosse carrière aux Pays-Bas et en Finlande mais qu'on verra aussi en France chez Delvaux) et Giorgio Piazza ("Société anonyme anti-crime") sont fantomatiques, tandis qu'Osvaldo Ruggieri (Jeunes, désespérés, violents) paraît bien palot ; Willeke van Ammelrooy, qu'on connaît mieux chez Jean-Marie Pallardy (Règlements de femmes à O.Q. Corral, L'arrière-train sifflera trois fois, Le journal érotique d'un bûcheron, L'amour aux trousses), en revanche, convainc tout à fait. Celle qui toutefois remporte la manche, outre Anne Heywood ici excellente, c'est Rossella Falk, habituée au genre, avec des titres tels que La tarentule au ventre noir, Journée noire pour un bélier, Sept orchidées tachées de sang ou plus récemment Le sang des innocents ; elle dégage ici une sécheresse et un mauvais esprit assez contagieux...

 

 

On conclura enfin en signalant qu'Alberto de Martino fait preuve de beaucoup de solidité dans sa réalisation. Le metteur en scène est capable, on le sait, et ses films, même partiellement réussis, voire complètement ratés, sont souvent intéressants et originaux (Le manoir de la terreur, "L'affaire Lady Chaplin", Ci risiamo, vero Provvidenza?, Holocaust 2000...). Disons que pour le coup, sa tentative est trop inégale et ne peut prétendre qu'à un classement moyen. Le problème finalement, outre un scénario aussi téléphoné que le titre du film, est la présence d'un Telly Savalas dont la performance muette se situe entre l'énorme et le grotesque. Un peu comme ces scènes sauvages, à la fois baroques et ridicules, où, affublé de lunettes noires et d'un couteau, il perpétue ses crimes comme un dérangé. Chose pour le moins surprenante venant d'un tueur professionnel qui, par éclairs, semble se rappeler avoir joué un tueur psychopathe dans "Les douze salopards"...

 

Mallox

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