Ursula et Dagmar Beyne, deux soeurs d'origine autrichienne, viennent passer des vacances en Italie, sur la côte amalfitaine, au bord de la mer tyrrhénienne. Cela pourrait être des vacances idylliques si Ursula n'était pas complètement névrosée, suite à un traumatisme d'enfance. Elevées par leur père, car abandonnées très jeunes par leur mère, une actrice renommée, Ursula et Dagmar ont vu leur père sombrer peu à peu dans la dépression. D'abord devenu impuissant, celui-ci a fini par se suicider. Si Dagmar a fini par exorciser le passé, il n'en est pas de même pour Ursula, la soeur cadette, âgée à présent d'une vingtaine d'années. Et dès leur arrivée à l'hôtel, elles entrent déjà en conflit. L'une ne supporte pas la présence, et encore moins le contact des autres ; l'autre, au contraire, a la libido particulièrement éveillée sous le soleil de l'Italie.
D'ailleurs, Dagmar ne tarde pas à être repérée par la gent masculine qui gravite dans les parages. Deux hommes, notamment, lui font les yeux doux : Roberto Delleri, le directeur de l'hôtel, séducteur à la cinquantaine bien tassée, et Filippo Andrei, un jeune homme difficile à cerner, aux activités apparemment louches et accroc à la cocaïne. Filippo est l'ex-amant de Stella Shining, une chanteuse de seconde zone qui se produit durant l'été dans le night-club de l'hôtel. Bref, si l'on excepte Ursula, la plupart du temps recluse dans sa chambre, les autres personnages principaux pourraient se contenter de chassés-croisés amoureux dans cette station balnéaire propice au farniente. Sauf que voilà, on découvre le cadavre d'une prostituée horriblement mutilé. Puis, les corps d'un couple de mineurs ayant fugué sont retrouvés à proximité de l'hôtel...
"The Sister of Ursula" fait partie de ces gialli réalisés à la fin des années 1970, et qui annonçaient le chant du cygne d'un genre au passé prestigieux. On a ici affaire à un thriller fortement teinté d'érotisme, à l'image du "Play Motel" de Mario Gariazzo (1979) ou du "Giallo a Venezia" de Mario Landi, réalisé la même année. A un crime succède une scène érotique, pour une histoire qui hésite entre deux genres et au scénario relativement baclé. L'une des rares originalités, dans "The Sister of Ursula", est l'arme du crime, puisque le tueur massacre ses victimes par le biais d'un olisbos, plus communément appelé godemichet, voire "sex toy", mot très à la mode depuis quelque temps. Mais ici, point de "jouet", car l'objet en question est en bois massif et cause une mort certaine aux infortunées victimes empalées par cet ustensile. L'olisbos servira d'ailleurs également d'arme du crime, la même année, dans un autre giallo : "Enigma Rosso" ("Red Rings of Fear", "Virgin Terror"), de l'espagnol Alberto Negrin, et avec Fabio Testi dans le rôle principal.
"The Sister of Ursula" a été réalisé par le méconnu et peu prolifique Enzo Milioni, qui est parvenu néanmoins à réunir un casting honorable pour ce giallo sans grandes qualités. Le rôle d'Ursula est joué par Barbara Magnolfi ("Suspiria", "Amazonia la Jungle Blanche") et celui de sa soeur Dagmar par Stefania D'Amanio ("Les Déportées de la Section Spéciale SS", "L'Enfer des Zombies", "L'Avion de l'apocalypse").
Et puis, incarnant Filippo, nous retrouvons le regretté Marc Porel, mort en 1983 d'une méningite provoquée par une overdose de drogue. Né Marc Michel Marrier de Lagatinerie, il était le fils de Gérard Landry, acteur notoire et se maria avec Barbara Magnolfi en 1977, avec qui il joua dans trois films, dont celui-ci. Marc Porel a aussi bien joué pour le cinéma traditionnel que dans le bis, et l'on se rappelle de ses apparitions dans "La Longue nuit de l'exorcisme" et "L'Emmurée vivante" de Lucio Fulci.
Le casting ne parvient cependant pas à sauver le film de sa médiocrité, qui plus est desservi par une musique abominable, variété particulièrement indigeste. Dans ce décor de carte postale, les acteurs ne semblent pas vraiment croire à leurs personnages, aussi bien dans les scènes de meurtres (peu réalistes) que dans les scènes érotiques (à la fois poussées et poussives, si l'on peut dire). Même l'intrigue secondaire, où il est question d'un trafic de drogue, ne réussit pas à retenir notre attention.
Si bien qu'à titre de comparaison, un réalisateur comme Lamberto Bava, au talent pourtant limité, fera bien mieux dans le genre, à l'orée des années 1980. C'est dire.
Note : 4/10
Flint