Doigts du diable, Les
Titre original: Demonoïd : Messenger of Death
Genre: Horreur , Possession , Satanisme
Année: 1980
Pays d'origine: Mexique / Etats-Unis
Réalisateur: Alfredo Zacarias
Casting:
Samantha Eggar, Stuart Whitman, Roy Jenson, Narciso Busquets, Jose Chávez, Haji, Lew Saunders, Ted White...
Aka: Macabra
 

Jennifer Baines (Samantha Eggar), une femme d'origine britannique, arrive au Mexique afin de retrouver son ingénieur de mari (Roy Cameron Jenson). Celui-ci est alors fortement occupé à tenter de convaincre les hommes qui travaillent à l'exploitation de sa mine d'argent de se remettre au travail. Ces derniers refusent de braver la légendaire malédiction antique qui hante les lieux.
Afin de prouver aux mineurs mexicains qu'ils n'ont rien à craindre de ces lieux, les deux époux pénètrent alors en premier dans la mine. Ils tombent tout d'abord nez à nez avec une rangée de cadavres momifiés auxquels il manque la main gauche. Puis, ils découvrent ce qui ressemble à un petit coffre contenant une main. Après l'avoir ramené chez eux, ils s'aperçoivent qu'ils viennent de libérer un véritable démon... Une entité ayant la fâcheuse "manie" de vouloir posséder la paluche gauche de tout un chacun. De fait, il se révèle autant volatile - passant d'un être humain des plus ordinaires à un autre - que dangereux.
Les superstitions autochtones étaient donc justifiées, et les cadavres découverts dans la mine, à n'en plus douter, se trouvaient là à des fins de procession et de culte satanique. Une nuit, alors que les époux Baines sont endormis, la mimine trouvée dans la mine commence à peloter une jambe de Jennifer, à même le lit !


Autant dire qu’un coup de main du prêtre local, le père Cunningham (Stuart Whitman), ne sera pas de trop devant cette diabolique malédiction alors en plein réveil et qui ne tardera pas à se déchaîner. En attendant, la seule solution, pour un possédé de l'avant-bras ne voulant plus se voir diriger par celui-ci, est de la couper. Le problème qui se pose, alors, est que le dit membre a une fâcheuse tendance à se carapater pour s'en aller sévir plus loin.

 

 

Alfredo Zacarias n'est plus un néophyte lorsqu'il réalise en 1980 ces Doigts du diable. Celui-ci est déjà fort d'une expérience d'une vingtaine d'années comme producteur et scénariste, au sein de genres les plus divers allant de scripts pour la série des Santo ou des Capulina ("Santo contra Capulina" de René Cardona en 1969, qu'il produira du même coup) ou des comédies signées Cardona Jr mettant en scène Silvia Pinal. Il met lui-même en scène ses scénarios, depuis la fin des années soixante, avec des "oeuvrettes" telles que "Capulina Speedy Gonzalez" ou "El karateca azteca". Autant dire que l'on n'a pas affaire, en 1980, à un réalisateur manchot même si son domaine de prédilection tenait plus, jusque là, du registre de la comédie.


Une fois n'est pas coutume, notre réalisateur décide de se sortir les doigts du cul, puis de prendre les choses en main pour tourner un vrai film d'horreur. Le film sera produit par Miguel Zacarías, qui fit en son temps découvrir des stars telles que María Félix ou Pedro Armendáriz et qui dispose donc, en plus de fonds, d'un certain crédit. Il sera secondé par Paul Bagley (déjà co-producteur de "The Bees", le précédent film de Zacarias fils), ainsi que par Valley Hoffman, assistant réalisateur sur La colline a des yeux de Wes Craven, tourné trois ans avant.
Afin de s'assurer une affiche digne de ce nom, en plus de recettes escomptées, on convoque quelques acteurs ayant un certain prestige comme Samantha Eggar, qui vient de tourner Chromosome 3, ou encore Stuart Whitman qui semble ne pas avoir eu le temps d'ôter sa soutane depuis "Guyana - la secte de l'enfer". Pour l'anecdote, on mentionnera la présence, dans un petit rôle, de Haji, une starlette aperçue jusque là dans certains Russ Meyer ("Faster, Pussycat! Kill! Kill!", "Supervixens") ou bien dans Ilsa, gardienne du harem, ainsi que celle de l'immense José Chávez ("Les Professionnels", La horde sauvage, "Butch Cassidy et le Kid", "Sierra torride", pour ne mentionner que ses rôles de "mexicanos" au sein de westerns progressistes).

 

 

Les doigts du diable n'est certes pas un film majeur, ni même le premier film à vouloir épouvanter à partir d'une histoire de phalanges diaboliques. On se souvient de La main du diable inspiré de Gérard de Nerval et réalisé par Maurice Tourneur, de La bête aux cinq doigts réalisé par Robert Florey et chroniqué ici-même ; on pourra aussi évoquer les diverses adaptations des "Mains d'Orlac" (celle de Karl Freund avec Peter Lorre, qui a décidément mis les deux pieds dans le genre "film de main courante", ou encore celle plus tardive de Edmond T. Greville avec Mel Ferrer et Christopher Lee)... On ne va pas toutes les énumérer, disons que cette bobine, qui paraîtra autant cheap que sympathique, devance la livraison roublarde et "putassière" d'un Oliver Stone, puisant à la fois chez Maurice Renard (Orlac) et pompant Kubrick et son Shining pour livrer en 1981 "La main du cauchemar", film de piètre intensité et, somme toute, assez décevant.
Dire que Demonoïd : Messenger of Death offre un meilleur spectacle serait abuser. Toujours est-il qu'il se montre plus décomplexé et, de fait, moins mécanique. De là il s'en dégage un certain charme. Il est difficile de ne pas s'amuser, ou tout du moins de passer un moment plutôt agréable à sa vision. Le rythme, malgré une mise en scène désespérément plate, est, sinon soutenu, en tout cas relevé par quelques scènes assez efficaces qui interviennent à intervalles réguliers. On trouve une main. Des doigts rampent sournoisement sur un lit... cela suffit finalement à instiller son petit climat de tension qui ne se démentira pas tout du long d'une histoire où les personnages possédés tenteront de mettre, par tous les moyens possibles et inimaginables, leur main à l'index. Ils n'hésiteront pas à se la faire couper afin que celle-ci cesse enfin de les diriger avec poigne.


Certes, Alfredo Zacarias n'hésite pas lui non plus à puiser dans les succès du moment, mariant avec une certaine habileté (pour ne pas parler de doigté) le film de "main baladeuse" avec celui, plus conventionnel, de la possession satanique, remise au goût du jour quelques années plus tôt avec L'Exorciste puis La malédiction. Il convient d'admettre également que Stuart Whitman aurait put être balayé du script d'un revers de main, son personnage demeurant finalement très subsidiaire bien qu'omniprésent dans la seconde partie ; nul doute qu'il n'aurait pas véritablement manqué ni à l'histoire, ni au film lui-même, lequel, malgré son titre, reste à cent coudées des classiques rétros cités avant.

 

 

Loin de moi la moindre volonté de faire procès aux acteurs, mais il convient toutefois de signaler que notre Stuart Whitman a l'air de s'ennuyer comme pas un dans une histoire à laquelle, tout comme nous, il ne semble pas croire un instant. Mon petit doigt me dit d'ailleurs que le projet l'inspirât si peu que l'acteur se tourna les pouces durant une grande partie du tournage. Si l'on ajoute une prestation de Samantha Eggar reposant tant sur des rictus outrés que sur une paire d'yeux excessivement écarquillés (on se croirait parfois dans "Le chihuahua de Beverly Hills") que nos deux stars semblent s'être entendues comme les deux doigts de la main pour livrer de concert des prestations borderline. Paradoxalement, le spectateur s'aperçoit, au moment où nos deux protagonistes sont près de toucher du doigt la solution, qu'il ne s'est pas ennuyé pour autant et que le réalisateur, malgré ces handicaps ou ses propres laisser-aller, a su garder une certaine emprise sur son film.


Finalement, c'est une succession de scènes parfois improbables, parfois réussies (parfois encore les deux à la fois, comme cette excellente séquence dans laquelle le flic à la main possédée passe au bloc chirurgical pour se la faire couper, ce, avant que celle-ci ne se sauve à cinq pattes !) qui fait toute la qualité du film. Ailleurs, il y a par moments une atmosphère morbide plutôt bien rendue, notamment dans le préambule au sein de la mine, tout comme dans la longue séquence du cimetière qui s'en suit. Finalement, Les doigts du diable est à l'image de deux scènes : la première où l'on voit un mort qui surgit de sous la terre, mû alors par sa main encore diaboliquement habitée ; une autre, toute aussi délirante où, après qu'une victime de la main possédée se la soit faite trancher sur une voie ferrée, la voit se sauver ensuite pour prendre le train en marche puis se casser dans une région lointaine ! C'est à la fois tant surprenant que grotesque qu'on finit par abdiquer, puis par se dire qu'on se serait mordu les doigts de ne pas aller jusqu'au terme de cette petite série B tout compte fait aussi crétine qu'attachante.

 

 

Mallox

 

* Le Trailer en vostfr sur la PsychovisionTV :

 

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