Tick... tick... tick... et la violence explosa
Titre original: Tick... tick... tick...
Genre: Blaxploitation , Thriller , Drame , Action
Année: 1970
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Ralph Nelson
Casting:
Jim Brown, George Kennedy, Fredric March, Lynn Carlin, Don Stroud, Janet MacLachlan, Bernie Casey, Mills Watson, Clifton James, Richard Elkins, Bob Random...
 

Pour la première fois depuis bien des années, John Little (George Kennedy) n'est pas réélu shérif dans la petite communauté sudiste de Colusa. Celui-ci a été battu aux élections par un noir, Jim Price (Jim Brown).
Little quitte le local où il a travaillé des années durant, sans s'habituer à sa nouvelle vie, plus oisive. En même temps, Jim Price prend ses fonctions, refusant les offres de service provenant de noirs souhaitant "rendre la monnaie" aux blancs. Mais voilà qu'un grave incident survient : un jeune homme, fils d'un milliardaire de l'état voisin, cause un accident qui coûte la vie à une petite fille blanche. Price, après une violente poursuite, l'arrête pour homicide involontaire ainsi que pour s'être soustrait à la loi. Un noir vient donc d'arrêter un blanc, et qui plus est un blanc riche. Autant dire que la communauté blanche est en effervescence et tous les éléments réunis pour que la violence explose dans la petite bourgade de Colusa...

 

 

1970 est une année chargée pour Ralph Nelson qui, coup sur coup, dégaine deux pamphlets antiracistes dont l'un marquera les mémoires, notamment pour son extrême violence finale : "Soldat bleu". Si l'âpreté de ce dernier rappelait à l'Amérique, dans un contexte de guerre du Viet Nam (le massacre de Mỹ Lai), son histoire (le massacre de Sand Creek, dans le Colorado, perpétré en novembre 1864 par sept cents hommes de la Cavalerie qui avaient assassiné nombre de femmes et d'enfants, pris une centaine de scalps en plus de commettre de nombreux viols et mutilations), Tick... tick... tick..., tourné juste avant lui renvoie un reflet non moins critique de la mentalité régnant alors dans les états du Sud.
Certes, Tick... tick... tick... n'est pas le premier film à dresser un tableau radical du Sud américain : juste avant est passé un certain Arthur Penn avec sa "Poursuite impitoyable" (The Chase, 1966) et Ralph Nelson semble alors régulièrement emprunter les mêmes sentiers que ce dernier puisque son "Soldat bleu" sortira sur les écrans presque en même temps que "Little Big Man". Les deux cinéastes, bien que férocement engagés, ne sont pas non plus les premiers à dénoncer les moeurs et mentalités sudistes puisqu'un certain Roger Corman, dès 1962, avait déjà mis l'accent sur les tares intolérantes de la région avec The Intruder, l'un de ses tout meilleurs films. Ils ne seront toutefois pas les derniers puisque des réalisateurs pachydermiques comme Alan Parker mettront encore longtemps après les pieds dans le plat avec "Mississippi Burning" (1988), inspiré d'un fait réel survenu en 1964.

 

 

On aura certes le droit de préférer les oeuvres moins lourdement à charge du même Ralph Nelson, comme les très vigoureux et fortement distrayants "La Bataille de la vallée du diable" (Duel at Diablo, 1966) ou La Colère de Dieu (The Wrath of God, 1972 - ici chroniqué) que ces deux films cités, en plus du "Vent de la violence" (The Wilby Conspiracy, 1975) qui reprendra les pistes pamphlétaires anti-apartheid, une fois de plus sous forme de thriller et de film d'action. Ce sont pourtant les films contestataires que l'histoire et l'histoire du cinéma retiennent le plus souvent, a fortiori lorsque ceux-ci créent la polémique.
Ce n'est pourtant pas tout à fait le cas de Tick... tick... tick..., resté inédit sur support physique (à l'exception de la VHS) et dont les diffusions télévisuelles se font rares à ce jour.

Film d'action rugueux, Tick... tick... tick..., sur les bases d'un script paradoxalement écrit par James Lee Barrett (scénariste des "Bérets verts") fait la part belle aux acteurs, avec notamment quelques acteurs de second plan bien choisis : le vétéran Fredric March dans son avant-dernier rôle, Lynn Carlin en épouse de l'ex-shérif ("Le Mort-vivant"), l'incontournable Dub Taylor, indissociable du cinéma de Sam Peckinpah ("Major Dundee", "The Wild Bunch", "Junior Bonner", "The Getaway",...) ici en patron de bar raciste affilié au KKK, Don Stroud ("Le Diable à trois", "Bloody Mama", Mort subite,...) en jeune chien fou raciste et violent, Janet MacLachlan (La loi du talion) en épouse enceinte de Jim Brown, Bernie Casey, en passe de devenir une figure de la blaxploitation ("Gunn la gâchette", "Hitman le créole de Harlem", Cleopatra Jones, "Dr. Black, Mr. Hyde",...) en assistant du nouveau shérif, ainsi que l'imposant autant qu'excellent Clifton James (Le Loup garou de Washington, "Vivre et laisser mourir",...) comme par hasard déjà croisé au sein de la populace ordurière de "The Chase" de Penn, il prend ici une part importante à l'intrigue.

 

 

Bien entendu, les deux hommes qui se partagent à parts égales la vedette de Tick... tick... tick... demeurent Jim Brown et George Kennedy. Le premier est à l'époque une véritable star et enchaine les tournages dans des rôles qui le mettent en avant (Le Dernier train du Katanga, Le Crime, c'est notre business, "Les Cents fusils"), souvent dans des films contestataires (La Mutinerie), avant que la qualité des ses rôles ne s'en ressente au milieu des seventies (Three the Hard Way, La Chevauchée terrible,...) pour amorcer les années 80 de manière souvent médiocre. On ne présente plus George Kennedy (décédé en cette année 2016), acteur de second plan indécrottable durant trois, voire quatre décennies de cinéma et qui avait déjà croisé Jim Brown sur le tournage du célèbre "The Dirty Dozen" de Robert Aldrich. Il trouve ici un premier rôle à la mesure de sa carrure et de son talent, se retrouvant même en tête d'affiche, à la fois comme catalyseur et canalisateur de tensions raciales, livrant une impeccable prestation, tout en sobriété, loin de la caricature. Rien que pour lui Tick... tick... tick... mérite d'être (re)découvert même si, il faut bien en convenir, son réalisateur ne fait pas toujours dans la dentelle et que son scénariste bifurque, via un retournement de situation que je ne vous ferai pas l'offense de dévoiler, de manière un peu trop rapide et consensuelle afin, probablement de boucler la boucle là où "Soldat Bleu" laissait un goût bien plus amer. C'est peut-être du reste ce qui les dissocie au final quant à leur empreinte respective laissée dans l'industrie cinématographique, laquelle, aux USA en tout cas, n'aime guère que l'on démystifie, ni son histoire, ni sa légende, ni même qu'on lui jette ses tares en pleine gueule.
Au crédit de Nelson, le fait de faire oeuvre pacifiste et de renvoyer dos à dos le communautarisme exacerbé de chacun et de prôner le rapprochement à défaut de mixité.

 

 

Concluons par un petit mot à propos de la perspicace et efficace partition du peu cité Jerry Styner ("Dixie Dynamite") qui rythme le film dès son entame entre deux chansons de l'époque (*) et comme détonateur d'une bombe à retardement, prête à péter. Quant à la signification précise du titre, il n'y aura qu'à jeter un oeil sur l'énorme pendule de la prison, endroit générateur de toutes les pulsions et catharsis de cette bobine plutôt explosive, en tout cas pour l'époque.

Mallox



(*) La liste des morceaux utilisés pour le film :

- "Set Yourself Free" (thème par Hoover)
- "All That Keeps Ya Goin'" (Paroles et musique de Hoover)
- Walk Unashamed" (Paroles et musique de Jim Glaser)
- "What Does It Take" (Paroles et musique de Jim Glaser)
- "Woman Woman" (Paroles et musique de Jim Glaser & Jimmy Payne)
- "Gentle On My Mind" (Paroles et musique de John Hartford)
- "Why Do You Do Me Like You Do?" (Paroles et musique de John Hartford)
- "California Girl (And the Tennessee Square)" (Paroles et musique de Jack Clement)
- "Where Has All The Love Gone" (Paroles et musique de Chuck Glaser)
- "Home Is Where The Hurt Is" (Arthur Owens)

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