Tragic Ceremony
Titre original: Estratto dagli archivi segreti della polizia di una capitale europea
Genre: Horreur , Gothique , Satanisme
Année: 1972
Pays d'origine: Italie / Espagne
Réalisateur: Riccardo Freda & Filippo Walter Ratti
Casting:
Camille Keaton, Tony Isbert, Máximo Valverde, Luigi Pistilli, Luciana Paluzzi, José Calvo, Paul Muller...
Aka: Trágica ceremonia en villa Alexander (Espagne)
 

Jane (Camille Keaton), Bill (Tony Isbert), Joe (Máximo Valverde) et Fred (Giovanni Petrucci) sont de retour après des vacances au bord de la Méditerranée. En voiture sur une petite route de campagne anglaise, au milieu de nulle part, un orage torrentiel éclate. Ils trouvent refuge dans une villa qui leur semble abandonnée. Seulement ils sont loin de se douter que leurs hôtes sont des adeptes de Satan. Jane semble comme habitée depuis que Bill lui a fait cadeau d'un collier. En tout cas, la voici attirée une nuit dans les sous-sols de la villa. Alors qu'elle est en passe d'être la victime d'un sacrifice, Bill tue accidentellement l'hôtesse des lieux, Lady Alexander (Luciana Paluzzi), tandis que la messe noire tourne à la panique et au massacre. Lord Alexander lui-même (Luigi Pistilli) tranche tout ce qui se trouve autour de lui avant d'être tué. Les jeunes hippies parviennent à s'enfuir en voiture mais, dès que le massacre est découvert, sont immédiatement suspectés...

 

 

Dans la série des films improbables et des titres tout aussi absurdes, Extrait des archives de la police secrète d'une capitale européenne demeure un drôle de ratage dans la carrière de son réalisateur. Non pas que Riccardo Freda ait réalisé que des bons films, du reste sa fin de carrière atteste d'un net déclin, mais celui-ci, qui aurait pu faire office de film-somme, s'avère être le plus abracadabrant. Au point même qu'il est difficile, voire presque impossible à résumer. Tragic Ceremony, après son préambule méditerranéen, débute comme une flopée d'autres bobines, des personnes sont contraintes par un orage de s'abriter dans une propriété obscure. Alors que l'on s'attend à un énième huis-clos à la sauce "petits nègres" gothique, le film déraille subitement dans le sabbat grand-guignol. La suite se veut osciller entre cauchemar et réalité, sur les bases d'une Mansionsploitation alors très en vogue et s'apprête à emprunter les sentiers du thriller pour se retrouver à patiner en pleine hallucination et délire bègues. Et aux scénaristes Mario Bianchi (La Bimba di Satana), José Gutiérrez Maesso (Un train pour Durango) et Leonardo Martín de partir complètement en vrille, incapables de raccommoder un patchwork fait de bric et de broc, de mélanger des ingrédients restant ostensiblement insolubles.

 

 

Quant à Riccardo Freda, il se retrouve dans une impasse, semble-t-il incapable d'illustrer une histoire à dormir debout. En témoignent dans la seconde partie nombre de flashbacks reprenant la scène de massacre durant l'orgie sataniste ainsi qu'une conclusion aberrante.
Son talent de réalisateur n'est pas à remettre en cause, mais son talent de conteur est régulièrement malmené depuis la fin des années 60. Ses cape et épées (Don César de Bazan, Le chevalier mystérieux, Sept épées pour le Roi) sont de bien beaux films, ses gothiques post Les Vampires co-réalisé avec Mario Bava, L'effroyable secret du Docteur Hichcock ou Le spectre du professeur Hichcock ont pour mérite de privilégier une atmosphère qui prend le dessus et remporte la partie. Mais ses gialli, Liz et Helen (1969) et L'iguane à la langue de feu amorcent déjà la pente descendante et font preuve d'un sacré manque d'imagination. Tragic Ceremony est un peu à l'image de ses films gothiques ; il tire ses principales qualités de sa capacité à créer une atmosphère. Hélas, comme suggéré avant, l'histoire est tellement consternante qu'elle finit par prendre le dessus.

 

 

Pour le situer plus précisément, Tragic Ceremony évoque les chemins déjà foulés par Contronatura, Qualcosa striscia nel buio ou La mansión de la niebla, bifurque ensuite vers Tutti i colori del buio, pour accoucher d'un rejeton indigne annonçant néanmoins une sorte de petit chef-d'oeuvre que tournera Mario Bava l'année suivante : "Lisa et le Diable".
Là où Mario Bava fera le choix judicieux de rester dans l'onirisme pur et de laisser le spectateur dans un espace en friche, enclin aux interrogations et aux fantasmes, Riccardo Freda et ses scénaristes font le choix malheureux de vouloir sonder l'intangible et d'expliquer le surnaturel. On se retrouve au final avec une héroïne, du reste pas particulièrement campée de façon convaincante par Camille Keaton (Mais qu'avez-vous fait à Solange ?, I Spit on your Grave), dont l'âme a quitté le corps mais dont le physique le possède encore par le biais d'un lien spirituel médiumnique et d'un médicament administré à son insu par Lady Alexander, laquelle, blabla, a pris possession de son corps pile poil au moment fatal de sa mort, pour, blabla, renaître lorsque la jeune femme meurt pour de vrai...

 

 

Où comment se fourvoyer et tuer son propre film qui, esthétiquement et au niveau atmosphérique (la partition de Stelvio Cipriani est superbe), se défendait jusque là pas trop mal, en lui ôtant toute part de mystère de la manière la plus ridicule qui soit. Ces explications sont qui plus est balancées de la manière on ne peut plus sérieuse par un médecin (Paul Muller) qui commence son explication rationnelle ainsi : "Je suis conscient que ce que je dis peut sembler absurde...". En effet...

À noter que ce semi naufrage ne semble pas complètement imputable à son réalisateur qui, suite à un désaccord artistique, quitta la production du film. Il fut du coup remplacé, non pas par Bava comme sur Les Vampires ou "Caltiki" mais par le sieur Filippo Walter Ratti (La notte dei dannati, I Vizi morbosi di una governante) tandis que le scénario fut remanié, certaines scènes supprimées (un film en 16mm situé dans un temple indien montré par Luigi Pistilli lors de la messe noire), d'autres rajoutées (le scènes de collier, l'explication rationnelle délirante...).

 

 

Mallox

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