Smile Before Death
Titre original: Il sorriso della iena
Genre: Giallo
Année: 1972
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Silvio Amadio
Casting:
Jenny Tamburi, Silvano Tranquilli, Rosalba Neri, Hiram Keller, Dana Ghia...
Aka: Death Before the Smile (Danemark) / Le sourire de la hyène (Trad littérale)
 

Dans lequel nous retrouvons Dorothy Emerson (Zora Gheorgieva), une femme entre deux âges, dans sa salle de bain, semblant s'être tailladée la gorge avec un tesson de bouteille. Celle-ci s'écroule, couverte de sang. L'enquête post-mortem montre que cette dernière avait beaucoup bu, sans doute pour se donner le courage nécessaire de se suicider.
Suite à ce décès brutal, Nancy Thompson (Jenny Tamburi), sa fille, étudiante de 16 ans, quitte son pensionnat pour venir s'installer dans la villa de sa défunte mère. Très vite, elle s'aperçoit que Marco, son beau-père (Silvano Tranquilli) a une liaison solide avec Gianna (Rosalba Neri), l'une des meilleures amies de sa mère. Un fait qui lui paraît d'autant plus étrange que leur liaison semble exister depuis longtemps déjà. Jenny apprend que Marco était en train de négocier son divorce et se met à soupçonner le couple d'être l'auteur d'une conspiration ayant mené au suicide sinon au meurtre de sa mère...

 

 

Il sorriso della iena fait partie de ces oubliés, de ces gialli méconnus que l'on est content de prime abord de découvrir. L'une des raisons principales de cet enthousiasme est qu'il est réalisé par Silvio Amadio, auteur juste avant d'un premier giallo réussi, bénéficiant qui plus est d'une belle réputation : Amuck (Alla ricerca del piacere, 1972). Ce dernier sortira d'ailleurs bientôt en France chez l'éditeur Le Chat qui Fume et nul doute que cette sortie ravira les amateurs de thrillers italiens à la fois psychologiques et érotiques.

Ce Le sourire de la hyène alias Smile Before Death évolue avec les mêmes ingrédients que son prestigieux prédécesseur : une jeune femme perplexe quant à la disparition d'une personne proche et qui se met à enquêter, des documents retrouvés (le passage d'un film amateur dans Amuck), des relations mâtinées de tentations et de tensions sexuelles, le plus souvent assouvies, une prédisposition pour les rapports saphiques, enfin une intrigue à tiroirs, sorte de jeu du chat et de la souris, rebondissant à plusieurs reprises dans ses vingt dernières minutes. On peut rajouter la présence de la même Rosalba Neri qui, du reste, donne ici le sens de son titre international. En effet, photographe de métier, celle-ci ne cesse de prendre des clichés, notamment de Nancy qui se prête au jeu. Un titre qui fait donc référence au sourire souvent demandé avant qu'une photo soit prise et qui, ici, semble receler un écho fatal pour la personne photographiée. Le titre italien, basé davantage sur le nom animalier si cher au giallo est probablement moins évocateur, plus lambda, et tend à suggérer que derrière le sourire d'un des personnages, se trouve un ou une meurtrière, un charognard se nourrissant sur le dos d'un cadavre et par extension, de son héritage.

 

 

Silvio Amadio est, quasi par définition et comme ses confrères du cinéma d'exploitation, un artisan ayant frayé plusieurs genres en vogue : le thriller guerrier avec "Les loups dans l'abîme" (Lupi nell'abisso, 1959), se déroulant dans un sous-marin durant la seconde guerre mondiale et évoquant largement "Les Maudits" de René Clément, il alterne ensuite les péplums & films d'aventures ("Thésée et le minotaure", "Les révoltées de l'Albatros", "Foudres sur Babylone") et les comédies sexy ("Tu che ne dici?", "Desideri d'estate", "Filles et garçons"), en passant par le western ("Pour mille dollars par jour"), et amorce un tournant important dans sa carrière à la fin des années 60, avec "Les biches suédoises". Toujours basé sur les relations humaines sous tension sexuelle, le réalisateur trouve là semble-t-il toute la matière dont sera constituée sa filmographie dans les années 70. S'ensuivront donc des films de plus en plus grivois, quel que soit le genre emprunté. Après ses deux gialli, il tournera successivement ces films aux titres évocateurs : "Comment faire cocu les maris jaloux", "Les polissonnes excitées", "Si douce, si perverse" ou encore "La lycéenne a grandi" avec des actrices récurrentes telles Gloria Guida et Rosemary Dexter.

 

 

Il est possible, à découvrir Il sorriso della iena, que ce dernier marque un tournant dans sa carrière. Un certain désintérêt et un manque d'investissement personnel, soit de personnalité à l'écran, tendant alors vers le racolage un brin facile et surtout hypocrite. N'ayant pas vu tous les films cités, ce n'est bien entendu qu'une supposition, mais il faut bien admettre que Silvio Amadio, qui écrit ou coécrit également ses scénarios, n'a pas le talent ou l'envergure d'un Fernando Di Leo et que ce Smile Before Death est une livraison bien médiocre dont on anticipe la plupart du temps les tenants et les aboutissants. Triste constat en vérité, a fortiori dans un thriller à tendance machination, lequel semble avoir pour ambition de perdre le spectateur dans les zigzags sinueux du doute et du mystère.
S'il avait su se montrer à la fois intriguant, astucieux et sensuellement plus que tentant avec Alla ricerca del piacere, Amadio nous livre ici, et pour rester dans le domaine de la photographie, comme son négatif. Affublé d'une musique décalée signée Roberto Pregadio (Passi di danza su una lama di rasoio, Horreurs nazies,...) agrémentée des "tchoutchoutchou" d'Edda Dell'Orso ainsi que de quelques rires (sans doute ceux de la hyène), Il sorriso della iena commence plutôt bien puisque, dès le premier plan, cette femme dans sa salle de bain meurt devant nos yeux, couverte de sang, sans qu'aucune raison nous soit encore donnée. Mais c'est alors qu'on croit le film lancé sur de bon rails que, faute à un scénario crédible, les désillusions se succèdent pour finir sur une assez exécrable impression.

 

 

Les acteurs ne sont pas à blâmer et, au niveau femmes, autant Jenny Tamburi ("Morte sospetta di una minorenne", L'emmurée vivante) que la très convoitée des amateurs de cinéma Bis, Rosalba Neri (Uno Strano Tipo, Top Sensation, La bestia uccide a sangue freddo, Casa d'appuntamento, La casa della paura...) s'en sortent parfaitement, la dernière distillant une aura vénéneuse tandis que la première, sous ses allures naïves et espiègles à la fois, conduit le film, l'air de ne pas y toucher. C'est probablement ce que Smile Before Death contient de meilleur. Ailleurs Silvano Tranquilli, habitué lui aussi au thriller (La Tarentule au ventre noir, Un papillon aux ailes ensanglantées, La Peur au ventre, Sur le fil du rasoir...) semble un peu plus gêné et, en tout cas, moins à l'aise que les deux actrices, lesquelles mènent la danse. Quant à Hiram Keller (Les Diablesses), il n'est présent qu'à titre anecdotique et fait bien pâle figure, semblant présent uniquement pour combler un scénario téléphoné.
Évoluant sur une histoire évoquant les sempiternelles machinations vues chez Lenzi (Orgasmo pour le plus évident et pour son côté sexy), Silvio Amadio tente la même recette qu'avec Amuck mais sans jamais que la sauce prenne.
On assiste pourtant bien à une nouvelle esquisse de thriller psychologique avec, en fond, des jeux de miroirs, une manière de fouiller les psychés des personnages pour mettre à jour leur penchant exhibitionniste, leur attirance pour l'argent autant que pour le sexe, se servant de ce dernier pour obtenir le premier, le tout dans des décors cosy qui ne sont pas loin de faire tout le charme suranné de la bobine. Mais rien n'y fait, tout ce qui passait dans le giallo précédent semble factice et artificiel ici, avec des ficelles aussi visibles qu'un mauvais spectacle de Guignol.

 

 

On pourra bien se rabattre sur un érotisme omniprésent, notamment sur ces répétitives autant qu'interminables séances de photos entre Gianna et Nancy qui, peu à peu, se font plus déshabillées, jusqu'à dévoiler leur penchant lesbien respectif, encore qu'il ne soit pour l'une qu'un jeu de dupes. Idem pour cette séquence - elle aussi un peu grosse - où Nancy semble monter l'escalier à demi-nue, couverte par une serviette tandis que Marco, venant la rejoindre dans la chambre, la surprend en train d'ôter cette même serviette, dévoilant ses charmes et l'appâtant sournoisement par la même occasion. Le rythme durant ce temps se fait plus néant que lascif, et il faut attendre un dernier quart-d'heure où l'on se voit confirmer ce que l'on supputait depuis loin, avec des rebondissements tombant à plat, distillant ni suspens, ni véritables enjeux dramatiques et, pire encore, accouchant sur des dénouements outrageusement moraux. Il sorriso della iena : Où comment livrer un thriller de basse-cour, racoleur à tous les niveaux, surfant sur la liberté sexuelle et plus largement des mœurs pour finir, ô ultime offense bien-pensante, par prôner le châtiment de tout coupable. En vérité, il s'agit d'un giallo bien moins malicieux qu'il voudrait nous le faire croire.

 

 

Mallox

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