Quand les abeilles attaqueront
Titre original: The Savage Bees
Genre: Science fiction , Horreur , Thriller , Epouvante , Agressions animales
Année: 1976
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Bruce Geller
Casting:
Ben Johnson, Michael Parks, Paul Hecht, Gretchen Corbett, Horst Buchholz, Bruce French, James Best...
Aka: Les Abeilles attaquent / Les Abeilles féroces
 

Durant Mardi Gras, dans une petite ville à la périphérie de la Nouvelle-Orléans, le shérif McKew (Ben Johnson) trouve son chien mort et s'entête à en connaître la cause. Jeff Durand (Michael Parks), infirmier de service, accepte de pratiquer une autopsie et s'aperçoit que l'estomac de l'animal est rempli d'abeilles... Voilà que les indices se recoupent et cela expliquerait les morts étranges découvertes depuis vingt-quatre heures : celles de deux marins, d'une petite fille et d'un fermier, rendus méconnaissables par la brusque attaque d'un essaim déchaîné. Une ancienne amie de Jeff, Jeannette Devereaux (Gretchen Corbett), procède aux premières analyses, et Rufus Carter (Paul Hecht), entomologiste de renom, identifie les abeilles comme étant d'origine africaine...

 

 

Dès 1976, suite au succès des "Dents de la mère Denis", les animaux du monde entier se déchainent. On a du coup droit alors, à toutes les agressions bestiales possibles et inimaginables : de la fourmi (Empire of the Ants) au grizzli (Grizzly), du rat (Le rat vampire attaque la France) au lapin (Night of the Lepus) du serpent à la chauve-souris (Morsures), de la sardine (Piranhas) à la pêche au gros (Barracuda, La Mort au large), du chien (Les chiens fous, The Pack) à la murène (Les Grands fonds, "Elle suce avec les dents"), du chat ("The Uncanny") aux araignées (L'Horrible invasion) et du morpion à l'alligator ou au croco (L'Incroyable alligator). Bref, on s'est tous fait passer dessus en ces temps bestiaux. Le film de Spielberg est précurseur en matière de blockbuster mais pourtant pas en matière d'agressions animales puisque, outre "Les oiseaux", remis du coup au goût du jour, des oeuvres mémorables telles que Phase IV de Saul Bass ont su émerger avant tandis qu'avec des budgets modestes, des oeuvres plus qu'estimables ont vu le jour : Danger Doberman ! ou Chosen Survivors pour ne citer qu'eux.

 

 

Bruce Geller, plus rompu au travail de scénariste de séries télé mais qui a à son actif une sympathique et cynique comédie criminelle mettant en lice (avec malice) James Coburn, Michael Sarrazin et Trish Van Devere, "Harry in Your Pocket", se voit donc confier par Alan Landsburg et Don Kirshner, sur les bases d'un script signé Guerdon Trueblood qui, du coup, ne s'arrêtera pas là en matière animale puisqu'il écrira pour les mêmes producteurs "Les fourmis", "Tarantula : Le cargo de la mort" et "Terror Out of the Sky", séquelle de celui-ci. On peut rajouter, histoire de retomber sur nos ailerons, "Les dents de la mer 3".
Quant aux noms au générique, ils sont à prendre eux-aussi. Ben Johnson, déjà vétéran et qu'on retrouvera comme par hasard dans l'essaim de stars de "The Swarm" ; Michael Parks vient de tourner dans "La loi de la haine" de Andrew V. McLaglen scénarisé lui aussi par le précité Guerdon Trueblood ; on vient d'apercevoir Paul Hecht dans le méconnu mais pourtant réussi "La mort en rêve" de Jack Lee Thompson ; Gretchen Corbett est une habituée des productions télévisuelles même si déjà vue en 1971 dans le très beau Let's Scare Jessica to Death ; quant à Horst Buchholz, ex-mercenaire s'étant jadis frotté à Eli Wallach, c'est un acteur inégal qui peut surprendre et, du reste, on l'a déjà même vu trainer ses guêtres aussi bien chez Billy Wilder ("Un, deux, trois") que chez Yves Allégret ("Johnny Banco"), Antonio Isasi-Isasmendi ("L'homme d'Istanbul") ou Jack Lee Thompson ("Les yeux du témoin").

 

 

À l'arrivée, sans être une oeuvre monumentale, The Savage Bees s'avère être une attaque animale au suspens bien conduit, montant de manière autant graduelle que logique, et recelant assez de morceaux de bravoure pour prétendre remplir son cahier des charges. Les premiers cadavres trouvés font office d'une certaine cruauté (une petite fille noire par exemple) tout en instillant mystère et tension. La seconde partie met en scène des attaques groupées et des scènes de panique, pour certaines assez bluffantes. Les plus effrayantes demeurent celles isolées, dans lesquelles une personne se retrouve prisonnière dans sa voiture. Des scènes qui parviennent à susciter, outre l'effroi, un vrai sentiment de détresse solitaire et de claustrophobie.

Quand les abeilles attaqueront est soutenu par l'interprétation solide de ses acteurs et l'arrivée du Dr. Jorge Meuller (Horst Buchholz) relance intelligemment le récit, le faisant même rebondir. À ce sujet, s'il est l'un de ses dialogues à retenir au moment où il confectionne des combinaisons de protection, c'est celui-ci : "Le moindre orifice, elles le trouveront !". Dire qu'on a mal à l'anus à ce moment là tient de l'euphémisme.

 

 

The Savage Bees est réalisé sans génie mais bénéficie en amont d'un scénario efficace et plus astucieux qu'il n'y parait. Bien entendu, les festivités de Mardi Gras ne sont qu'un prétexte à réunir le plus de gens possible, de la même façon qu'un requin attaque de préférence en période estivale. Cependant, ces abeilles ne sont pas sans être pourvues d'ailes et du bourdonnement d'une certaine métaphore : elles sont décrites comme étant génétiquement modifiées et la résultante du croisement d'abeilles italiennes généralement utilisées au Brésil, lieu d'où vient le cargo qui les libère en début de bobine, et d'une autre espèce importée d'Afrique. Le Dr. Jorge Meuller découvre lors de ses recherches qu'elles sont dotées d'une mémoire collective et qu'elles n'existent puis piquent que pour tuer. Si on ajoute à cela le fait qu'elles aient été créées pour augmenter la production de miel au Brésil et, par extension, de toute l'Amérique Centrale et du Sud, il est possible à partir de là d'y voir l'écho d'une vengeance assouvie par les esclaves noirs autrefois importés par les trafiquants portugais de leurs colonies d'Afrique, pour les vendre comme des marchandises puis être utilisés dans les exploitations sucrières du Nord-Est du Brésil...

 

 

Quoi qu'il en soit, au niveau de l'action pure, il ne s'agit pas de défendre The Savage Bees en nivelant le jugement vers le bas mais il n'a en tout cas rien à envier à "L'Inévitable Catastrophe" (The Swarm, 1978) de Irwin Allen, lequel, avec plus de moyens et des acteurs de renom, ne fera pas mieux, en plus de lui piquer ses idées scénaristiques.
À noter que s'il fut produit pour la télévision et ne connut pas de véritable exploitation dans les salles, certains purent le voir sur grand écran dans le cadre de la sélection du Festival d'Avoriaz en 1978. Par ailleurs, la même année, les abeilles connurent un certain succès dans les chaumières puisque fut tourné par Curtis Harrington un autre téléfilm au titre évocateur : "La révolte des abeilles".


Mallox

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