Renard de Brooklyn, Le
Titre original: The Squeeze
Genre: Thriller , Polar
Année: 1978
Pays d'origine: Italie / Allemagne
Réalisateur: Antonio Margheriti
Casting:
Lee Van Cleef, Karen Black, Edward Albert, Lionel Stander, Angelo Infanti Peter Carsten, Ron Van Clief, Roy Brocksmith...
Aka: The Rip-Off / Diamond Thieves / The Heist / Controrapina / Der Diamantencoup / Le Grand coup
 

Chris Gretchko (Lee Van Cleef), un ex-perceur de coffres-forts vit retiré dans son ranch mexicain sous le nom de Ray Sloane, après avoir purgé une peine de huit ans de prison. Il reçoit la visite de Jeff Olafsen (Edward Albert), fils d'un ancien complice venu lui demander de l'aider à voler des diamants pour le compte d'une bande de truands dirigée par Van Stratten. D'abord réticent, Gretchko finit par accepter de rendre service à Jeff. Une fois arrivé à New York, il comprend vite que la bande ne compte pas partager le butin et va se débarrasser de lui dès que le coffre sera ouvert. Il prend donc les devants et réussit à doubler la bande mais il est blessé et doit trouver refuge dans un vieil appartement miteux. Tandis que le propriétaire des diamants fait le ménage dans ce qu'il reste de la bande de Van Stratten, Gretchko fait la connaissance de sa voisine, Clarisse Saunders (Karen Black), une jeune fille un peu fantasque qui lui offre spontanément de l'aide. Mais qui est-elle vraiment ?

 

 

Lorsqu'il tourne Le Renard de Brooklyn en 1978, Antonio Margheriti (alias Anthony M. Dawson) a déjà plus de 30 réalisations à son actif. Il en fera encore une vingtaine par la suite avant de décéder en 2002 à l'âge de 72 ans.

Du péplum à la science-fiction en passant par le western spaghetti, le film d'action ou d'horreur, Margheriti se sera imposé comme l'un des plus prolifiques artisans du cinéma de genre et Bis, comme en témoigne l'impressionnante liste de ses films chroniqués ici-même : Bob Fleming... Mission Casablanca ; Opération Goldman ; Les Derniers jours d'un empire ; La Planète des hommes perdus ; Contronatura ; Nom de Code : Oies sauvages ; L'Ombre d'un tueur ; Joe l'implacable ; La Chevauchée terrible ; Wild Wild Planet ; Les Diablesses ; Ursus la terreur des Kirghiz ; Nude... si muore ; L'Invasion des piranhas ; Du Sang pour Dracula ; Pulsions cannibales ; Et le vent apporta la violence ; Danse macabre ; La Brute, le Colt et le karaté !

 

 

Tourné en plein hiver dans un New York magnifiquement mis en valeur (que l'action se déroule devant les gratte-ciels ou dans des bas-fonds poisseux), Le Renard de Brooklyn est pourtant une coproduction germano-italienne. Le générique crédite la mystérieuse "Dritte Centama Gmbh" dont c'est l'unique production mais aussi le célèbre Turi Vasile ("Fellini Roma") qui avait co-réalisé avec Margheriti la comédie dramatique "Gambe d'oro" mettant en vedette Totò en 1958 et qui produira L'Invasion des Piranhas que Margheriti réalisera juste après Le Renard de Brooklyn. Le non moins célèbre Carlo Ponti, producteur ("Le Docteur Jivago", "La strada", "Blow Up", etc.) et accessoirement époux de Sophia Loren, est également de la partie en tant que producteur exécutif aux côtés d'un certain "Raymond R. Homer" qui, s'il est bien crédité sur IMDb pour une poignée de films comme L'Ombre d'un tueur de Margheriti, pourrait tout aussi bien n'être autre que Giuseppe Rosati, scénariste et réalisateur de "La Peur règne sur la ville", avec Maurizio Merli (1976) ou "Tireur d'élite" avec Leonard Mann (1975) par exemple, voire même Margheriti lui-même, dans la mesure où tous deux utilisèrent ce pseudonyme !

 

 

Quoi qu'il en soit, Margheriti, souvent auteur et scénariste de ses propres films, n'a pas écrit "Le Renard de Brooklyn" : l'histoire et le scénario sont signés Paul Costello (qui collabora 12 fois avec Antonio Margheriti en tant qu'acteur), Marc Princi (La mort au large - 1981) et Giovanni Simonelli, auteur de 77 scénarios (dont pour 8 pour Margheriti) et coréalisateur avec Lucio Fulci de Hansel et Gretel en 1990.

N'oublions pas le directeur de la photo : Sergio D'Offizi qui officia entre autres sur La Longue nuit de l'exorcisme, "La Maison au fond du parc" ou "Cannibal Holocaust" et terminons ce tour d'horizon de l'équipe technique en citant Paolo Vasile, compositeur de la bande originale funky-groovy-disco que certains trouveront bien datée mais qui fait pourtant mouche avec des mélodies qui ne vous sortent pas facilement de la tête ! Sa carrière de compositeur ne compte que six titres dont "Tireur d'élite", cité plus haut, "Fantasma en el Oeste" de Margheriti, l'inénarrable "John's Fever, ce soir on s'éclate" de Neri Parenti (1979) et "Le Jour du cobra" d'Enzo G. Castellari pour lequel il recyclera quelques thèmes du Renard de Brooklyn !

 

 

Côté casting, Le Renard de Brooklyn bénéficie d'excellentes performances d'acteurs : en premier lieu la regrettée Karen Black (de son vrai nom Karen Blanche (!) Ziegler), qui nous a quittés en 2013 à l'âge de 74 ans après un long combat contre le cancer. Totalement habitée par son personnage de pseudo-hippie, elle est ici à la fois drôle, émouvante et inquiétante et nous offre un nouvel aperçu de son immense talent, si besoin était après "Cinq pièces faciles" (1970), "Gatsby le magnifique" (1974), "Complot de famille" (1976) et, dans un registre plus "Psychovisionesque" : Echec à l'organisation ; Trauma ; Cisco Pike ; L'Invasion des Piranhas ou La Poupée de la terreur.

Habitué des films de Margheriti (La Chevauchée terrible ; Nom de Code : Oies Sauvages ; La Brute, le colt et le karaté ; "Le Triangle de la peur" et "Les aventuriers de l'enfer"), Lee Van Cleef fait lui aussi merveille dans son personnage bien rôdé de vieux briscard bougon, sans compter que l'éternel chasseur de primes de Sergio Leone (ou de Morris et Goscinny !), le cowboy des innombrables séries TV et westerns spaghetti qu'il tourna en 37 ans de carrière (dont Barquero ; Les 4 mercenaires d'El Paso ; Le Retour de Sabata ; La Mort était au rendez-vous ; Le Grand duel ; Le Dernier jour de la colère ou Colorado) n'est jamais bien loin lorsque Chris Gretchko chevauche la plaine avoisinant son ranch ou arbore son Stetson dans les rues de New York ! Et que dire de certains gros plans sur son regard qui ne semblent pas être dus au hasard...

 

 

A noter également, les compositions particulièrement réussies d'Edward Albert (fils d'Eddie Albert, star de la série "Les Arpents verts") qui apparaîtra dans près de 60 films dont Hostage Dallas ou La Galaxie de la Terreur et plus de 70 séries TV, du légendaire Lionel Stander (The Gang That Couldn't Shoot Straight, Obsédé malgré lui ou Milan Calibre 9), de Peter Carsten (Le Secret des valises noires, Le Dernier train du Katanga), sans oublier l'imposant Roy Brocksmith (Total Recall) et Ron "The Black Dragon" Van Clief qui gratifie Jeff d'un impressionnant "Mawashi geri" !

Doté d'un scénario intelligent et riche en rebondissements, Le Renard de Brooklyn est un excellent divertissement parfaitement mené, sans le moindre temps mort et qui réserve de spectaculaires scènes d'action, comme cette poursuite en voiture qui s'achève sur une collision avec un train et provoque un gigantesque incendie...

Avec autant d'atouts, ce titre mériterait mieux que l'oubli dans lequel il est tombé en France. En effet, s'il existe plusieurs éditions DVD dans le monde (USA, Allemagne, Royaume-Uni, Suède, etc.), hélas toutes tirées du même master, vraisemblablement une copie 35mm bien fatiguée, rien à signaler dans l'Hexagone... Il semblerait même qu'il ne soit jamais sorti en VHS ! Il existe néanmoins une cassette belge en VF intitulée "Le Grand coup", malheureusement introuvable ! (*)

 

 

Exploité un peu partout dans le monde, Le Renard de Brooklyn a été distribué en France en VF et en VO par Europrodis le 6 juin 1979. Il a totalisé 48 235 entrées sur l'ensemble du territoire, dont 14 518 à Paris, ce qui le place en 124ème position dans la liste des succès du box office français de cette année, juste avant "Le Manoir des fantasmes" de Don Sharp et derrière "Le Roman d'Elvis" de John Carpenter !
Il a connu une seconde exploitation française en 1980 sous le titre "Le Retour du parrain".

Un dernier mot sur la critique figurant dans la Saison cinématographique 79, où, non content de nous révéler absolument toute l'histoire et son dénouement dans les moindres détails, Bruno Duval livre une analyse psychosociologique fort surprenante et d'une pertinence très discutable... Extrait : "A travers [Chris Gretchko], ce porte-parole personnel dont l'aptitude à la "résurrection" revêt une évidente dimension symbolique, l'auteur (...) arbitre à sa manière le conflit des générations qui constitue le thème essentiel du cinéma italien actuel, qu'il soit ou non mythologique : (...) les jeunes sont tout juste bons à s'abriter "au vert" tandis que les vieux travaillent pour eux, ce qui ne les empêche pas d'y voir clair dans le double jeu de leurs fils indignes, devenus aussi inhumains que la jungle où ils vivent."

 

 

Valor

 

(*) La VHS belge :

 

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